Multiculturalisme & Interculturalité

La question du multiculturalisme est apparue en Europe alors que les États étaient confrontés, depuis plus ou moins longtemps, à la sédentarisation des immigrations, et à des revendications en provenance de groupes ethniques et religieux.

Le concept de multiculturalisme a été employé dans l'ensemble des pays européens surtout à partir du milieu des années quatre-vingt.

La notion d'interculturalité est également utilisée, sans qu'une distinction nette soit toujours établie avec le concept de multiculturalisme.

Les politiques menées au nom du multiculturalisme, à partir des années soixante-dix au Royaume-Uni, en Suède, puis dans les années quatre-vingt en Allemagne et aux Pays-Bas, plus récemment ailleurs, sont sensiblement différentes.

Elles tentent d'articuler une prise en comptede la diversité culturelle, religieuse, linguistique..., plus ou moins poussée, avec le respect du principe d'égalité entre les individus (égalité formelle, égalité de traitement et égalité des chances), et le maintien de la cohésion de l'ensemble national.

Une telle articulation ne se construit pas aisément, et de multiples expérimentations nationales et locales ont vu le jour.

Multiculturalisme 

  

En tant que concept et que politique, le multiculturalisme a été élaboré aux États-Unis et au Canada. Il désigne la reconnaissance institutionnelle de multiples identités culturelles, ethniques, sociales (celles des femmes, des homosexuels...) au sein d'une même société.

Il reconnaît le caractère légitime de ces identités, leur capacité à se transformer, et récuse le processus de l'assimilation (appelé aussi principe du monoculturalisme).

Ces identités sont portées par des groupes déterminés auxquels sont attribués des droits, qui visent à garantir le respect des diverses cultures en présence. La représentation des différents groupes est considérée comme un moyen de les inclure et d'assurer leur participation dans la communauté nationale.

Le multiculturalisme s'articule avec le principe de l'égalité de droits des individus (ce qui suppose notamment que l'État reste neutre).

Ceci définit le multiculturalisme politique. Il existe également des versions davantage culturelles que politiques du multiculturalisme, qui consistent essentiellement à reconnaître la diversité culturelle et à lui permettre de s'exercer.

Il faut donc bien distinguer deux plans : le niveau de la réalité concrète, qui fait que l'on reconnaît comme multiculturelle une société où coexistent plusieurs cultures, et le niveau des conceptions et des politiques, où la qualification de multiculturel signifie un mode spécifique de prise en compte de la réalité multiculturelle, par l'organisation d'un système de reconnaissance et de participation.

Il n'existe pas de société entièrement multiculturelle au sens politique (les États-Unis par exemple sont à la fois une société multiculturelle et assimilatrice, communautariste et contractualiste). En Europe, il existe différentes formes de multiculturalisme.

Le multiculturalisme est en phase avec la tradition des piliers aux Pays-Bas, en Belgique, ou encore avec le respect du pluralisme au Royaume-Uni et dans les sociétés scandinaves.

Dans la plupart de ces pays, la notion de pluralisme est souvent préférée à celle de multiculturalisme.

Les politiques multiculturalistes ont leurs limites qui tiennent à l'exercice même de la démocratie : comment articuler droits individuels et droits collectifs, principes universalistes et principes particularistes, politique de droit commun et traitement différencié, différence et égalité,identification à la communauté politique nationale et identification à la communauté culturelle. Leur risque majeur est l'accentuation des particularismes. (KASTORYIANO 2000)

Les concepts "multiculturel" et "interculturel" ont été développés à travers de nombreux travaux et réalisations du Conseil de l'Europe et de l'UE, notamment dans le cadre de programmes de formation d'enseignants.

La Proposition de décision-cadre du Conseil de l'Europe concernant la lutte contre le racisme et la xénophobie (28.11.2001) est introduite par cette formule :"Les sociétés européennes sont multiculturelles et multiethniques, et leur diversité est enrichissante et constructive".

Pour sa part, le Préambule de la Charte des droits fondamentaux de l'UE (2000) soutient que "l'Union se fonde  valeurs indivisibles et universelles de dignité humaine, de liberté, d'égalité et de solidarité", et qu'elle "contribue à la préservation et au développement de ces valeurs communes dans le respect de la diversité des cultures et des traditions des peuples de l'Europe, ainsi que de l'identité nationale des États membres et de l'organisation de leurs pouvoirs publics au niveau national, régional et local".

La référence au multiculturalisme dans les textes européens ne renvoie pas à un multiculturalisme politique, au sens de la reconnaissance de droits des groupes minoritaires au sein des États-nations européens (multiculturalisme politique).

Il est question essentiellement du respect des libertés individuelles, conformément aux Droits de l'Homme.

Dans ces textes, on considère qu'afin que le multiculturalisme devienne véritablement une richesse, il faut instaurer une sorte d'interpénétration entre les cultures, sans gommer l'identité spécifique de chacune d'entre elles.

"Le multiculturel deviendrait alors interculturel".

Interculturalité

 
La culture, au sens des théories de l'interculturalité, constitue un construit évolutif.
 

La culture désigne l'ensemble plus ou moins cohérent des sens produits durablement par les membres d'un groupe qui, du fait même de leur appartenance à ce groupe, sont incités à donner une lecture partagée de leurs productions, pratiques, langages..., d'où l'homogénéisation des représentations et des attitudes.

L'interculturalité désigne "l'ensemble des processus - psychiques, relationnels, groupaux, institutionnels...
- générés par les interactions de cultures, dans un rapport d'échanges réciproques et dans une perspective de sauvegarde d'une relative identité culturelle des partenaires en relation" (CLANET cité par DOUARD et RAGI 1999).

L'interculturalité (c'est-à-dire en général la communication interculturelle) implique la prise en compte de la disparité des codes culturels et la conscience des attitudes et mécanismes psychologiques suscités par l'altérité.

Elle permet ou vise le respect des différences. Ces différences ne sont pas pensées en termes d'inégalité et de hiérarchie des cultures.
L'interculturel vise également à connaître et comprendre ce que les hommes ont de semblable.

Certains auteurs distinguent interculturalité et multiculturalisme sur ce point : là où l'interculturalité souligne la notion de partage, le multiculturalisme n'implique pas nécessairement partage.

L'approche ou les projets interculturels poursuivent plusieurs types d'objectifs : acquérir une flexibilité cognitive, affective et comportementale pour pouvoir s'ajuster à des cultures nouvelles ; minimiser les conflits qui résultent de la confrontation de cultures et de religions ; rechercher des solutions à la coexistence de populations d'origines différentes ; permettre le dialogue, le partage d'expériences et le travail en commun.

La notion d'interculturalité est le plus souvent employée, dans tous les pays européens, dans le champ de l'éducation et de la pédagogie.

L'éducation interculturelle vise une instruction à l'altérité, à la diversité et à la communication dans un contexte caractérisé par le pluralisme.

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Vivre ensemble et promouvoir la diversité culturelle.

Vers une approche partagée:

 

La diversité culturelle est un fait aujourd'hui reconnu internationalement. L'idée d'une convention internationale sur le sujet, lancée par la France lors du Sommet mondial du développement durable tenu à Johannesburg en 2002, a abouti en octobre 2005 par la convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles adoptéepar l'Unesco. 

Avec ce texte, les Etats ont élevé la diversité culturelle au rang de patrimoine commun de l'humanité et affirmé que sa protection, sa promotion, son enrichissement et son maintien sont des conditions essentielles pour un développement durable.

ls ont encouragé la sensibilisation du public et la participation active de la société civile aux objectifs de la Convention, tant aux niveaux international, national que local.

Le vivre ensemble et à la promotion de la diversité culturelle sont des axes majeurs d'une politique de développement durable. Il faut dès lors instaurer un espace de dialogue citoyen avec les habitants et les associations d'horizons multiples.

« Que signifie pour nous le Vivre ensemble et comment promouvoir la diversité culturelle ? »

1-Enjeux de la diversité culturelle

La diversité culturelle est un des éléments qui tend à améliorer le monde, c'est l'une des raisons de sa préservation. Définie comme une pluralité deconnaissance, de sagesse et de dynamisme, elle nourrit une ouverture à l'autre.

La pratique de la diversité doit s'appuyer sur la réciprocité des échanges, sur le respect des convictions et de l'identité de l'autre.  Elle contribue ainsi à une meilleure autonomie de chacun, une meilleure connaissance de soi. Mais ce projet individuel ne peut se développer que dans un « vivre ensemble », une recherche de solidarités nouvelles.

En ce sens la communauté reste un lieu ressource indispensable pour se retrouver entre soi, pour avancer, pour donner des repères, pour partager à la fois des difficultés et les complicités.

Le mot « communauté » doit ainsi rester dans notre vocabulaire. Ce n'est pas du communautarisme, car il n'est pas question de normes à imposer, ni de repli hors de la diversité de la cité. La diversité culturelle se construit en articulation avec la citoyenneté commune.

2-La lutte contre les discriminations

Un projet de vivre ensemble ne peut se développer dans une société qui tolère les discriminations.

Le respect de l'autre est au centre du projet commun. La lutte contre toutesles formes de discriminations ne doit pas être considérée comme un simple positionnement éthique. 

C'est un enjeu collectif essentiel, une nécessité absolue du vivre ensemble.

La discrimination a pour effet de traiter une personne ou une catégorie de personnes de manière moins favorable qu'une autre ne l'est, ne l'a été ou ne le serait dans une situation comparable.

Cette pratique, condamnée par la loi, constitue un délit.

Pourtant, à chaque étape de la vie, et notamment de la vie professionnelle, tout individu peut être confronté à de la discrimination que ce soit en raison de son origine, de son sexe, de ses mœurs, de son orientation sexuelle, de son âge, de sa situation familiale, de ses caractéristiques génétiques ; ou encore en raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race, de ses opinions politiques, de ses activités syndicales ou mutualistes, de ses convictions religieuses, de son apparence physique, de son patronyme ou en raison de son état de santé ou de son handicap.

Depuis plusieurs années, les pratiques discriminatoires, bien qu'illégales, sont extrêmement répandues et socialement admises.

Si l'arsenal juridique est important, il est encore trop peu utilisé du fait d'une faible connaissance et mobilisation du droit, d'un soutien et un d'accompagnement encore insuffisants et de la difficulté à attester l'existence d'une discrimination, qui a souvent pour caractéristique d'être cachée, indirecte, impalpable.

Les discriminations s'inscrivent dans un processus insidieux qui s'ajoute aux phénomènes d'exclusions sociale et territoriale.

Ces mécanismes d'exclusions touchent plus particulièrement les habitants des zones urbaines sensibles.  Nous devons être attentifs dans un projet de Vivre ensemble à traiter ce fléau.

3- L'espace public

Lieu où se mêlent et se rencontrent les diversités, l'espace public est un enjeu fort d'une politique de diversité culturelle.

La rencontre sur l'espace public urbain (places, squares, rues,..) permet de lutter contre le communautarisme et la ségrégation.

Porteur de mémoires, d'histoires, l'espace public participe en lui-même à la perpétuation des diversités culturelles : cette attention portée à la préservation des traces de l'histoire, du patrimoine, est donc en soi un premier enjeu, tout comme les regards d'avenir qu'il accueille et exprime par les choix d'aménagement.

Afin de jouer de cette fonction de rencontre, cet espace public ne doit évidemment pas être en soi excluant par ses aménagements (accessibilité pour les handicapés, bancs pour les individus et les personnes âgées, accueil des enfants, lieux trop « aseptisés » pour des jeunes dont les rencontres sont favorisés par des espaces informels...) et par son ambiance : la qualité urbaine ou naturelle mais aussi la sécurité de l'espace public sont nécessaires à ses fonctions de rencontre.

En n'oubliant pas de penser aux différentes échelles, du quartier à l'agglomération, son bon fonctionnement s'inscrit dans le refus d'une ghettoïsation, dans le choix volontaire d'une mixité sociale permanente.

Au-delà de la rencontre, l'espacepublic est aussi un lieu de convivialité, de tolérance et de découvertes.

4-Les mémoires, le patrimoine et les spécificités de la ville

L'espace public et les habitants sont donc des vecteurs de l'histoire et des mémoires. Etre habitant de cet espace c'est d'abordvivre dans celui-ci, par conséquent, c'est se nourrir de ses origines et de ses vécus mais aussi des mémoires de l'immigration, de l'identité urbaine...

La conservation, valorisation et transmission des savoirs, des savoir-faire et du patrimoine est indispensable.  Il s'agit toutefois de dépasser les mémoires mythifiées pour faire aussi appel aux projets contemporains, à la culture vivante en perpétuelle création.

5-La connaissance mutuelle et l'interculturalité

Se connaître mutuellement et s'enrichir de nos cultures, favoriser les rencontres entre toutes et tous et renforcer la culture de l'échange sont à la base d'une politique de la diversité culturelle. Le travail associatif sur les quartiers y contribue précieusement, mais il doit être complété d'évènements culturels à l'échelle de la ville, et ce sur l'ensemble de l'année.

Il convient à ce niveau de ne pas se contenter de la seule présentation évènementielle des spécificités figées ; ces échanges doivent toujours être au service de cultures vivantes, déclinées au quotidien.

Cette meilleure connaissance doit nous amener à plus de dialogue sur les enjeux cultuels (connaître la religion des autres) et philosophiques. 

 Elle doit nous également nous conduire à révéler la richesse des échanges intergénérationnels.

6-La diversité des pratiques culturelles

Il nous faut reconnaître la diversité des identités au sens large, qu'elles qualifient des provenances géographiques (une nationalité, une région, un territoire, un quartier,...), des origines sociales, des pratiques linguistiques, des expressions artistiques ou plus largement des affinités entre personnes qui partagent des mêmes modes de pensée ou de vie.

Ainsi, un des enjeux centraux de toute politique de diversité culturelle est bien de favoriser la multiplicité des pratiques.

Il est donc important de rechercher un équilibre dans l'aide accordée, en se gardant des hiérarchisations.

Evidemment promouvoir la diversité culturelle, ce n'est pas que défendre la culture française et francophone (même si c'est aussi un véritable enjeu).

Diversité des cultures et diversité des pratiques : être à l'écoute des initiatives des associations, des structures d'éducation populaire, de nouvelles formes d'expression et d'initiatives,... est en soi une nécessité, en cherchant là aussi à faire se rencontrer et échanger des acteurs porteurs de pratiques et d'expériences variées, en créant de nouveaux liens.

Il s'agit clairement d'encourager toutes les pratiques culturelles, qu'elles soient reconnues, en émergence ou minoritaires,professionnelles ou amateurs.

L'évaluation des politiques menées essentielles à la préservation de la diversité culturelle devra être conduite sur la base de critères définis collectivement.

7- Les démarches participatives

Vivre ensemble, cela passe inévitablement par du dialogue et de l'écoute.  Et l'investissement des habitants dans la vie de la cité sera d'autant plus fort que chaque individu se sentira reconnu dans sa singularité, accompagné dans ses propres pratiques. Les pratiques culturelles sont de fait au centre de toute démarche participative.

Rendre possible aux habitants d'être acteurs, initiateurs et auteurs du développement culturel de leur territoire, veiller à faire sortir les publics d'une simple consommation culturelle, favoriser l'engagement citoyen notamment par l'éducation permanente et populaire, développer des projets communs favorisant l'implication de tous les publics sont autant de conditions pour renforcer les démarches participatives.

Enfin, vivre ensemble ne se fait pas sans conflits.  Il faut permettre la confrontation d'opinions et ne pas aller uniquement vers la recherche de consensus à minima. Masquer les conflits ne fait que repousser la médiation, et souvent les exacerbent.

Faire vivre la diversité culturelle nécessite ainsi de savoir définir collectivement des modes de régulation, au plus près des problèmes concrets posés.

8- L'éducation

L'harmonie entre les êtres humains implique des échanges de savoirs et de connaissances, de la transmission entregroupes.  Il s'agit en particulier de transmettre des valeurs et des principes comme le respect, le partage, l'égalité, la tolérance,la démocratie, la justice sociale ou encore l'intérêt général.  L'éducation permet les acquisitions morales, intellectuelles, culturelles indispensables pour prendre part à la société.

Ses formes sont multiples, de l'éveil à la citoyenneté à l'école à la formation continue tout long de la vie pour tous.  L'éducation nous amène à la responsabilité qui nous met dans l'action. Le processus éducationnel peut ainsi se résumer à « S'informer, comprendre, agir ».

Comprendre et faire comprendre le monde aujourd'hui, c'est pouvoir relier les enjeux entre eux (approche multidisciplinaire), c'est aussi apprivoiser sa complexité, et ce pour le plus grand nombre de citoyen.

On retrouve là les ambitions de l'éducation populaire de reconnaître à chacun le droit de progresser dans la connaissance du monde en trouvant les pédagogies adaptées à chaque parcours de vie.

9-La solidarité internationale

Vivre ensemble dans un contexte de développement durable exige de penser globalement, d'exercer une solidarité élargie, au-delà des seules frontières territoriales et nationales. 

Les inégalités de développement sur la planète, les effets négatifs de la mondialisation questionnent la nature des échanges entre pays. Les finalités humaines, sociales, culturelles du développementse heurtent souvent aux logiques purement économiques.

Bien au-delà de la charité, il s'agit de trouver des voies communes pour tendre vers un monde plus juste.

Des alternatives sont proposées pour sortir de la pauvreté, atténuer les impacts sur l'environnement, promouvoir la diversité culturelle « ici et là-bas » : nouvelles règles d'échanges internationaux, économie solidaire, commerce équitable,...

La solidarité des peuples passe par une meilleure connaissance et une meilleure compréhension, source d'enrichissement mutuel. 

Cela peut conduire jusqu'à la volonté de construire un niveau supérieur d'identité et d'unité, de tendre vers une citoyenneté planétaire.

Mais pour cela, il faut rendre le citoyen acteur de la solidarité internationale qu'il s'agit d'ancrer dans la réalité des quartiers.

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