«Je», «moi» et «sûr»: les mots qui manifestent l'arrogance croissante d'un dirigeant

22/08/2014 17:23

par Audrey Duperron L'Express.be

Comment savoir qu'un dirigeant met en danger son organisation en pêchant par une perte de contact avec le réel liée à une autosatisfaction excessive et l'optimisme exagéré qui en découle ?

En analysant les mots qu'ils emploient.

Des chercheurs ont recherché des similitudes dans les discours de dirigeants politiques britanniques et de patrons de banques.

Ils ont conclu qu'un orgueil excessif conduisait à la production de ce que les psychologues appellent des « bio-marqueurs linguistiques », des indices qui trahissent cet excès de confiance, explique Gillian Tett dans le Financial Times. « Le pouvoir monte non seulement à la tête, mais aussi à la langue», écrit-elle.

David Owen, un psychiatre qui a aussi été ministre britannique des Affaires étrangères, a analysé les déclarations réalisées par des douzaines de politiciens britanniques et américains sur le siècle dernier et présenté une liste de 14 de ces bio-marqueurs linguistiques qui trahissent l'excès de confiance.

Il conclut que les deux ex-Premiers ministres britanniques, Margaret Thatcher et Tony Blair, ont manifesté les signes d'un excès d'orgueil.

Peter Garrard, un professeur de neurologie à l'université St Georges de Londres, a constitué un groupe pour analyser les mots que les premiers ministres britanniques Thatcher, Blair et Major, qui ont servi entre 1979 et 2007, avaient utilisés au cours des sessions au Parlement britannique.

Il a confirmé que les symptômes d'orgueil excessif étaient les plus évidents pour Tony Blair, puis Margaret Thatcher, et que John Major était le Premier ministre qui semblait être resté le plus modeste.

 Il a également constaté que l'autosatisfaction était particulièrement forte après les périodes de guerre (la guerre des Malouines pour Thatcher, et plus récemment, la guerre en Irak pour Blair).

Tony Blair a eu tendance à utiliser plus souvent des mots comme «je», «moi» et «sûr».

Cependant, Niah Brennan et John Conroy ont analysé les courriers d'un haut dirigeant d'une banque européenne a adressés à ses actionnaires.

Cette banque s'était fortement développée avant la crise financière, et elle avait essuyé de lourdes pertes ensuite. Leur analyse montre que son excès de confiance était de plus en plus évident au cours des 8 années de son mandat, et que cela se manifestait par un optimisme exagéré dans ses discours, et l'emploi du mot «nous».

Brennan et Conroy concèdent que ces études demeurent «subjectives», car les scientifiques doivent d'abord déterminer quels sont les mots qui peuvent témoigner d'une arrogance excessive.

En outre, ils n'ont pas encore tenté d'analyser en temps réel les discours de dirigeants d'entreprises importantes pour signaler le moment où ces dirigeants commencent à employer ces bio-marqueurs, témoignant ainsi qu'il sont en train de succomber à une autosatisfaction exagérée.

Les investisseurs des marchés financiers seraient grandement intéressés par ce type d'analyse. Mais cela ne pourrait plus être qu'une question de temps...