À Dohuk, refuge pour les chrétiens d'Irak

11/08/2014 07:03

  par RFI

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Plus de 100 000 chrétiens ont fui Qaraqosh (photo) ces derniers jours.Reuters

             

Mossoul et Qaraqosh ne comptent plus de chrétiens. Ces localités ont été bombardées avant de tomber aux mains des combattants de l'État islamique.

Les populations terrorisées ont pris la direction du Kurdistan irakien. Reportage à Dohuk, une ville au nord du Kurdistan irakien où de nombreux déplacés chrétiens ont trouvé refuge.

Avec nos envoyés spéciaux, Boris Vichit et Aabla Jounaïdi

Une salle a été aménagée au sous-sol de l'église Saint-Georges, en banlieue de Dohuk. Soixante-deux familles chrétiennes s'y serrent.

Abu Salwan avait laissé les siens fuir son village, près de Qaraqosh.

Il était resté pour prendre des affaires, mais des hommes armés l'ont arrêté. « J'ai refusé de me rendre. Je leur ai dit que j'étais trop vieux pour marcher, raconte-t-il. Alors ils m'ont pris 500 000 dinars que j'avais et m'ont laissé 25 000. Ils m'ont dit que je valais seulement la moitié de cette somme, mais comme j'étais vieux ils me laissaient 25 000 dinars. »

Abu Salwan a de la chance. D'autres minorités ont été massacrées sans délai. Mais le sort des chrétiens forcés de quitter leurs villes et villages inquiète.

Pour le père Nishan qui accueille ces déplacés dans son église, c'est toute une part de l'histoire qui s'efface.
« Les chrétiens ont participé à l'essor de la civilisation, à l'histoire. L'État irakien a été fondé par des chrétiens. L'ONU, l'Amérique, les grandes puissances, mais aussi les chrétiens et les musulmans doivent protéger la composante chrétienne, car il s'agit de l'histoire de la région », plaide le père Nishan.

Plus de 100 000 chrétiens ont fui Qaraqosh

Bassam Jamil, un catholique syriaque, raconte avoir fui Qaraqosh cette semaine, après avoir quitté Mossoul.

Il n'oubliera jamais cette nuit du 6 août où il a dû quitter sa terre chrétienne avec sa famille. « Déjà avant, on nous tuait, on nous égorgeait, on faisait exploser nos églises, mais ce n'était pas officiellement l'État islamique, dit-il. On a plusieurs fois quitté Mossoul ces dix dernières années. Puis on revenait en se disant que le calme reviendrait. Mais maintenant, on nous dit clairement : "Il n'y aura plus de chrétiens à Mossoul" ».

Plus de 100 000 chrétiens ont ainsi fui la zone de Qaraqosh. Pour toujours ? Nul ne le sait et la bataille pour reprendre Mossoul n'a pas encore commencé. Mais pour Bassam, les chrétiens, les minorités sont les premières victimes d'un conflit qui les dépasse.

« Les chrétiens souffrent partout dans la région, pas seulement en Irak. Les politiques se moquent de voir les gens fuir, se faire tuer.

Ceux qui soutiennent l'État islamique ne voient que leur intérêt. Je ne connais rien de la politique, mais je vois le résultat : c'est nous qui payons le prix. Pourtant nous voulons rester, garder notre identité. Mais eux veulent nous en priver, par tous les moyens », dénonce Bassam.

Après la nouvelle offensive de cette semaine, de nombreux États, dont la France, ont décidé de favoriser l'accueil des chrétiens sur leur sol.

Pape François : « On ne fait pas la guerre au nom de Dieu »

Avec notre correspondante à Rome,Anne Le Nir

Le pape François s'insurge contre le massacre de chrétiens en Irak et réitère avec force son appel à une mobilisation internationale.

Il s'est exprimé ce dimanche à l'issue du traditionnel Angélus.

Dans son nouvel appel, le pape François s'est déclaré « effaré » par les nouvelles provenant d'Irak où « des milliers de chrétiens sont chassés de leurs maisons de manière brutale, où des enfants sont morts de faim et de soif pendant leur fuite, où des femmes ont été séquestrées, où l'on constate des violences de tout type ».

Face à une foule très nourrie de pèlerins et touristes réunis place Saint-Pierre, à Rome, le pape François a lancé : « Il y a des destructions de maisons, du patrimoine religieux, historique et culturel.

Tout cela offense gravement Dieu et l'humanité. On ne fait pas la guerre au nom de Dieu. »

Le pape a remercié ceux qui avec courage sont en train de porter secours « à ses frères et sœurs » et il a exprimé sa confiance en une solution politique à un niveau international et local pour arrêter les crimes et rétablir le droit.

Il a également annoncé que son émissaire personnel, Mgr Fernando Filoni, quittera Rome ce lundi pour rejoindre le Kurdistan irakien.