A Abidjan, la baie de Cocody n'est plus qu'un vaste dépotoir

04/04/2014 14:00

Nous avions traité il y a peu de temps dans un article sur ce site et sur notre Blog de la RSE dans les entreprises africaines ainsi que de l'intérêt que devraient porter les états Africains quant à une démarche écologique au travers du Green Business dans le cadre du traitement des déchets.

Et voilà qu'aujourd'hui la réalité nous rattrape suite à cet article paru sur le site Web   Le Monde.fr nous faisant la description chaotique d'un désatre écologique survenant en cote d'ivoire dans la lagune Ebrié.

Je vous fais partager l'intégralité de celui-ci si dessous :

Abidjan, qu'on surnommait du temps de sa splendeur   «  La Perle des lagunes  » ,   ne mérite plus cette appellation depuis de longues années déjà.

La " lagune Ebrié" , cette immense étendue d'eau autour de laquelle s'est construite la capitale économique ivoirienne, est envahie dans certaines zones par des monticules de déchets. Dans le centre de la ville, là où se rejoignent le Plateau, le quartier des affaires, et la zone résidentielle plutôt chic de Cocody, la baie de Cocody a disparu sous près de 50 hectares d'immondices et de vase qui se sont consolidées : une surface plus grande que le Vatican.

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L'aspect de la baie n'est pas acceptable, reconnaît Rémi Allah Kouadio, le ministre ivoirien de l'environnement. Elle sert d'exutoire à tout ce qui est jeté dans les quartiers en amont où vit près d'un tiers de la population d'Abidjan. Eaux de ruissellement, déchets, eaux usées. Tout se mélange, ce n'est plus possible.

La réhabilitation de cette baie fait partie des grands projets d'Alassane Ouattara. Son convoi longe chaque jour cette décharge à ciel ouvert, lorsqu'il quitte sa résidence pour se rendre au palais présidentiel, une vision -et une odeur- qui ne collent pas avec l'image que le président ivoirien veut renvoyer à la population, ou aux investisseurs étrangers.

Alassane Ouattara a promis de transformer cette partie de la ville en aire de détente et de tourisme écologique, une première dans la capitale économique du pays.

Un cabinet d'architectes, Koffi et Diabaté, a déjà tout prévu :aménagement de sentiers piétonniers le long des berges, création de lignes supplémentaires de « batobus » permettant de rejoindre les deux rives, construction d'un éco-quartier...

Mais les Abidjanais ne sont pas près de faire du ski nautique sur leur lagune, car la pollution est solidement ancrée: en 2002 déjà, on trouvait du mercure, de l'arsenic et du plomb jusqu'à 15mètres de profondeur.

Une contamination qui n'empêche pas les Ivoiriens de consommer du poisson pêché près de cette zone.

L'Etat a bien tenté de draguer ces immondices. En février 2013, un bateau finlandais payé par une ONG suédoise, le Watermaster, a été réceptionné en grande pompe par les autorités. Un investissement de 760000 euros qui est aujourd'hui sous-utilisé.

«On s'est rendu compte que cela ne suffisait pas, explique le colonel Martin Diby Niagne, directeur du Centre ivoirien antipollution. Les sacs plastique et les autres déchets bloquent les pompes, donc pour le moment on peut seulement désherber. Il faut une solution globale si on veut être efficaces.»

Pour régler le problème de la pollution de la lagune, il faut donc gérer l'ensemble de ce qui s'y déverse, soit reprendre l'assainissement de toute la ville. 

Un système qui date des années 1980,  qui exclut de fait des dizaines de milliers d'habitations et de centres de santé construits depuis.

Grâce à des branchements anarchiques, leurs eaux usées et infectées débouchent dans les canaux d'évacuation des eaux pluviales, qui s'écoulent dans la baie de Cocody.

UN SCANDALE SANITAIRE

Le gouvernement a eu du mal à obtenir les financements nécessaires pour mettre en oeuvre ce vaste projet, ainsi qu'à coordonner tous les services impliqués. Mais, à l'approche du scrutin présidentiel prévu en octobre 2015, cette promesse électorale commence à se réaliser, grâce notamment à la Banque mondiale, à la Banque africaine de développement, ou encore à l'Agence française de développement.

Ces bailleurs financent une étude pour mieux connaître le réseau existant et identifier les meilleures solutions, mais il fallait aussi parer au plus urgent. Des barrages sont en cours de réhabilitation, et trois bassins ont été creusés en 2012, à quelques dizaines de mètres du bord de la baie, pour retenir les déchets avant qu'ils n'arrivent dans la lagune et mettre fin aux inondations qui bloquaient la circulation à la moindre pluie.

Des installations constamment submergées par les immondices, car elles se trouvent en contrebas de l'une des zones les plus peuplées d'Abidjan, et accueillent les nombreux détritus qui n'ont pas été ramassés par les éboueurs, principalement dans les quartiers précaires qui leur sont inaccessibles.

Les Abidjanais produisent 4000tonnes de déchets ménagers par jour. Une partie est collectée par des acteurs privés pour échouer dans une énorme décharge dans l'est de la ville, dans le quartier d'Akouedo. Là sévit une mafia qui organise les «collecteurs», principalement des femmes et des enfants, qui récupèrent ce qui peut l'être et peuvent aussi reconditionner des denrées périmées pour les vendre sur certains marchés de la ville. Un scandale sanitaire auquel les autorités promettent de mettre fin depuis longtemps. «Fermer Akouedo est une priorité pour l'Etat, assure le ministre Rémi Allah Kouadio. Mais surtout, nous allons mettre en place une gestion intégrée des déchets.»

C'est un cabinet américain qui a été retenu en mars pour mettre en place la collecte, le tri et la valorisation des déchets d'Abidjan. Reste à s'entendre sur le financement de ce projet, dont une partie sera consacrée à la sensibilisation de la population à l'écologie, une notion qui a encore du mal à trouver sa place en Côte d'Ivoire.

Le Monde.frarticle paru le vendredi 04/04/2014

Il va de soit qu'après une telle lecture il est urgent d'ériger la problématique écologique au sommet de l'Agenda des Ministres Africains de l'environnement celle-ci n'en devient que logique mais on attend surtout d'eux de la pratique et de l' innovation.

« Economie verte et enjeux sociaux : Eradication de la pauvreté, emplois verts, santé et gestion des déchets » était le thème de la première table ronde de la Conférence Africaine de Haut Niveau sur l'Economie Verte qui s'est tenue le 22 et 23 février à Oran, on ne peut qu'en comprendre l'urgence et la nécessité après la lecture d'un tel article.

BS