438 enfants esclaves au Mexique : "Des actes sexuels pour de l'argent"

17/07/2014 14:08

Le Nouvel Observateur avec AFPPar Le Nouvel Observateur avec AFP

438 enfants contraints de mendier ou victimes d'abus sexuels ont été retrouvés par la police, vivant dans des conditions inhumaines dans un foyer "prestigieux" du Mexique.

Des enfants dans "La gran Familia", un foyer dans lequel il vivait en quasi-esclavage dans des conditions inhumaines et insalubres, au milieu de rats et d'insectes dans l'Etat de Michoacan, dans l'ouest du pays, le 15 juillet 2014. (AFP/PHOTO) Des enfants dans "La gran Familia", un foyer dans lequel il vivait en quasi-esclavage dans des conditions inhumaines et insalubres, au milieu de rats et d'insectes dans l'Etat de Michoacan, dans l'ouest du pays, le 15 juillet 2014. (AFP/PHOTO)

Près de 500 enfants trouvés dans un foyer en quasi-esclavage

Les premiers témoignages de jeunes parmi les 600 internes d'un foyer d'accueil de l'ouest du Mexique confirment les dénonciations de violences sexuelles et de séjour forcé dans cet établissement, ont indiqué mercredi 16 juillet les autorités judiciaires fédérales.

"Des actes sexuels en échange d'argent"

Au lendemain de l'opération policière lancée dans le foyer "La Grande Famille" de Zamora, dans l'Etat mexicain du Michocan, et ayant abouti à l'arrestation de la directrice et de huit de ses collaborateurs, ces autorités ont détaillé des accusations de mauvais traitements faites par 12 internes.

Ces témoignages font état d'agressions physiques, de punitions prolongées dans un minuscule espace sans nourriture ni boisson ou de nourriture avariée, a indiqué Tomas Zeron, directeur de l'agence d'enquête criminelle du ministère de la Justice, lors d'une conférence de presse.

Toutefois, pour l'instant, la responsabilité de la directrice de l'établissement, Rosa del Carmen Verduzco, surnommé "Mama Rosa", dans ces mauvais traitements n'a pas été formellement établi.

Certains jeunes ont déclaré avoir été contraints de pratiquer du sexe oral par des majeurs non identifiés. L'un d'eux, Zeron, a indiqué qu'un employé du foyer les obligeait à "des actes sexuels en échange d'argent".

Un foyer qui avait "du prestige"

Une jeune femme majeure, a dit qu'elle était retenue dans le foyer contre sa volonté et qu'elle avait été victime d'abus sexuels de la part de l'un des administrateurs qui, apprenant qu'elle était enceinte, l'avait frappé "pour provoquer un avortement".

Les employés du nettoyage qui sont entrés mardi dans le foyer en ont déjà retiré quelque 20 tonnes d'ordures réparties dans les zones communes, a indiqué Tomas Zeron.

Le ministre de la Justice, Jesus Murillo Karam, a assuré que les autorités avaient été "surprises" par la situation trouvée dans ce foyer qui "avait du prestige" au sein du gouvernement fédéral et des autorités locales.

Interrogé sur la responsabilité des autorités mexicaines dans les failles du contrôle de l'établissement, Murillo Karam a admis que "le prestige dont bénéficiait l'institution faisait que les inspections ont été moins intenses".

Les autorités ont également rectifié le nombre d'enfants et de jeunes trouvés mardi dans le foyer. Au total, on a trouvé 607 internes, dont 438 mineurs et 159 majeurs, ainsi que 10 personnes dont l'âge n'a pas pu être déterminé en raison de leur "degré élevé de dénutrition", a indiqué Rodrigo Archundia, responsable du service spécialisé d'enquête sur le crime organisé (Seido).

"Nous sommes partis en courant"

Choqués et indignés, des parents et des proches tentaient mercredi de récupérer certains enfants.

Nous sommes arrivés hier soir. Nous sommes partis en courant en écoutant les informations", a expliqué Lucia Carranza, qui a un enfant dans le foyer.

Elle espère obtenir des informations comme les quelque 200 personnes qui sont arrivées angoissées d'autres régions du Mexique. Toutes cherchent à récupérer leurs enfants, pour l'instant placés sous la garde des autorités fédérales, à l'intérieur du foyer.