8 milliards d'euros : le jackpot de la BCE au titre des intérêts sur la dette grecque

15/10/2017 05:36

AFP

Environ 8 milliards d'euros (7,8 milliards d'euros, exactement) : c'est le pactole que la BCE a encaissé au titre des intérêts de la dette grecque entre 2012 et 2016 (pour mémoire, le PIB de la Grèce est évalué à 175 milliards d'euros en 2016). C'est ce que Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne, a indiqué par écrit en réponse au député grec Nikos Chountis qui lui en faisait la demande.

Ces intérêts se rapportent aux obligations souveraines grecques émises dans le cadre du programme SMP (Securities Market Purchase). Ce dernier avait été lancé en 2010, au début de la crise financière pour permettre aux pays de la zone euro, et plus particulièrement aux pays de l'Europe du Sud, de se refinancer à meilleur compte. En effet, à cette époque, les investisseurs redoutaient un défaut de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal, ce qui avait fait grimper le risque associé à ces pays et, en conséquence, les taux d'intérêt sur leurs obligations souveraines. Le SMP visait à racheter ces obligations afin de faire baisser ces taux d'intérêt.

Les produits financiers correspondants ont été redistribués aux 19 pays de la zone euro. Pour sa part, l'Allemagne aurait perçu 952 millions d'euros.

Jackpot pour le FMI

La plus grande partie des 300 milliards d'emprunts de l'Etat grec ont été consentis par des institutions internationales, et non des créanciers du secteur privé, rappelle le Financial Times. Le FMI lui-même aurait encaissé 2,5 milliards d'euros d'intérêts sur ces prêts, a calculé la Jubilee Debt Campaign en 2015.

Ces montants, qui émergent alors que le feuilleton grec se poursuit, pourraient bien remettre d'actualité une proposition qui visait à retourner ces intérêts à la Grèce. Les dirigeants de la zone euro l'avaient envisagée entre 2013 et 2015. Mais l'arrivée du parti d'extrême gauche Syriza, et surtout la nomination de Yanis Varoufakis au ministère des Finances, avait contrarié ce projet. En effet, Varoufakis ne s'entendait guère avec son homologue allemand Wolfgang Shäuble.

Or, beaucoup d'analystes estiment que sans réduction de sa dette, le pays ne pourra pas s'extirper de ses difficultés, et qu'il sera condamné à réclamer régulièrement de nouvelles aides.

La Grèce a d'ailleurs été exclue du programme de quantitative easing que la BCE a mis en oeuvre depuis plusieurs mois pour insuffler de la croissance. En effet, la BCE a stipulé qu'elle ne pourrait bénéficier de ce programme que lorsque son niveau d'endettement redeviendrait supportable, c'est à dire lorsqu'il tomberait en deçà de 180 %.

Un conflit d'intérêt pour la BCE ?

Selon Leo Hoffmann-Axthelm de Transparency International, la participation de la BCE au plan de sauvetage de la Grèce aboutit à un conflit d'intérêt, précisément en raison de ces intérêts. En effet, d'un côté, la BCE s'attend à ce que la Grèce paye régulièrement ses dettes, et de l'autre, elle donne son aval aux plans de réformes présentés par le pays pour remettre son économie sur les rails.