Accélération de l'exode des chrétiens d'Irak

28/07/2014 11:49

Je vous propose ici un article de l'AED sur l'exode des chrétiens d'Irak ainsi qu'une petite vidéo de nos ami de Leader VOCAL sur les exactions dont ils font l'objet .

Publié le 3 juillet 2014 ' Par AED

Selon le patriarche de l'Église chaldéenne catholique, Sa Béatitude Louis Raphaël Ier Sako, l'émigration des chrétiens d'Irak s'amplifiera encore.

Le patriarche de l'Église chaldéenne catholique, Mgr Raphaël 1er Sako.(c) AMI/OIMC

Dans un entretien accordé le samedi 28 juin 2014 à l'œuvre internationale de bienfaisance catholique Aide à l'Église en Détresse (AED) à Ankawa, près d'Erbil, le patriarche a déclaré : « Lors de mon récent séjour en Turquie, dix familles chrétiennes originaires de Mossoul y sont arrivées, et en une seule semaine, vingt familles ont quitté Alqosh, en Irak, une localité majoritairement chrétienne non loin de Mossoul. C'est extrêmement préoccupant. Nous perdons notre communauté. Si la vie chrétienne en Irak arrête d'exister, notre histoire sera interrompue. »

Un pays fragmenté

Pour le ce chef de l'Église chaldéenne catholique unie à Rome, l'avenir des chrétiens en Irak est menacé : « Dans dix ans, il restera peut-être 50 000 chrétiens en Irak. Avant 2003, nous étions environ 1,2 million. En l'espace de dix ans, le nombre a chuté à quelque 400 000 à 500 000 fidèles. Mais nous ne disposons pas de chiffres exacts. »

La désintégration de l'Irak semble toute aussi inévitable au patriarche chaldéen résidant à Bagdad : « Peut-être qu'il existera une unité symbolique, et que le nom de l'Irak perdurera. Mais de fait, nous serons en présence de trois zones indépendantes avec leurs propres budgets et leurs propres armées. »

Tout comme les autres évêques, il serait d'avis que la situation empirera encore plus, a déploré Mgr Sako. « L'Irak est actuellement fragmenté en trois zones, respectivement sunnite, kurde et chiite. De toute manière, les Kurdes bénéficient déjà de l'autonomie, les chiites quasiment aussi. À présent, c'est au tour des sunnites. L'Irak sera donc divisé. »

Pour S.B. Louis Raphaël Ier Sako, les conséquences qu'aura cette désintégration de l'État irakien sur la communauté chrétienne du pays ne peuvent pas encore être prévues avec précision. « Franchement, à l'heure actuelle, nous autres évêques sommes perplexes. Ce sera peut-être au Kurdistan que pourrait se dessiner un avenir. De fait, de nombreux chrétiens y vivent déjà. Il y en a toutefois encore beaucoup à Bagdad et certains vivent aussi à Basra, dans le sud chiite. Nous devons attendre de voir comment la situation évoluera. »

 Rejet d'une intervention militaire

Mgr Sako a sévèrement critiqué l'attitude des États occidentaux : « Le football les intéresse beaucoup plus que la situation ici ou en Syrie. La politique occidentale ne poursuit que des intérêts économiques. La communauté internationale devrait faire pression sur les politiciens irakiens afin qu'ils trouvent une solution politique et constituent un gouvernement de l'unité nationale. »

Toutefois, le patriarche rejette une intervention militaire des États-Unis : « Les Américains sont venus ici et ils ont commis beaucoup d'erreurs. C'est à cause d'eux que la situation se présente telle qu'elle est aujourd'hui. Pourquoi remplacer un régime par une situation pire encore ? C'est ce qui est arrivé après 2003. »

Pour Mgr Sako, l'organisation terroriste sunnite « L'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) » constitue un danger menaçant le monde bien au-delà de l'Irak. « L'EIIL veut fonder un État islamique avec des puits de pétrole pour islamiser le monde. Je pense que c'est un danger pour tout le monde. » Le patriarche n'exclut pas d'issue politique pour sortir de la crise actuelle : « Cette possibilité existera dès l'instant où l'Occident et nos voisins tels que l'Iran, la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite le voudront. »