Big Brother est un Turc

14/09/2014 20:23

- Sur le grill -  Ozan Kose

Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a approuvé une loi qui permet à l'autorité turque des télécoms de bloquer des sites Web dès qu'elle estime que c'est nécessaire, et qui oblige les fournisseurs d'accès internet du pays à conserver l'historique de navigation de leurs utilisateurs pendant deux ans.

Selon Erdogan, ces mesures ont été ratifiées au nom de la « sécurité nationale » et de « l'ordre public et la prévention des délits ».

La nouvelle loi a pour effet d'étendre une loi qui avait déjà été passée en février, et qui rendait possible le blocage de l'accès à des pages internet sans ordonnance émanant d'un tribunal.

Mais cette loi ne s'appliquait que dans le cadre de violations de vie privée, alors qu'avec la nouvelle loi, il est possible de suspendre n'importe quel site internet.

La première loi avait été votée alors que plusieurs membres de l'AKP, le parti d'Erdogan, se débattaient dans un gigantesque scandale de corruption, y compris Bilal Erdogan, le propre fils de celui qui était alors Premier ministre.

Mais depuis, cette enquête, qui portait sur pas moins de 696 suspects, a été abandonnée.

Outre ces possibilités de blocage, la nouvelle loi oblige également les fournisseurs d'accès à conserver les historiques de navigation de tous les utilisateurs de l'internet et d'enregistrer l'ensemble du trafic sur internet, de telle sorte que ces informations pourraient être rapidement produites dans le cadre d'une enquête ou d'un procès.

Autrement dit, il sera possible de voir quelles pages de site chaque utilisateur résidant en Turquie aura consultées sur internet pendant deux ans.

Tout le monde peut désormais être soumis à cette interception des instances administratives sans mandat de justice.

Sachant qu'aucune loi ne définit les conditions du stockage, les limites du stockage et le but du stockage, c'est vraiment problématique », a commenté un diplomate étranger dans le Hürriyet Daily News .

En mars, Erdogan avait également évoqué son intention d'interdire Facebook et YouTube s'il remportait les élections qui avaient lieu au cours de ce mois. Qualifiant ces médias sociaux de « malédiction », il avait déclaré:

Nous ne laisserons pas ces entreprises s'emparer de notre nation »

La Turquie a déjà mis en place des filtres sur internet destinés à protéger les enfants, et rien qu'au cours des 6 premiers mois de l'année dernière, elle a émis 1673 demandes de retrait de contenu de l'internet à l'attention de Google, soit 3 fois plus que n'importe quel autre pays dans le monde.

http://www.express.be/joker/fr/platdujour/big-brother-est-un-turc/207803.htm