Calais: tensions accrues dans les campements de migrants

11/08/2014 07:13

 par Alice Pozycki


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La police française surveille les migrants qui font la queue pour une distribution de nourriture près de l'hôtel de Ville, le 5 août 2014.REUTERS/Pascal Rossignol

    Plusieurs bagarres ont opposé des migrants soudanais et érythréens dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 août. Bilan : 51 blessés dont un grave.

    Depuis quelques mois, les campements situés autour de Calais (Pas-de-Calais) connaissent une montée des tensions.

    Une première bagarre a éclaté, lundi 4 août, en début de soirée au cours d'une distribution de repas, entre une centaine de migrants soudanais et érythréens provoquant l'intervention des CRS.

    Quelques heures plus tard, une nouvelle rixe a opposé 300 migrants occasionnant 51 blessés, dont un grave.

    Depuis plusieurs mois, le nombre de migrants qui tentent de traverser la Manche a augmenté de plus de 50 %. Calais accueillait entre 400 et 500 migrants, un chiffre qui atteint désormais 1 200 à 1 600, selon les sources.

    Du côté des associations, les dispositifs d'aide aux migrants ont atteint leur limite. « En réduisant les portions, nous arrivons à distribuer jusqu'à 800 repas par jour. Mais il reste donc plusieurs centaines de migrants qui ne peuvent profiter de nos repas, et qui passent donc la nuit le ventre vide », déplore Georges Gilles de l'association Salam. Pour ceux qui bénéficient de ces repas, l'attente peut parfois atteindre une heure et demie, provoquant souvent des tensions entre migrants.

    Une série de démantèlements

    La ville de Calais a connu plusieurs évacuations successives. En  mai dernier, Denis Robin, préfet du Pas-de-Calais avait ordonné le démantèlement de trois camps, expulsant 700 migrants qui trouveront refuge près d'un centre de distribution des repas, dans la zone portuaire.

    Quelques mois plus tard, ce nouveau campement est lui aussi évacué, 320 migrants dont une soixantaine de mineurs se retrouvent alors à la rue. « Ces démantèlements à répétition provoquent une lutte des territoires qui s'opère entre les migrants », explique Georges Gilles.

    Aujourd'hui, Calais compte trois principaux campements : la « jungle », située dans la zone industrielle des Dunes où sont installés près de 500 migrants selon la préfecture, le squat Vandamme implanté sur un ancien site de recyclage de ferraille, ainsi que plusieurs campements dans le quartier de Fort Nieulay où sont établis des migrants souhaitant rejoindre l'Angleterre par le Tunnel sous la Manche.

    40 policiers envoyés en renfort

    Dans la nuit de dimanche 3 août au lundi 4 août,  40 policiers ont été affectés en complément des 80 déjà sur place afin d'« améliorer la protection et assurer une surveillance sur la totalité de la nuit, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent », a déclaré le préfet du Pas-de-Calais.

    Il a également annoncé lundi qu'il ne déclencherait pas dans l'immédiat l'évacuation de la « jungle » située dans la zone industrielle des Dunes ainsi que le squat Vandamme, souhaitant accorder un « temps supplémentaire » de réflexion aux migrants pour qu'ils sortent « de leur situation d'errance », malgré de récentes décisions de justice ordonnant l'évacuation des deux sites.