CNUCED : l'économie palestinienne, déjà en perte de vitesse, a encore ralenti

04/09/2014 20:49

Des enfants palestiniens à Jérusalem-Est. Photo UNRWA

Dans son rapport sur l'assistance au peuple palestinien publié mercredi, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) constate que l'économie du territoire palestinien occupé, déjà en perte de vitesse, a encore ralenti en 2013 et 2014, principalement à cause de la poursuite de l'occupation israélienne.

Cette détérioration de l'économie palestinienne s'est traduite par une croissance faible, une situation budgétaire précaire, une dépendance forcée à l'égard de l'économie israélienne, un chômage de masse, une aggravation  de l'insécurité alimentaire et de la pauvreté.

« Ce sont les Palestiniennes qui pâtissent le plus de l'occupation : leur taux de participation au marché du travail est parmi les plus faibles et le taux de chômage le plus élevé au monde », a souligné la CNUCED dans le rapport.

Le taux de croissance annuel moyen du produit intérieur brut (PIB) du territoire palestinien occupé a chuté, passant de 11% en 2010 et 2011 à seulement 1,5 % en 2013 − taux bien inférieur à celui de l'accroissement de la population, ce qui a entraîné une baisse du revenu par habitant.

Le taux de chômage est extrêmement élevé, 36% à Gaza et 22% en Cisjordanie.  Seul un ménage sur quatre est désormais classé comme vivant en situation de sécurité alimentaire ou comme ayant un accès assuré aux produits alimentaires.

Le rapport analyse l'économie du territoire palestinien occupé et les principales restrictions qui l'entravent. Achevé avant le début des hostilités à Gaza en juillet, ce rapport ne tient pas compte des effets économiques dévastateurs de ce nouvel affrontement.

Même avant les récentes opérations militaires l'économie locale de Gaza était en totale déliquescence, principalement à cause des effets cumulés de sept années d'un blocus strictement imposé et des ravages des deux précédentes opérations militaires israéliennes, en novembre 2012 et en décembre 2008.

« L'économie palestinienne dans son ensemble ne pourra pourtant pas se redresser durablement sans une action soutenue de la communauté internationale en faveur tant de la suppression des restrictions aux déplacements en Cisjordanie et à l'accès de la Cisjordanie que de la levée complète du blocus qui asphyxie l'économie de Gaza et coupe 1,8 million de personnes du monde extérieur », a affirmé la CNUCED.

Le blocus imposé par Israël depuis sept ans a empêché toute reprise économique à Gaza. Les exportations sont presque totalement interdites, les importations sont soumises à des restrictions sévères et les flux de marchandises, à l'exception des biens humanitaires de première nécessité, sont suspendus depuis des années.

L'économie de Gaza a souffert aussi des restrictions sur les transferts en espèces, y compris en dinars jordaniens et en dollars, qui ont plongé le secteur bancaire dans le marasme.

La plus récente des opérations militaires israéliennes contre Gaza aggrave une situation socioéconomique déjà désastreuse dans le territoire palestinien occupé et accélère son « dé-développement », processus par lequel les forces et les politiques d'occupation non seulement entravent le développement mais en détruisent aussi les acquis.

Outre les pertes en vies humaines et le déplacement massif de milliers de civils palestiniens, l'opération militaire a infligé d'énormes dégâts aux infrastructures physiques de Gaza.

Selon les estimations de l'ONU, ce sont plus de 40.000 logements, 141 écoles, 29 hôpitaux, des dizaines d'usines et de vastes étendues cultivées, ainsi que l'unique centrale électrique de Gaza, qui ont été détruits ou endommagés.

L'occupation ininterrompue de la zone C, où Israël est toujours en charge de la sécurité, de la planification et de la construction, et qui représente plus de 60% de la Cisjordanie, prive les Palestiniens de la souveraineté sur les ressources économiques et naturelles et donc de la possibilité d'œuvrer et de parvenir à un développement économique durable. 

Le gouvernement israélien a destiné 39% de la superficie de la zone C, soit plus du double de la superficie de la zone A sous contrôle palestinien, aux colonies et à leur expansion future, 20% à des zones militaires israéliennes fermées et 13% à des réserves naturelles.  

« Israël interdit de fait toute construction palestinienne dans 70% de la zone C et n'en réserve que 1% à l'aménagement spatial palestinien, tout en limitant la construction dans les 29% restants.

En violation de l'obligation internationale incombant à Israël en tant que puissance occupante, les mesures appliquées dans la zone C et l'implantation et l'expansion ininterrompus de colonies illégales ont modifié le paysage de la Cisjordanie pour en faire un archipel d'îles sans liaisons entre elles », explique le rapport.

« De plus, les violences des colons envers les civils palestiniens et leurs biens ont de lourdes conséquences socioéconomiques pour le peuple palestinien. A titre d'exemple, au cours de la seule année 2013 ce sont 10.142 arbres productifs qui ont été brûlés, arrachés ou saccagés ».

Le coût total, direct et indirect, de l'occupation de la zone C est estimé à au moins 35% du PIB palestinien, soit 3,5 milliards de dollars.

Sur le plan des finances publiques, le supplément de recettes fiscales qui serait dégagé en rendant les ressources de la zone C accessibles aux Palestiniens permettrait de réduire de moitié le déficit budgétaire de l'Autorité palestinienne.