Diabète et Précarité : qui est concerné ?

23/05/2014 00:36

La pauvreté et la précarité concernent de plus en  plus de personnes en France : SDF,  migrants, mais aussi travailleurs pauvres, retraités, jeunes  célibataires, chômeurs ou étudiants, familles monoparentales, personnes  handicapées...

Or, le diabète touche davantage ces populations. Les complications y sont plus présentes et plus graves. Le point sur l'alimentation, l'activité physique et la prise en charge des diabétiques précaires. Des astuces pour manger pas cher et des liens pour s'informer.

Dossier préparé avec le concours du Dr Hélène Bihan, Endocrinologue, Hôpital Avicenne, à Bobigny (93) et du Pr Jean-Jacques Altman,  Responsable de l'unité  fonctionnelle « Diabétologie, nutrition et  endocrinologie » - Hôpital  européen Georges-Pompidou, à Paris (75) 

Aujourd'hui, compte tenu du contexte socio-économique, les conditions de vie sont difficiles. Ces situations dégradées ont souvent des répercussions sur l'état de santé et notamment le diabète. Celui-ci touche davantage les populations défavorisées qui sont plus vulnérables aux complications liées à cette pathologie.

Précarité : définition

Si la pauvreté¹ se définit en dessous d'un certain seuil de revenus (une personne est considérée comme pauvre quand son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté soit 964 € mensuel pour une personne seule), les situations de précarité sont multiples.

Contrairement aux idées reçues, la précarité ne touche pas seulement les personnes démunies ou «grands précaires», mais aussi les travailleurs pauvres, les retraités, parfois mêmes les propriétaires de leur logement qui ne parviennent plus à boucler les fins de mois.

C'est dans ce large spectre qui définit la précarité que l'état de santé des personnes est le plus dégradé, avec une proportion inquiétante de diabète et d'autres maladies chroniques.

Selon l'INSEE, la France comptait 8,6 millions de pauvres (14,1%) en 2010 et 3,5 millions de mal logés. La fondation Abbé Pierre dénombre 3,6 millions de mal-logés en 2013. 3,2 millions de personnes ont recours à l'aide alimentaire de façon passagère ou permanente².

Selon l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPS), en 2009, 6,7% de la population en emploi était pauvre. Quatre millions de personnes n'ont pas de complémentaire santé.

Un Français sur 5 déclare renoncer aux soins pour raisons financières. Dans son rapport L'accès aux soins des plus démunis 2011, Médecins du Monde dresse ce constat amer : "le nombre de personnes avec un logement stable a baissé de 45% en 10 ans "³.


Pauvreté et précarité : facteurs de risque du diabète

Pauvreté et précarité sont des facteurs de risque de l'apparition et du développement du diabète. Selon une récente étude*,   le diabète est 3 à 4 fois plus fréquent dans les populations  précaires.  Dans cette pathologie, l'accès aux soins est primordial, il  doit  s'accompagner d'un suivi régulier des traitements et d'une  alimentation  saine et équilibrée.

Précarité et diabète en chiffres

Chez les 35-59 ans, la prévalence du diabète chez les précaires est de 6% contre 1% pour le reste de la population. Le risque de devenir diabétique dans cette tranche d'âge est respectivement 4,2 fois plus élevé chez les hommes et 5,2 fois plus élevé chez les femmes que chez les non précaires.

Chez les 60-80 ans, la prévalence atteint 17% chez les précaires contre 4% pour le reste de la population.Le diabète est davantage présent dans les classes ouvrières que chez les cadres ou catégories socio-professionnelles supérieures.

18% des personnes diabétiques de moins de 45 ans sont bénéficiaires de la CMUC** contre 6% de la population générale du même âge. Beaucoup renoncent aux soins pour raison financière.

Notes

¹ Selon la définition européenne de la pauvreté. 

² Source : Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt
³ Cité dans le magazine Equilibre N°287, mai-juin 2012, "La santé. Parfois un luxe inaccessible".

*Etude menée par Claude Jaffiol de l'Académie de Médecine

**IGAS- Rapport n° RM 2012-033P - Evaluation de la prise en charge du diabète - avril 2012

Crédit photo : © Alexander Raths - Fotolia.com

Diabète et grande précarité     

Des conditions de vie difficiles pèsent sur le diabète. La situation est encore pire pour les personnes qui sont en situation de grande précarité : sans logement, sans revenus, sans papiers, sans repas équilibrés à heure fixe et sans sommeil confortable et régulier. Chez elles, le diabète est dépisté plus tard et les complications sont déjà installées.

Un diabète ancien et des complications déjà installées

Chez les SDF, par exemple, le corps est malmené par la lutte pour survivre au quotidien. Ils doivent souvent se déplacer plusieurs fois par jour, patienter de longues heures dans les files d'attentes (foyer, centre d'hébergement, soupes populaires, services administratifs...).

Les personnes sans domicile fixe sont souvent mal chaussées et une plaie au niveau du pied est vite arrivée. La diminution de la sensibilité des pieds, qui existe chez les patients diabétiques, est un risque majeur d'aggravation.

Les complications du diabète au niveau des pieds et des nerfs sont de fait plus importantes, avec un taux d'amputation supérieur à la population diabétique générale.

Précarité élevée = diabète avancé

En 2004, une étude menée sur 123 patients diabétiques révèle des liens étroits entre précarité (mesurée par le score EPICES*) et complications du diabète.

Comparé aux patients diabétiques ayant un faible score de précarité, ceux qui ont obtenu un score élevé présentaient un taux d'hémoglobine glyquée (HbA1c) supérieur. Ces mêmes patients ont un risque deux fois plus élevé de neuropathie et un risque trois fois plus élevé de rétinopathie.

Une précarité affective, émotionnelle et psycho-sociale

Autre enseignement du score EPICES, la précarité n'est pas seulement matérielle et socio-économique mais aussi affective, émotionnelle et psycho-sociale.

L'isolement social et familial ou la rupture du lien social en général crée une grande fragilité qui finit par nuire gravement à la santé. Les personnes en grande précarité cumulent tous ces déterminants, ce qui explique leur état de santé détérioré.

Un contexte de polypathologies

Chez les populations en grande difficulté, les professionnels de santé constatent aussi de multiples pathologies (syndrome métabolique, pathologies cardiovasculaires, cancers, dépression...), diverses addictions (tabac, alcool, drogue...) et des réticences à se soigner. Tout ceci entrave l'efficacité des traitements et les chances de récupération et de guérison.

A écouter

Sur le site de l'AFD
« Le diabète en prison : l'occasion de se soigner »
Source
Equilibre N° 249, Janv.-Fév 2006, Quand la précarité aggrave le diabète

Notes

* EPICES : Evaluation de la précarité et des inégalités de santé dans les centres de santé menée dans le service du Professeur Reach de l'hôpital Avicenne à Bobigny (93).

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