Discrimination des opinions ? L'Europe veut mettre fin au financement des partis extrémistes

24/09/2017 11:56

© European Parliament

L'Union européenne ne parrainera plus les partis politiques qui militent pour la fin de l'UE ou la diffusion d'idées extrémistes. C'est ce que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, avait déclaré au cours de son discours « State of the Union ». « Il s'agit de ne pas renflouer les caisses des extrémistes qui sont contre l'Europe », a déclaré le Luxembourgeois. L'extrême droite parle de discrimination.

Lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le vice-président de la Commission Européenne, Frans Timmermans, a annoncé que l'Union allait introduire des réformes pour éviter les abus en matière de financement des partis. Il a précisé que ces mesures pourraient être approuvées à temps pour les élections européennes de 2019.

Les organisations "ne contribuant pas à la formation d'une conscience européenne" ne seront plus subventionnées.

Un parti ne sera plus reconnu comme européen que s'il est parrainé par plusieurs partis nationaux. Actuellement, il suffit que 7 élus (quel que soit le niveau de leur mandat, national ou régional) provenant de 7 pays membres différents signent un document fondateur.

La modification vise à empêcher qu'un ou plusieurs membres d'un parti national unique parrainent plus d'un parti politique européen, ce qui crée une situation ou plusieurs partis représentent le même groupe de gens. « Certains s'avèrent n'être rien de plus que des façades pour extraire de l'argent du contribuable européen », a expliqué Timmermans.

En outre, des fondations, thinks tanks, et d'autres organisations liées pour la plupart aux différents courants de l'assemblée qui bénéficient actuellement d'une enveloppe provenant d'un budget de 18,8 millions d'euros pour leur financement, seront scrutées de plus près.

Un conseil de personnalités « indépendantes et éminentes » sera en charge de ce contrôle pour veiller à ce que leur programme se conforme à un projet « contribuant à la formation de la conscience politique européenne » et aux valeurs démocratiques.

Une modification de taille dans la répartition du financement des partis


Mais ce n'est pas tout. Les réformes s'attaqueraient aussi à la répartition du financement entre les différents partis. Jusqu'à présent, 15 % du budget total de 30 millions d'euros étaient distribués à parts égales pour chaque parti, quelle que soit leur taille, où le nombre de leurs suffrages. La Commission propose d'attribuer 95 % du budget total sur la base du pourcentage d'électeurs de chaque parti aux élections pour le Parlement européen.

Selon Timmermans, cette mesure permettra d'avoir des partis « plus transparents, plus légitimes », mais aussi de les doter d'un budget qui leur permettra d'acquérir une envergure transnationale. Cependant, une telle mesure favoriserait les plus grands partis politiques et pénaliserait les partis populistes qui défendent des programmes eurosceptiques, en réduisant leur budget.

Avec cette réforme, le groupe de l'Alliance pour la Paix et la Liberté (APS), qui regroupe notamment le parti néonazi grec Aube Dorée, le parti néonazi allemand NPD, et le parti d'extrême droite italien Forza Nuova, pourrait perdre 44 % de ses 419 000 €, souligne le journal Le Monde.

Il en ira de même pour l'Alliance des mouvements nationaux européens (AENM), qui regroupe le parti hongrois Jobbik, et les démocrates de Suède. Le Mouvement politique chrétien européen, qui rassemble quant à lui une douzaine de petits partis ultraconservateur, ne recevrait plus que 330 000 €, contre 500 000 € aujourd'hui. Cependant, c'est la Coalition pour la vie et la famille, un parti antiavortement et homophobe, qui aurait le plus à perdre, puisqu'il ne se verrait plus attribuer que 99 000 €, contre 300 000 € aujourd'hui.

Des partis d'extrême droite critiquent déjà ce projet de réforme.

Vlaams Belang : une discrimination des opinions

"Nous évoluons vers une discrimination des opinions", déplore Gerolf Annemans du Vlaams Belang dans le journal De Standaard.

En l'absence de critères clairs, on pourrait abuser de ce nouveau régime pour discriminer certaines partis que les eurocrates estampillent comme populistes. Cependant, "Juncker est lui-même un populiste qui apprécie les applaudissements peu coûteux", a déclaré Annemans.