Irak : la France peut-elle peser sur le conflit ?

08/08/2014 23:27

Le Point.fr - Publié le

Paris ne dispose que d'une étroite marge de manoeuvre pour soutenir, comme elle le souhaite, la lutte contre les djihadistes de l'État islamique.

L'armée française escorte le Premier ministre malien de Gao à Kidal, au Mali.

L'armée française escorte le Premier ministre malien de Gao à Kidal, au Mali. ©FABIEN OFFNER /AFP


Quelle forme le "soutien" envisagé par Paris aux forces engagées contre les djihadistes de l'État islamique (EI) en Irak pourrait-il prendre ? Les experts des questions de défense évoquent des frappes aériennes ou des largages humanitaires, mais doutent de la capacité de la France à peser sur le conflit.

François Hollande a affirmé jeudi la volonté de Paris d'"apporter un soutien" pour bloquer l'avancée djihadiste. Mais les forces françaises, déjà engagées dans des opérations lourdes au Mali et en Centrafrique, ont des capacités limitées pour intervenir dans la région.

"À part des frappes aériennes, il n'y a rien que nous puissions faire. Il n'est pas question d'envoyer des troupes", constate Éric Denécé du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

L'armée irakienne et les forces kurdes engagées contre les combattants de l'EI disposent de quantité de matériels fournis par les États-Unis et n'ont pas de problèmes urgents d'approvisionnement en armes.

Et les Américains, qui ont bombardé pour la première fois vendredi des positions de l'État islamique, sont en mesure de mettre "dix fois plus de moyens" que la France, souligne le directeur du CF2R.

Pour le général Dominique Trinquand, spécialiste de la gestion de crise, également, des frappes aériennes sont "tout à fait envisageables". Mais elles sont vraiment efficaces "essentiellement sur les éléments logistiques", comme des dépôts d'armes ou de carburant, difficiles à identifier dans les vastes zones du conflit irakien.

"Pis-aller"

Autre solution envisagée par les États-Unis : le parachutage d'aide humanitaire pour venir en aide aux dizaines de milliers de chrétiens et de yazidis poussés à fuir devant l'avancée des extrémistes sunnites dans le nord de l'Irak.

"Ce serait possible, mais on n'a déjà pas les moyens aériens d'aller faire des rotations pour ravitailler nos troupes au Mali ou en Centrafrique", déplore Éric Denécé : "On va mettre un avion pendant une semaine sur une base turque qui va faire cinq aller-retour, mais ça n'aura aucun impact sur la situation."

Un constat partagé par le général Trinquand pour qui, au-delà de la volonté légitime de venir en aide aux populations victimes des combats, "l'aide humanitaire, c'est un pis-aller".

"Ça ne veut pas dire que la France ne peut pas mettre un avion symboliquement pour participer à du largage humanitaire, pour montrer qu'elle travaille avec les Américains, mais on est dans une telle disproportion de moyens...", souligne-t-il.

En période de fortes contraintes budgétaires pour les armées, la marge de manoeuvre est étroite. Pour le général Trinquand, le premier soutien que la France peut fournir pour bloquer l'offensive djihadiste, c'est "de soutenir l'armée libanaise, en particulier en l'approvisionnant en armement".

Mardi, le Liban a demandé à Paris d'accélérer ses livraisons d'armes et d'équipements militaires dont il a un besoin crucial pour contrer la poussée des djihadistes à ses frontières. Une requête à laquelle la France s'est dite prête à "répondre rapidement".

Paris doit ensuite "se coordonner avec les Américains", souligne l'officier général, qui plaide pour "une répartition des tâches" entre la France et les États-Unis : "Que les Américains qui connaissent bien l'Irak s'occupent de ce qui se passe en Irak et que la France s'occupe plutôt du soutien au Liban."

La mise en oeuvre du porte-avions Charles-de-Gaulle en appui au large du Liban aurait selon lui "un effet significatif majeur" pour affirmer le "soutien direct" des forces françaises aux forces libanaises. Pour l'heure, le bâtiment doit accueillir les délégations lors des cérémonies de commémoration du débarquement en Provence, le 15 août, au large de Toulon