L'Iran et le problème de l'alcool

23/08/2014 06:32

par Arnaud Lefebvre pour l'Express.be

© - FARZIN NEMATI / AFP

Officiellement, on ne consomme pas d'alcool en République islamique d'Iran et le pays n'est donc pas confronté à l'alcoolisme.

Cette position officielle est cependant très éloignée de la vérité, affirme la sociologue Marjan Namazi sur le site d'informations IranWire.

Compte tenu qu'officiellement le problème n'existe pas, elle affirme qu'on ne fait rien pour combattre l'alcoolisme et que des milliers de vies risquent d'être détruites.

 « L'Islam interdit la consommation d'alcool et l'Iran a des lois très sévères contre l'achat, la vente et la consommation d'alcool », fait remarquer Marjan Namazi.

« Le nouveau code pénal islamique introduit en 2013, punit de 80 coups de fouet la consommation d'alcool. Malgré la menace de sanctions cruelles, l'attitude répressive n'a cependant pas encore réussi à réduire la popularité de l'alcool, en particulier chez les jeunes ».

« L'Iran a l'un des plus grands problèmes d'alcool à l'échelle mondiale. Sur le plan de la consommation individuelle d'alcool, l'Iran se situe à la 166ème place à l'échelle mondiale, mais il grimpe à la 19ème place selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé pour les consommations de plus de 35 litres d'alcool par an ».

« Dans le domaine de l'alcoolisme, l'Iran se situe donc plus haut que des pays comme la Russie (30ème), l'Allemagne (83ème), la Grande-Bretagne (95ème), les Etats-Unis (104ème) et l'Arabie Saoudite », dit Marjan Namazi.

« Cependant, le gouvernement islamique refuse de reconnaître ou de résoudre le problème ».

« Selon les statistiques officielles, personne ne boit d'alcool en Iran. Bien que l'alcoolisme soit un problème dans ce pays depuis des décennies, ce n'est que récemment que le Ministère de la Santé Publique a accordé un permis à une clinique qui traite les problèmes liés à l'alcool.

Celle-ci ne sera ouverte qu'une fois par semaine et ne pourra pas employer de médecins et d'infirmiers diplômés ».

« Hélas, en Iran tout est devenu idéologique », déclare  à IranWire un spécialiste anonyme de l'Hôpital Bahman à Téhéran.

« C'est valable aussi pour les procédures médicales. Quand une personne souffrant de dépendance à l'alcool arrête de boire, elle risque de graves problèmes de désintoxication, y compris des AVC et des problèmes cardiaques ».

« Ce sont surtout les patients ayant un long passé d'addiction qui risquent de graves problèmes de santé. La dépression et les hallucinations graves font aussi partie des effets secondaires de la désintoxication.

Tous ces symptômes peuvent cependant être contrôlés et traités par des soins médicaux, mais en Iran, la plupart des alcooliques ne peuvent pas avoir recours à ces services ».

« S'il reste un tant soit peu de discernement par rapport à la santé en Iran, on devrait l'utiliser pour mettre sur pied des milliers de cliniques pour les citoyens qui veulent se libérer de leur addiction à l'alcool », dit encore la spécialiste.

Des alcooliques témoignent qu'il faut compter sur la bonne volonté de médecins individuels pour recevoir les soins nécessaires. Sinon, on est abandonné à soi-même.

Il existe divers camps ou cliniques prévus pour aider les drogués, mais les alcooliques sont complètement rejetés.

Plusieurs patients espèrent qu'une nouvelle clinique réussira à briser les tabous en vigueur et incitera les autorités à accepter que l'ancienne méthode du gouvernement ne fonctionne pas.

Vu que l'alcool est illégal, il faut payer des prix extrêmement élevés pour des bouteilles de whisky et d'autres boissons en contrebande.

 « C'est pourquoi beaucoup d'entre nous passent à l'alcool et à l'éthanol qui sont distillés de manière artisanale », affirment des alcooliques. « Cette manière clandestine de produire de l'alcool augmente les chances d'etre alcoolique de façon exponentielle ».

En outre, Maranj Namazi précise que les patients qui s'inscrivent dans la nouvelle clinique ou dans d'autres centres médicaux pour traiter un problème lié à l'alcool doivent tenir compte d'une lourde stigmatisation sociale et de conséquences juridiques sérieuses.

C'est pourquoi le problème officieux de l'alcool en Iran risque selon elle de subsister.