La culture des heures supplémentaires: pourquoi certains éprouvent-ils le besoin de travailler autant?

22/08/2014 11:30

Les cabinets de conseil, les banques, les professions juridiques, les sociétés de haute technologie et les professions médicales se caractérisent souvent par une culture qui valorise les longues journées de travail. Les professionnels de ces métiers ne trouvent parfois pas inhabituel de faire des journées de 20 heures.

Cette culture des heures supplémentaires a émergé dans les années 1980, lorsque le nombre d'ouvriers a commencé à baisser et que les femmes sont entrées en masse sur le marché du travail. Ce dernier phénomène a renforcé cette culture: les femmes essayant de concilier le travail, les enfants et la famille étaient écartées des postes à responsabilités.


Néanmoins, des chercheurs de l'Université de Stanford ont montré que la qualité et la quantité du travail n'ont que peu de rapport avec le nombre d'heures travaillées. Les personnes qui travaillent 60 heures par semaine en moyenne fournissent un travail de qualité moindre que leurs collègues qui ne travaillent que 40 heures hebdomadaires.

Un rapport récent de l'Université d'Oxford a mis en exergue l'émergence d'une «super-classe» de professionnels riches qui accumulent les  heures au bureau. L'étude indique que les employés les mieux éduqués, qui avaient tendance à travailler moins d'heures par le passé, ont commencé à travailler de plus longues heures depuis le début de ce siècle.

Typiquement, plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi certains employés travaillent de longues journées:

1 Les exigences légales

Certains professionnels - avocats, consultants, banques d'investissement, experts des TIC, personnel médical  - travaillent avec des délais contractuels lors de certaines opérations (Préparer une introduction en bourse, suivre une affaire pénale, publier des rapports trimestriels pour les sociétés cotées, lancer un nouveau site web, etc.). Ils sont donc tenus par des obligations juridiques vis-à-vis de leurs clients.

2 La culture des heures supplémentaires est bien enracinée

Le site Glassdoor.com permet aux employés d'émettre un avis sur leurs anciens employeurs. Les plaintes les plus fréquentes que l'on peut y lire se rapportent aux longues journées de travail. Comme l'a résumé un ancien employé du cabinet de conseil Boston Consulting Group :

Il y a une culture des longues heures de travail profondément enracinée. Les séances de PTO (pour 'predictable time off', un programme qui permet d'attribuer des plages horaires pendant lesquels ils ne peuvent pas être contactés, et ont la possibilité de se couper de leur téléphone et de leur messagerie pour ne pas être dérangés) ont en fait tourné à des séances de pleurnicheries qui n'ont rien changé ».

En outre la notion selon laquelle on doit profiter de sa jeunesse et de la force qu'elle confère pour travailler de longues heures afin de grimper les échelons et de gagner plus d'argent, est souvent de mise. Alexandra Michel, une ancienne banquière qui est devenue chercheuse, a constaté que les banquiers avaient tellement bien intégré l'éthique des longues heures de travail, que lorsqu'ils changeaient de secteur professionnel, ils avaient tendance à l'imposer à leurs nouveaux collègues.

3 Perception et promotion

Des études menées par la Graduate School of Management de l'Université de Californie (UCLA) ont même montré que les personnes qui passaient le plus de temps au bureau étaient considérées comme étant plus « responsables » et plus « engagées ».

Lorsque l'on accorde des promotions à des employés qui travaillent 20 heures par jour, les autres ont tendance à en conclure qu'il est nécessaire de travailler 20 heures par jour pour obtenir une promotion.

Un certain nombre d'entreprises tentent de changer cette culture, en employant la technologie. Le constructeur automobile allemand Volkswagen a décidé que ses serveurs seraient fermés une demi-heure après l'horaire de fin de journée pour éviter aux employés d'envoyer des emails au-delà. Ils ne pourront recommencer à adresser des emails qu'à partir de trente minutes avant le début de la journée de travail suivante.

D'autres entreprises qui veulent se débarrasser de cette culture, sollicitent l'aide de psychologues qui se spécialisent dans l'équilibre travail-vie personnelle. Ensemble, ils développent souvent des programmes de primes qui récompensent le bon travail, mais uniquement s'il a été accompli en respectant des horaires raisonnables.

Cependant, la personnalité de l'employé joue aussi un rôle. Une étude de Google sur la culture du travail a montré que certaines personnes sont mieux équipées que d'autres pour opérer une coupure avec le bureau lorsqu'elles rentrent chez elles le soir. Selon Laszlo Bock, qui est responsable des ressources humaines pour la firme du moteur de recherche, il existe deux sortes d'employés: les « segmenteurs », une petite minorité qui est capable de parfaitement séparer le stress du travail et la vie privée, et les «intégrateurs», qui ont du mal à oublier leur travail et ne peuvent s'empêcher de vérifier constamment leurs e-mails.

Finalement, savoir quand terminer sa journée de travail est principalement déterminé par la façon dont nous nous connaissons.