La police s'inquiète d'une vague de migrants à la frontière italienne

05/08/2014 19:52

Le Point.fr - Publié le - Modifié le

Dans un document que "Le Figaro" a consulté, la police aux frontières s'alarme d'une forte pression migratoire,en grande majorité érythréenne.

Des migrants érythréens manifestent leur tristesse après la catastrophe de Lampedusa.

Des migrants érythréens manifestent leur tristesse après la catastrophe de Lampedusa. ©David Buimovitch /AFP


"La pression migratoire sur la frontière avec l'Italie s'est accentuée à partir du début du mois d'avril", explique un document de la police aux frontières, dont Le Figaro a eu connaissance. "694 Érythréens étaient interpellés contre seulement 68 interpellations entre janvier et mars 2014", peut-on lire. Une pression "intenable", selon Le Figaro, qui explique qu'une réunion d'urgence s'est tenue à Nice à la préfecture des Alpes-Maritimes le 9 juillet dernier. Le constat des agents et chefs de service qui y étaient réunis est sans appel : "Entre le 1er janvier 2014 et le 30 juin 2014, 61 591 migrants irréguliers ont débarqué en Italie, ils n'étaient que 7 913 pour la même période en 2013."

Le quotidien dénonce un "incroyable dénuement de l'administration face à ce phénomène d'ampleur inédite".  "Du point de vue des mesures administratives et judiciaires, les moyens d'action demeurent limités", insiste le journal. Le rapport soulignerait aussi les difficultés de l'administration à gérer cet afflux : "L'absence de document d'identité ou d'éléments objectifs, justifiant la provenance d'Italie rendent la sollicitation auprès de ce pays d'une réadmission effective impossible. Dans le cas d'espèce, une obligation à quitter le territoire est notifiée à l'étranger."

Un "phénomène connu", pour le ministère de l'Intérieur

Le ministère de l'Intérieur a indiqué qu'il s'agissait d'un "phénomène connu". "Cependant, tout, à commencer par la baisse des demandes d'asile en France au 1er semestre 2014, indique que la France est pour ces migrants un pays de transit", a souligné la Place Beauvau. Pour le porte-parole de France Terre d'asile, Pierre Henry, ce phénomène est la conséquence "du refus de l'Union européenne de venir en aide à l'Italie, qui l'a demandée depuis le début de l'année lorsque des migrants sont arrivés sur ses côtes". "Et comme il n'y a pas eu de réponse", Rome en "laisse passer un certain nombre", a-t-il expliqué, faisant état d'environ 70 000 personnes arrivées en Italie depuis le début de l'année "par différents moyens, parmi lesquelles beaucoup de demandeurs d'asile".

Or, selon la convention de Dublin de 1990, les demandes d'asile doivent être examinées uniquement dans le pays d'entrée dans l'UE, donc normalement l'Italie, ce qui n'est pas le cas, a relevé ce responsable. "Ce n'est pas du tout un problème de politique intérieure, c'est un problème européen. Il n'y a pas un laxisme particulier, il y a une impuissance de l'Union européenne à répondre à la fois en termes de prévention, de protection des personnes vulnérables et de solidarité entre les États membres", a-t-il insisté, notant que ce phénomène se "retrouve" à Calais. Concernant l'Érythrée, "on estime à 50 000 le nombre de personnes qui fuient chaque année ce régime pour le moins dictatorial", a encore indiqué Pierre Henry.