La recette d'une politicienne allemande contre l'antisémitisme : Des visites de camps de concentration pour les migrants

12/01/2018 07:05



AFP PHOTO/JANEK SKARZYNSKI


Sawsan Chebli, une politicienne allemande d'origine palestinienne, a suggéré d'organiser des visites des camps de concentration pour les migrants nouvellement arrivés en Allemagne, rapporte le New York Times. De cette manière, elle pense qu'il sera possible d'inhiber l'antisémitisme de certains demandeurs d'asile et de développer leur empathie.

En Allemagne, on s'inquiète de plus en plus que l'arrivée de plus d'un million de migrants, pour la plupart en provenance du Moyen-Orient et d'Afrique, coïncide avec la formation d'ilots d'antisémitisme dans le pays.

Une inoubliable leçon du passé

Le mois dernier, après l'annonce du président Trump qu'il reconnaissait la ville de Jérusalem comme la capitale d'Israël, des manifestations ont été organisées en Allemagne. Certains des manifestants ont brûlé des drapeaux d'Israël est scandé « mort à Israël ». Parmi eux, on trouvait des immigrés d'origine arabe.

Or, nos voisins de l'Est n'ont pas oublié leur passé nazi. Des visites des camps de concentration sont régulièrement proposées aux écoliers allemands. Les manifestations d'antisémitisme sont sévèrement réprimées. En outre, les Allemands figurent parmi les plus ardents défenseurs d'Israël.

En conséquence, ces démonstrations de haine ont inspiré beaucoup d'inquiétude et d'indignation dans le pays. Le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, qui soutient lui-même l'idée de dispenser des cours sur l'holocauste aux migrants dans le cadre du processus d'intégration, a déclaré dans une interview à Der Spiegel que le litige concernant Jérusalem n'excusait pas l'antisémitisme :

« Quiconque brûle un drapeau d'Israël, brûle non seulement sa propre respectabilité, mais aussi les valeurs de notre constitution. Quiconque questionne le droit d'Israël à exister, s'exclut de notre société ».

Enseigner l'empathie

« Les gens qui ont fui jusqu'à nous, qui ont du eux-mêmes s'enfuir, ou être expulsés, peuvent développer de l'empathie dans ces mémoriaux », estime Josef Schuster, le dirigeant du Conseil central des Juifs d'Allemagne, qui soutient la proposition de Chebli, à la chaîne de radio Deutschlandfunk.

Mais la suggestion de la politicienne berlinoise a aussi suscité une bonne dose de scepticisme. Pour certains experts de l'histoire allemande, il s'agit d'une réponse trop simpliste à un problème complexe et insidieux.

Ils soulignent que beaucoup d'actes antisémites ne sont pas commis par des immigrés. C'est par exemple le point de vue de Sabine von Mering, qui dirige le Centre d'Etudes Allemandes et Européennes à l'Université Brandeis du Massachusetts :

« On n'empêche pas quelqu'un d'être raciste ou xénophobe en l'emmenant dans un camp de concentration. Je ne pense pas qu'en faire une exigence va d'une certaine manière résoudre magiquement ce problème. Il réclame beaucoup plus d'attention et d'éducation ».