La Tour David, squat vertical à Caracas, se visite à Visa pour l'image

05/09/2014 20:16

par RFI

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Genesis (9 ans) sur le balcon de l'appartement où elle vit avec ses parents et ses quatre frères et sœurs.© Jorge Silva / Reuters 

C'est un squat. Il est haut de 45 étages et se situe en plein Caracas. On surnomme ce gratte-ciel, la tour David. Jorge Silva a photographié l'organisation des hommes et des femmes qui sont établis, là, dans cette carcasse de béton. 

Ils ont un chef, des salles de vie communes, des boutiques. Et une vue imprenable ! Les images racontent la solidarité, la pauvreté, la débrouille aussi et contre toute attente, la sécurité et le respect.

La Tour David est un symbole à Caracas. Elle est située en plein coeur de la ville. Prévu pour être un centre financier d'ampleur, ce bâtiment à l'architecture prétentieuse a été du jour au lendemain occupé par des familles.

Jorge Silva travaille depuis 10 ans au Venezuela comme photographe. « Tous les jours, je passais devant cet immeuble c'était devenu une obsession d'entrer dans le bâtiment. Et de déconstruire le mythe qui l'entoure. Les gens qui n'y habitent pas en ont fait la coupable idéale, responsable de tous les maux des quartiers alentour, des viols, des séquestrations ».

Après plusieurs tentatives ratées, il réussit à rencontrer le conseil syndical de l'immeuble. Il les convainc et s'immisce dans le quotidien des habitants.

Débrouille, pauvreté et solidarité

Au hasard des couloirs, impeccablement entretenus, on rencontre Reyes, Gabriel ou Genesis, une petite fille qui vit là.

Sa famille a payé une petite commission pour obtenir un endroit où habiter dans la tour. « Un jour, j'ai rencontré la maman de Genesis, dans le hall de l'immeuble. Elles habitaient au 27e étage. Donc on a pris l'escalier.

Comme la maman avait beaucoup d'amis, on s'est arrêtée à beaucoup d'étages pour discuter. La photo de Genesis a été prise au 12e étage, je crois. On s'était arrêtés pour manger une glace chez une amie à elle.

La maman de Genesis avait acheté deux baguettes de pain. Le temps d'arriver en haut, il ne restait plus rien car elle partageait avec tout le monde », raconte le photographe.

Un habitant du squat part travailler.

Un autre, Alvarez est sur le balcon de son appartement. La nuit est en train de tomber sur Caracas. Il est au téléphone, tel un homme d'affaires contemplant la cité.

Et l'on finit par oublier la précarité de leurs vies. Tous viennent des bidonvilles les plus dangereux de Caracas et la Tour David représente une amélioration notable de leurs conditions de vie.

Une photo du Venezuela

Les photos de Jorge Silva racontent l'organisation qui s'est petit à petit mise en place. Des épiceries ont vu le jour dans les appartements, il y une salle de musculation sur le toit du building, un atelier de couture, un coiffeur dans un immeuble qui n'était pas prévu pour être habité.

Il n'y a pas d'ascenseur. Pas de barrière. L'immeuble est insalubre et donc dangereux. Beaucoup d'histoires tragiques rythment la vie des occupants. Des chutes de voitures, de motos, mais aussi d'enfants.

Pourtant les photographies de Jorge Silva disent l'insouciance, la sécurité, la solidarité et l'espoir dans ce squat vertical autogéré. L'insécurité, Jorge Silva, dit ne pas l'avoir senti au sein de cette communauté.

Pour lui, la Tour David et son autogestion sont le symbole de la lutte contre la puissance financière, à l'image du Venezuela.

Récemment une étude a été menée par le gouvernement sur l'insalubrité de l'immeuble. Et les familles ont donc été relogées dans des appartements décents.

On ne sait pas ce que la Tour deviendra. Mais les images, elles, resteront.

http://www.rfi.fr/ameriques/20140905-tour-david-squatt-caracas-venezuela-photojournalisme-maduro-visa-image-perpignan/