« Le conflit du Moyen-Orient, une question de réparation... »

01/08/2014 13:38

Louis-Georges Tin, écrivain (Martinique), président du Conseil représentatif des associations noires (Cran). Dernier ouvrage paru : « Esclavage et réparations : Comment faire face aux crimes de l'histoire... » - éditions Stock, avril 2013.

Louis-Georges Tin © Stéphane Weber 

« On ne le dit jamais. Et pourtant, le cœur du problème dans le conflit du Moyen-Orient, l'enjeu, la clé, c'est la réparation. Et l'on n'y comprend rien si on ne le voit pas.
 
Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, se pose la question des réparations, notamment pour les juifs, victimes du génocide.

Les négociations aboutissent, et entre 1950 et 2007, l'Allemagne verse environ 25 milliards de dollars à Israël et aux survivants de l'holocauste.

Par ailleurs, les nations européennes estiment qu'on ne peut refuser aux juifs la terre ancestrale à laquelle ils aspirent, ce qui contribue aussi à la réparation de la Shoah.

Dès lors, le Royaume-Uni qui exerçait un mandat sur la Palestine, organise un plan de partage aboutissant à la création de l'Etat d'Israël en 1947, mais aussi à la colère des populations locales, qui s'estiment spoliées. De là, le conflit interminable, qui se poursuit encore aujourd'hui.
 
Etait-il légitime qu'il y ait des réparations pour les juifs après la Shoah ? Oui, bien sûr.

Tout crime appelle réparation. A fortiori un crime contre l'humanité.

Etait-il légitime qu'il y ait un Etat juif en Palestine ? Oui, dans le contexte de l'époque, comment pouvait-on ignorer la demande légitime des juifs, désireux de trouver dans la terre de leurs aïeux un havre de paix et de sécurité ? Mais pourquoi fallait-il que la réparation d'un crime commis par l'Europe soit payée par les Palestiniens ? Voilà la question que se posaient de nombreux leaders arabes et anticolonialistes de l'époque.

 Et puisqu'ils avaient été expropriés, pourquoi les Palestiniens n'avaient-ils pas du moins reçu une compensation de la part de l'Europe, et notamment de l'Allemagne ?
 
On a voulu régler la question des réparations liées à la Shoah, mais en faisant porter aux Arabes, qui n'avaient rien à voir avec ce génocide, une partie de la charge.

L'Europe et les Etats-Unis ont eu raison de mettre en œuvre une réparation post-génocidaire, mais ils l'ont réalisée de manière colonialiste, au détriment des « indigènes » palestiniens, qui n'ont jamais reçu de réparation ni de dédommagement.

Au mépris colonial d'hier (celui de l'Europe et des Etats-Unis) s'ajoute le mépris colonial d'aujourd'hui (celui d'Israël, qui ne cesse d'occuper chaque jour davantage les territoires palestiniens).
 
De ce conflit découlent deux leçons pour le moins. Premièrement, bien qu'elle soit rarement identifiée comme telle, la réparation est une question centrale dans bien des conflits d'hier et d'aujourd'hui. Deuxièmement, lorsque la réparation est mal réglée, voire pas du tout, elle n'engendre que des conflits sans fin. Car il n'y a pas de paix sans justice, et pas de justice sans réparation. »

Propos parus sur le site RFO.fr: www.la1ere.fr/2014/07/25/gaza-des-intellectuels-d-outre-mer-reagissent-172025.html