Le président de la CE Juncker a couvert son ami Rajoy

05/10/2017 10:51

PIERRE-PHILIPPE MARCOU / AFP

ANALYSE : Comment Jean-Claude Juncker et son super commissaire Frans Timmermans, responsable des droits fondamentaux peuvent-ils être encore crédibles, alors qu'ils ont refusé de condamner fermement la violence du gouvernement espagnol ? De telles scènes devaient avoir lieu hors de l'Europe, la Commission européenne aurait dû sauter sur l'occasion pour classer les balles en caoutchouc, les matraques et la répression policière excessive comme « inacceptables ».

La Commission européenne est restée murée dans son silence. Elle n'a pas osé se mouiller. Bien sûr, l'attitude du gouvernement espagnol a joué ici un rôle majeur : le Partido Popular  du Premier ministre espagnol Rajoy fait partie du plus grand groupe au Parlement européen, le PPE. Et ce bloc de pouvoir comprend le Président de la Commission, M. Juncker, ainsi que le Président du Parlement européen, Antonio Tajani. Ces derniers jours, le PP a mis la pression pour s'assurer que personne n'ouvre la bouche au sein de la famille du PPE. Même au Parlement flamand, cette pression était palpable.

Ce n'est pas un hasard si le Premier ministre Charles Michel, un libéral membre de la famille européenne ALDE, a été le premier dirigeant européen à avoir effectivement condamné la violence. Les dirigeants membres du PPE n'ont pas eu trop envie de se mouiller, c'est clair. Parce que Michel est encore le seul leader européen à avoir adressé un tel message.

L'Union européenne en tant que médiateur ?

« Nous sommes toujours prêts à condamner les abus ailleurs dans le monde. De ce fait, il est incompréhensible que nous ne réagissions pas lorsque des personnes âgées et des enfants sont attaqués dans notre propre Europe. C'est absolument inacceptable » a réagi le député européen Vert Bart Staet sur Radio 1.

Son collègue Sander Loones, député européen de la N-VA, est allé encore plus loin et a demandé la démission de Juncker. « Il devrait démissionner. Il aurait dû être l'un des premiers à condamner la violence et à organiser la médiation politique ».

La Commission européenne peut difficilement faire autre chose aujourd'hui que tenter d'engager un dialogue entre Madrid et Barcelone. Les Catalans sont déterminés à mettre en oeuvre leur indépendance, et l'UE pourrait parfaitement y jouer un rôle, en tant que médiateur. Une figure d'autorité pourrait calmer les choses et au moins restreindre le recours à la violence.

Mais condamner la violence est toujours une obligation de la Commission européenne. Si Juncker et Timmermans ne le font pas, alors ils perdent immédiatement la crédibilité pour pouvoir agir en tant que médiateur neutre : l'influence écrasante de Rajoy et de ses nationalistes espagnols n'est que trop visible. « Si Juncker ne condamne pas la violence, il ne peut pas rester, en ce qui me concerne », dit-Staes.

Rajoy s'est surtout tiré une balle dans le pied : la Commission ne peut pas se détourner de la violence brutale

L'Union européenne se tenait anxieusement à l'écart de l'Espagne au cours des dernières semaines, chaque fois que la Commission évoquait les « règles constitutionnelles », dans le cas de la Catalogne. La Constitution espagnole ne laisse pas de place à un référendum, c'est le grand argument de Rajoy pour considérer le référendum catalan comme « inexistant ». L'Union européenne s'est ainsi conformée à la ligne de Rajoy.

Mais Rajoy a également choisi la confrontation, en laissant ses policiers en uniforme de Robocop et armés de matraques se défouler sur les Catalans et choisir la violence. C'est précisément à cause de cette intervention brutale et de la dure confrontation politique du Parti populaire, que Juncker et Timmermans ne peuvent maintenant plus réagir autrement. Un processus de consultation est la seule issue. Si l'Union européenne reste encore plus longtemps sur la touche, cela signifie qu'elle met définitivement la politique de parti au-dessus des libertés fondamentales avec lesquelles l'Europe se gargarise constamment, et qu'elle a perdu toute autorité morale.