Le vrai Saddam Hussein: un mégalomane, en public, comme en privé

05/09/2014 07:34

Saddam Hussein restera dans la mémoire collective comme quelqu'un qui avait des opinions très arrêtées en matière de politique internationale.

De nombreux observateurs qui ont analysé ses discours publics l'ont décrit comme un mégalomane, c'est-à-dire quelqu'un qui se considère comme plus important et plus puissant que les autres, et qui s'attribue des talents exagérés.

Mais ils pensaient aussi que la rhétorique de Saddam Hussein était délibérément exagérée « pour la consommation domestique », autrement dit, à des fins de manipulation du public, et qu'en privé, ses vues étaient plus raisonnables.

Cependant, une étude des bandes sonores enregistrées au cours de conversations privées du dictateur ont révélé qu'il y avait en réalité peu de différence entre ce que Saddam affirmait dans ses discours en public et ce qu'il disait en privé.

Ces enregistrements ont été trouvés par des soldats américains lors de l'invasion de l'Irak en 2003. Ils contenaient des milliers d'appels téléphoniques et de réunions privées que Saddam avait eues avec des politiciens et des responsables irakiens.

Les bandes ont été remises au professeur Dryson à l'Université du Connecticut, qui les a analysées avec Alexandra Raleigh, une étudiante doctorante.

Les chercheurs ont ainsi rassemblé 330.000 mots utilisés au cours des discours, et 58.000 autres au cours de conversations privées.

Les sujets abordés concernaient des questions de sécurité nationale, comme la guerre entre l'Iran et l'Irak, la première guerre du Golfe, les sanctions de l'ONU contre le pays et ses relations avec l'Amérique, l'Iran et Israël.

La comparaison entre les mots utilisés dans les discours publics et ceux des conversations privées a révélé que le président irakien croyait vraiment en ce qu'il prêchait publiquement.

Sa vision des Etats-Unis, de l'Iran et d'Israël n'était guère différente dans le privé que celle qu'il exprimait dans ses discours.

Cependant, les chercheurs ont tout de même trouvé une différence : en privé, le point de vue de Saddam sur les affaires internationales était plus nuancé que dans ses discours.

Par exemple, il se sentait moins capable d'exercer une grande influence sur la politique israélienne qu'il ne semblait le penser en public.

L'étude complète peut être lue dans la revue britannique «Research and Politics ».