Les 'Draghinomics': préparez-vous à voir la parité de l'euro chuter...

09/09/2014 21:56

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), vient d'annoncer une nouvelle série de mesures visant à juguler une possible installation de la déflation dans la zone euro.

A la surprise générale, il a indiqué que la BCE avait abaisser les taux d'intérêt pour les porter à 0,05%, et promis qu'elle continuerait sa politique d'achat de titres adossés à des titres de créances (ABS), et qu'elle prévoyait par la suite d'acquérir un « large portefeuille d'obligations sécurisées libellées en euro et émises par des institutions financières de la zone euro ».

« Je suis confiant que le paquet de mesures que nous avons annoncées en juin fera aura des effets pour soutenir la demande, mais nous sommes prêts à aller plus loin dans notre politique », a dit Draghi, notifiant ainsi à son auditoire que la BCE pourrait également recourir à un « Quantitative Easing », autrement dit, à un rachat de titres avec de la monnaie nouvellement créée.

Le président de la BCE veut ainsi déjouer la déflation et stimuler l'économie dans la zone euro, deux objectifs combinés en un seul : éviter à tout prix que l'Europe se retrouve dans un scénario de type japonais.

Cela fait maintenant des années que le pays du soleil levant est englué dans la déflation et la stagnation de son économie. Pendant des années, le gouvernement japonais a esquivé les réformes qui s'imposaient pour sortir de cette situation.

Mais les choses ont changé en 2012, avec l'arrivée au pouvoir du Premier ministre nippon Shinzo Abe. Celui-ci a rapidement implémenté les « Abenomics », c'est-à-dire un programme de mesures pour lutter contre la défation, et relancer la croissance.

Ces abenomics reposent sur 3 flèches : une politique budgétaire expansive, une politique monétaire très souple, et des réformes structurelles.

Draghi est conscient que la zone euro pourrait connaitre le même sort, et les mesures qu'il a prises ne sont  d'ailleurs pas sans évoquer les « abénomics ».

L'économiste américain Nouriel Roubini a même surnommé la politique du patron de la BCE les « draghinomics », en clin d'œil à cette analogie. Mais le président de la BCE ne peut agir que sur l'un des piliers de cette politique, le levier monétaire.

Les deux autres piliers (la consolidation budgétaire et les réformes structurelles) sont du ressort des dirigeants des Etats membres de la zone euro, qui doivent engager des réformes, comme Draghi l'a rappelé lors de la conférence de Jackson Hole, récemment.

La première victime de cette approche est l'euro, qui a décroché par rapport au dollar, passant d'un cours de 1,33 dollar à moins de 1,29 dollar. En outre, il semble peu probable que cette chute va s'arrêter là, et à long terme, la monnaie unique devrait se fixer à un cours significativement plus bas.

La banque d'investissement américaine Goldman Sachs anticipe que ce déclin pourrait être très important, puisqu'elle prédit même dans un rapport que la parité de l'euro pourrait chuter d'un quart, et que le cours de l'euro pourrait être égal à celui du dollar d'ici la fin de l'année 2017.

Cette déclaration est d'autant plus remarquable que les grandes banques d'investissement américaines se gardent d'habitude d'émettre des déclarations audacieuses sur l'évolution des taux de change.

La monnaie unique européenne a chuté grâce à la combinaison d'une politique monétaire d'assouplissement  menée à un moment où la Fed est prête à relever ses taux d'intérêt.

Mais certains analystes craignent que même une baisse d'un quart ne sera pas suffisante pour sauver les économies encore fragiles des pays de la périphérie de la zone euro. Pour retourner la situation dans des pays comme le Portugal, la Grèce, et l'Espagne, il faudrait dévaluer le cours de l'euro de 40%.

Un euro plus faible est aussi une bonne nouvelle pour les entreprises des autres Etats-membres qui exportent leurs biens et services à l'extérieur de la zone euro.

L'euro n'est d'ailleurs pas la seule monnaie qui a vu sa parité chuter récemment. Le yen japonais et la livre sterling ont aussi cédé du terrain face au dollar, qui non seulement bénéficie de son statut de monnaie de réserve, mais aussi des chiffres excellents que l'économie américaine a présentés sur les derniers mois.