Les décharges européennes, le nouveau filon de l'exploitation minière

12/01/2018 07:15
A worker looks at a hydraulic dragger as he stands on a hill of bottles emptied during the Christmas and New Year's Eve holidays


EPA/ZSOLT SZIGETVARY HUNGARY OUT

Une entreprise belge, Group Machiels, se démène pour exploiter le site de Remo, l'une des plus grandes décharges européennes, situé à Houthalen, à une centaine de kilomètres de Bruxelles. Elle veut déterrer des millions de tonnes de déchets anciens de plusieurs décennies pour en extraire des énergies renouvelables et des matériaux qui pourront être recyclés.

Pour ce faire, elle envisage de faire appel à une technologie appelée Plasma. Elle consiste à chauffer les déchets à haute température pour les transformer en gaz renouvelables. Cette technologie est déjà utilisée dans plusieurs déchetteries du monde pour convertir les détritus en énergie. Ainsi, elle évite leur enfouissement dans le sol.

Mais lorsque les déchets ont déjà été enfouis, il est aussi possible de les excaver, et de les trier pour récupérer les métaux et les matériaux recyclables. Le reste peut-être alors gazéifié, et la partie solide vitrifiée pour être convertie en « plasmarok », un matériau de qualité qui peut être utilisé dans la construction.

Un potentiel énorme

Et le potentiel est énorme. On recense plus de 500 000 décharges en Europe, selon des chiffres fournis par Eurelco, un consortium d'exploitation minière des décharges. Le site de Remo contient plus de 18 millions de tonnes d'ordures.

Machiels envisage d'en récupérer une moitié pour produire des matériaux de construction, et l'autre moitié pour produire de l'énergie. Selon l'exploitant, il y a là le potentiel pour alimenter 200 000 foyers sur les 20 prochaines années.

À l'issue de ces recyclages, le site pourrait être reconverti en zone naturelle durable.

« Si Remo démontre que cela peut être possible, alors les gens commenceront à envisager sérieusement [le potentiel de l'exploitation minière des décharges] sérieusement », affirme Stuart Wagland, un chercheur qui se consacre à l'énergie à l'Université de Cranfield. Il estime que l'exploitation minière des décharges d'Europe serait rentable dans 25 % des cas.

L'enhanced landfill mining

On exploite les décharges pour extraire les substances polluantes, ou les matériaux recyclables depuis au moins 1953. Mais de plus en plus d'entreprises et de chercheurs pensent que l'on peut améliorer ces procédés avec les techniques d' « enhanced landfill mining » (ELM). La création d'un nouveau business model permettrait de reconvertir d'anciennes décharges en programmes immobiliers, ou en espaces verts.

Les décharges sont polluantes, elles contaminent les nappes phréatiques, et émettent des gaz à effet de serre, comme le méthane. Leur exploitation pourrait permettre de résoudre ces problèmes, et d'en supprimer les coûts financiers et environnementaux.

En outre, la plupart des décharges européennes contiennent des quantités importantes de métaux très recherchés, dont l'aluminium, le cuivre et le lithium. Il serait possible d'en récupérer pour des millions d'euros.

Les riverains ne sont pas séduits

Néanmoins, cette exploitation rencontre l'opposition des riverains, qui redoutent que les nuisances qui pourraient en découler affectent leur qualité de vie. Machiels fait d'ailleurs l'objet de poursuites à la Haute Cour de justice belge.

La société possède également des décharges au Chili, et envisage de les exploiter en cas de succès de son expérience belge. Néanmoins, chaque décharge est différente, et l'on ne peut jamais prédire quel sera sa rentabilité.