Les États-Unis frappent l'État islamique en Irak

09/08/2014 05:24

ACTUALITE  International  Par Isabelle Lasserre Publié   

Un avion de combat F/A-18E Super Hornet décollant du porte-avions USS George H.W. Bush, le 31 juillet.

Un avion de combat F/A-18E Super Hornet décollant du porte-avions USS George H.W. Bush, le 31 juillet.Crédits photo : MC1 Joseph R. Vincent/U.S. Navy

EN IMAGES - Trois ans après le retrait américain, Barack Obama a ordonné des frappes ciblées contre les djihadistes de l'État islamique au Kurdistan irakien, invoquant un risque de « génocide » des chrétiens et des yazidis.


Après avoir assisté avec une relative passivité à l'instauration d'un califat sunnite en Irak et en Syrie, puis à la progression des djihadistes de l'État islamique, la communauté internationale s'est brusquement réveillée.


Élu en 2008 sur la promesse de retirer les troupes américaines d'Irak, Barack Obama, qui avait renoncé au dernier moment l'année dernière à frapper le régime de Bachar el-Assad malgré le franchissement de la ligne rouge sur les armes chimiques, a autorisé son armée à effectuer des frappes aériennes.

L'aviation américaine a bombardé vendredi des pièces d'artillerie utilisées par l'État islamique contre les forces kurdes qui défendent Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

Le feu vert des États-Unis à des frappes militaires «ciblées» sur le nord de l'Irak sert plusieurs objectifs: la nécessité de protéger les ressortissants américains basés au Kurdistan et qui se trouvent désormais sous la menace directe des combattants islamistes.

La nécessité de protéger les minorités religieuses menacées afin d'éviter, selon les mots de Barack Obama, un «génocide», un «massacre» dans la région. Washington prévoit aussi de parachuter de l'aide humanitaire pour venir en aide aux dizaines de milliers de chrétiens et de yazidis qui ont fui l'avancée des extrémistes sunnites et se sont, pour certains, réfugiés dans les montagnes.

Enfin, la stratégie américaine vise à soutenir les forces kurdes et irakiennes pour les aider à reprendre du terrain face à leur adversaire.

Participation française

À bord d'un camion, des femmes et des enfants arrivent vendredi 8 août dans la ville de Souleimaniye au Kurdistan irakien.

À bord d'un camion, des femmes et des enfants arrivent vendredi 8 août dans la ville de Souleimaniye au Kurdistan irakien. Crédits photo : STRINGER/IRAQ/REUTERS  

Quelques heures plus tôt, le Conseil de sécurité des Nations unies, réuni en session d'urgence à la demande de la France, avait vivement condamné les persécutions systématiques commises contre les minorités dans le nord de l'Irak et prévenu qu'elles pourraient constituer des «crimes contre l'humanité».

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a appelé la communauté internationale à soutenir le gouvernement irakien. Les Nations unies envisagent de créer un corridor humanitaire dans le nord de l'Irak pour évacuer les civils piégés par l'offensive islamiste.

Plusieurs voix européennes se sont aussi fait entendre depuis la prise de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak, par les djihadistes.

C'est notamment le cas de la France.

François Hollande a apporté son soutien aux frappes aériennes ciblées décidées par Barack Obama.

Le président français a affirmé que la France était prête à «prendre toute sa part» dans les actions visant à mettre un terme aux souffrances des populations civiles.

Dès vendredi, François Hollande avait appelé le président kurde, Massoud Barzani, pour l'informer de la disponibilité de la France pour «apporter un soutien aux forces kurdes».

Paris n'a pas précisé la nature que pourrait prendre l'aide française. Les experts évoquent des frappes aériennes ou des parachutages d'aide humanitaire.

Mais la France, qui est déjà intervenue ces dernières années en Libye, au Mali et en République centrafricaine, a-t-elle encore les moyens militaires de ses ambitions?

François Hollande a appelé l'Union européenne à «jouer très rapidement un rôle actif» dans cet effort commun. Mais si la Grande-Bretagne a annoncé des parachutages humanitaires, l'UE n'a pas encore défini de stratégie commune.

Reste à savoir si des frappes «ciblées» et limitées suffiront à enrayer la progression des extrémistes sunnites, qui avaient mis en déroute l'armée irakienne en juin.

Barack Obama a en effet répété qu'il n'était pas question d'envoyer à nouveau des troupes au sol. Il n'y a «pas de solution militaire américaine à la crise», a-t-il dit.

Mais le feu vert donné par le président américain à une intervention limitée en Irak pourrait se traduire par plus de soutien militaire aux forces de sécurité irakiennes, a précisé un porte-parole de la Maison-Blanche vendredi soir.

Si l'invasion américaine de l'Irak en 2003 fut un fiasco, qui a en partie nourri la radicalisation des populations sunnites, la passivité internationale en Syrie et en Irak depuis la création de l'État islamique en 2006 et le début de la rébellion contre le régime syrien il y a trois ans a également facilité l'avancée des djihadistes. Entre l'interventionnisme débridé de George Bush et l'inaction de l'Administration Obama, il y a sans doute une voie nouvelle à inventer.

«Il est urgent de définir une stratégie face à une situation devenue hors de contrôle», prévient Myriam Benraad, chercheuse au Ceri.

Les Etats-Unis se sont directement impliqués dans le conflit en Irak après notamment que les djihadistes se sont emparés de Qaraqosh, la plus grande ville chétienne du pays. «Quand des innocents sont confrontés à un risque de violence sur une échelle horrible, quand nous avons une demande du gouvernement irakien et que nous avons la capacité d'agir, nous ne pouvons pas fermer les yeux», a justifié Barack Obama.

Les Etats-Unis se sont directement impliqués dans le conflit en Irak après notamment que les djihadistes se sont emparés de Qaraqosh, la plus grande ville chétienne du pays. «Quand des innocents sont confrontés à un risque de violence sur une échelle horrible, quand nous avons une demande du gouvernement irakien et que nous avons la capacité d'agir, nous ne pouvons pas fermer les yeux», a justifié Barack Obama. Crédits photo : Charles Dharapak/AP