Libye: inquiétudes autour d'une régionalisation du conflit

26/08/2014 07:37

Par RFI

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Les ministres des Affaires étrangères de la Libye et de ses voisins (sur la photo: l'Egyptien Sameh Shoukry et le Libyen Mohammed Abdel Aziz) se sont réunis au Caire le 25 août.Reuters

Les ministres des Affaires étrangères des six pays voisins de la Libye ont appelé lundi à l'arrêt immédiat des actes de violence et au désarmement simultané de toutes les milices. Réunis au Caire.

Les Emirats arabes unis et l'Egypte sont accusés par les pays occidentaux d'avoir bombardé depuis les airs des positions islamistes.

Les pays directement menacés par le chaos libyen ont tenu à souligner au Caire qu'ils étaient les principaux intéressés par ce qui se passait dans l'ex-Jamahiriya, décrypte notre correspondant dans la capitale égyptienne Alexandre Buccianti.

Ils ont souligné dans leur communiqué final qu'ils devaient être « une partie prenante essentielle dans toute initiative régionale ou internationale sur la Libye ».

Un message implicitement adressé à l'Occident accusé par plusieurs chefs de diplomatie d'avoir abandonné la Libye au chaos après son intervention militaire, mais aussi au Qatar qui soutient certaines milices islamistes.

Un chaos devenu transfrontalier et qui menace de déstabiliser les voisins de la Libye, tant par la contrebande d'armes que par les actes terroristes des milices jihadistes contrôlant plusieurs régions importantes du pays.

 La réunion du Caire a aussi été l'occasion pour l'Algérie, l'Egypte et la Tunisie de renforcer « une coopération stratégique » sur la Libye. L'option militaire est exclue pour l'instant, comme l'a souligné le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi.

Les Emirats et l'Egypte ont mené des raids aériens, selon le New York Times

Néanmoins, les Etats-Unis et leurs alliés européens se sont alarmés lundi d'une « escalade » du conflit en Libye soumise à l'anarchie.

Dans un communiqué commun, Washington, Paris, Londres, Berlin et Rome ont « condamné avec force » une « escalade des combats et des violences » et réclamé la poursuite d'une « transition démocratique » dans ce pays en plein chaos semé par des groupes islamistes.

Les pays occidentaux, qui étaient intervenus militairement en Libye en 2011, ont également dénoncé les « interférences extérieures en Libye, qui exacerbent les divisions » du pays, en allusion aux Emirats arabes unis et à l'Egypte accusés par le New York Times d'avoir conduit des raids aériens pour empêcher ces islamistes de prendre le contrôle de l'aéroport de Tripoli.

Selon le quotidien américain, les premières frappes ont eu lieu il y a une semaine à Tripoli contre des positions tenues par les milices et un dépôt d'armes.

Six personnes sont mortes dans ces raids, selon le journal. Une deuxième série de frappes a eu lieu au sud de la capitale libyenne tôt samedi, et a visé des lance-roquettes, des véhicules militaires et un entrepôt, selon le quotidien.

Les Etats-Unis pris « par surprise »

« Les Emirats arabes unis ont mené ces raids », ont confirmé à l'AFP deux responsables américains à Washington, assurant que leur gouvernement n'avait pas participé, ni directement, ni indirectement, à ces opérations. Le journal cite quatre officiels américains.

Selon eux, les Etats-Unis ont été pris « par surprise ». Les milices touchées par ces bombardements aériens avaient justement accusé les deux pays d'être à l'origine de ces frappes. Mais cela ne les a pas empêchées de prendre le dessus.

Depuis samedi, précise en effet notre correspondante dans la région Marine Casalis, les forces de l'opération « Aube de la Libye », affiliées aux islamistes et menées par des milices de la ville de Misrata, contrôlent l'aéroport de Tripoli. Ou plutôt ce qu'il en reste.

Des photos circulant sur les réseaux sociaux montraient l'aéroport en flammes lundi. Dimanche et lundi, des opérations de vengeance ont eu lieu dans la capitale.

De nombreuses maisons considérées comme étant favorables au camp adverse ont été pillées et/ou détruites.

Selon des Libyens qui fuyaient les combats et le chaos qui règne à Tripoli, les milices de Zintan se seraient retirées dans les montagnes de l'ouest.

La victoire des milices de l'opération « Aube de la Libye », dominées par les islamistes, a donné des ailes à l'ancien Parlement. Ce dernier, contrôlé par les islamistes et dont le mandat a expiré en juin, a nommé lundi un Premier ministre.

La Libye risque donc de se retrouver avec deux Parlements et deux gouvernements.