Maladie à virus Ebola en Afrique de l'Ouest

03/07/2014 22:34

La grave épidémie de virus Ebola qui frappe l'Afrique de l'Ouest "peut être stoppée", a estimé mercredi l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) devant les ministres de onze pays d'Afrique de l'Ouest réunis en urgence à Accra pour faire face à cette crise sanitaire majeure.

L'épidémie, la plus grave qu'ait entraîné ce virus, a tué 467 personnes, sur 759 cas de fièvres hémorragiques recensés dans les trois pays touchés, la Sierra Leone, la Guinée et le Liberia, selon le dernier bilan de l'OMS publié mardi.

C'est 129 décès de plus que le précédent bilan datant d'une semaine, une augmentation de plus d'un tiers, signe que l'épidémie est repartie après une accalmie en avril.

"Ce genre d'épidémie, ce genre de virus peut être stoppé", a déclaré Keiji Fukuda, sous-directeur général en charge de la Sécurité sanitaire à l'OMS.

"Il ne s'agit pas d'une situation unique --nous y avons déjà été confrontés plusieurs fois-- je pense donc que nous pouvons y faire face", a-t-il assuré. "Il s'agit néanmoins de l'épidémie d'Ebola la plus complexe, parce qu'elle se développe en même temps dans les milieux urbains et ruraux".

Le sommet de crise réunissant les ministres de la Santé ouest-africains a commencé mercredi matin dans la capitale ghanéenne et doit se poursuivre jeudi.

L'OMS a déjà déployé 150 experts sur le terrain depuis la première apparition du virus en Guinée en janvier.

Mais devant la hausse continue du nombre de décès et de cas d'Ebola, l'organisation a tiré "la sonnette d'alarme", estimant que des "mesures drastiques sont nécessaires" pour endiguer cette épidémie mortelle et hautement contagieuse.

Le 23 juin, Médecins Sans Frontières (MSF) avait déjà averti que l'épidémie était désormais "hors de contrôle" et menaçait de se propager à d'autres zones.

- Un seul cas suffit -

La "deuxième vague" d'épidémie marquée par un bond du nombre de morts ces dernières semaines est due au "relâchement" de la mobilisation dans les trois pays d'Afrique de l'Ouest touchés par le virus, alors que la crise paraissait diminuer en avril, a expliqué le spécialiste de l'OMS, Pierre Formenty, interrogé la semaine dernière par l'AFP.

"Un seul cas peut faire repartir toute une épidémie", a-t-il estimé, justifiant les mesures drastiques nécessaires pour contenir la maladie.

Sur le terrain, l'AFP n'avait constaté la semaine dernière à Conakry, capitale du pays le plus touché, que de rares et dérisoires mesures préventives, comme des seaux d'eau de javel à l'entrée des restaurants populaires pour se désinfecter les mains.

Prennent part à la réunion d'Accra les ministres de la Santé ou des hauts responsables de Guinée, Liberia, Sierra Leone, Côte d'Ivoire, République démocratique du Congo, Gambie, Ghana, Guinée-Bissau, Mali, Sénégal et Ouganda et différents partenaires de l'OMS.

L'épidémie actuelle --un cocktail de fièvres hémorragiques dont Ebola, Lassa, Crimée-Congo-- est partie de la Guinée, qui compte 303 morts (dont 193 attribués de manière certaine à Ebola). Le Liberia a dénombré 65 morts (33 attribués à Ebola) et la Sierra Leone 99 morts (65 attribués à Ebola).

Selon la vice-ministre libérienne de la Santé, Bernice Dahn, le manque de communication sur le virus favorise sa propagation, dans les villages où les croyances traditionnelles sont très ancrées.

"Les gens ne veulent même pas croire que le virus Ebola existe", a-t-elle déploré. Il faut mobiliser les chefs locaux, car les gens les croient plus que nous".

Le président du Sierra Leone Ernest Koroma a pour sa part déclaré mercredi dans un message télévisé que quiconque "abrite une victime de l'Ebola sans en faire part aux autorité sanitaires" enfreint la loi et sera sanctionné.

Le virus Ebola, qui provoque en peu de jours des "fièvres hémorragiques", suivies de vomissements et de diarrhées, tire son nom d'une rivière du nord de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre), où il a été repéré pour la première fois en 1976.

Son taux de mortalité peut aller de 25 à 90% chez l'homme suivant les souches. Il n'y a ni vaccin ni traitement, on ne peut que prendre en charge les symptômes, notamment en réhydratant les malades par perfusion. 

Ce virus de la famille des filoviridae se transmet par contact direct avec le sang, les liquides biologiques ou les tissus de personnes ou d'animaux infectés. Les rituels funéraires, où les parents et amis sont en contact direct avec le corps du défunt, jouent un rôle important dans la transmission.

Bulletin d'information sur les flambées en cours

Guinée

Entre le 29 mai et le 1er juin 2014, 37 nouveaux cas et 21 nouveaux décès ont été notifiés dans les 5 districts suivants: Conakry, 3 nouveaux cas et 0 décès; Guékédou, 11 nouveaux cas et 13 décès; Macenta, 4 nouveaux cas et 1 décès; Télimélé, 19 nouveaux cas et 5 décès; et Boffa, 0 nouveau cas et 2 décès. Le nombre cumulé de cas et de décès attribuables à la maladie à virus Ebola en Guinée s'établit désormais à 328 (193 confirmés en laboratoire, 80 probables et 55 suspects), dont 208 décès. La répartition géographique de ces cas et de ces décès est la suivante: Conakry, 56 cas et 27 décès; Guékédou, 190 cas et 140 décès; Macenta, 44 cas et 24 décès; Dabola, 4 cas et 4 décès; Kissidougou, 7 cas et 5 décès; Dinguiraye, 1 cas et 1 décès; Télimélé, 22 cas et 5 décès; et Boffa, 4 cas et 2 décès.

Le nombre de contacts faisant actuellement l'objet d'un suivi dans le pays est de 604, qui se répartissent comme suit: Guékédou, 341 contacts; Macenta, 175 contacts; et Télimélé, 88 contacts. Sont actuellement hospitalisés en isolement 16 patients: Conakry (1), Guékédou (12), Télimélé (2) et Boffa (1).

Sierra Leone

Entre le 29 mai et le 1er juin 2014, 13 nouveaux cas (3 confirmés et 10 suspects) sans aucun nouveau décès ont été notifiés par Kailahun (12 nouveaux cas et 0 décès) et Kenema (1 nouveau cas et 0 décès). Cela porte le nombre total cumulé de cas à 79 (18 confirmés, 3 probables et 58 suspects), y compris 6 décès. La répartition géographique de ces cas et de ces décès est la suivante : Kailahun, 41 cas et 6 décès; Kenema, 3 cas et 0 décès; Koinadugu, 2 cas et 0 décès; Bombali, 1 cas et 0 décès; Bo, 13 cas et 0 décès; Moyamba, 1 cas et 0 décès; et Free Town, 5 cas et 0 décès. Un total de 4 cas sont en isolement à l'Hôpital de Kenema.

Libéria

Un cas suspect en provenance de Kailahun, en Sierra Leone, localité proche, est décédé à Foya, au Libéria. Le corps a été ramené à Kailahun pour y être enterré. Onze (11) contacts ont été identifiés et font l'objet d'un suivi.

Le nombre de cas reste susceptible d'évoluer en raison de la reclassification,  des investigations rétrospectives, de la synthèse des données sur les cas et des résultats de laboratoire et du renforcement de la surveillance.

Action de l'OMS

L'OMS et ses partenaires continuent de soutenir la mise en œuvre de mesures de prévention et de lutte dans les pays touchés. En Guinée, 5 nouveaux experts ont été déployés/redéployés à Guékédou et Macenta pour traiter les questions de résistance dans la communauté, gestion des données et prise en charge des cas. Dans les pays voisins, l'OMS continue de fournir des orientations concernant les activités de préparation conformément aux plans de préparation en cas de maladie à virus Ebola élaborés dans le pays.

En Sierra Leone, les agents de santé des districts touchés sont formés à la conduite de la recherche active et de proximité des cas cliniques de maladie à virus Ebola et des contacts. Des sites ont été repérés pour installer des centres d'isolement à Kailahun et Koindou sous réserve de l'approbation du Ministère de la Santé.

L'OMS ne recommande pas que des restrictions aux voyages ou aux échanges commerciaux soient imposées à la Guinée ou au Libéria sur la base des informations actuellement disponibles concernant cet événement.

  • Bureau régional de l'OMS en Afrique