Neutralité du net: Google sort enfin de son silence

13/09/2014 11:43

Neutralité du net: Google sort enfin de son silence ' Histoire de la Fin de la Croissance ' Scoop.it  

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Cela faisait quatre ans que Google ne s'était plus exprimé sur la neutralité du net. Mercredi 10 septembre, le géant du web est enfin sorti de son silence alors que le débat s'enflamme aux Etats-Unis.

Le même jour, Netflix, Vimeo, Reddit et autres sites ont mené une vaste campagne de protestation pour attirer l'attention du public sur la volonté des autorités américaines de remettre en cause ce principe qui garantit un traitement équitable à tous les acteurs d'Internet.

Google est pourtant en première ligne, notamment avec sa plate-forme de vidéos YouTube, qui consomme, à elle-seule, 13% de la bande passante aux Etats-Unis.

Étrangement, il était jusque-là resté silencieux sur le sujet - hormis la signature d'une lettre ouverte signée par 150 sociétés Internet. Beaucoup commençaient même à s'interroger sur sa position, soulignant que la nouvelle réglementation pourrait aussi être positive pour le moteur de recherche.

En effet, elle pénaliserait avant tout les petites sociétés, qui ne pourraient plus rivaliser à armes égales avec YouTube et les autres services de Google.

"LES MÊMES VALEURS"

"Nos valeurs restent les mêmes: Internet doit être concurrentiel et ouvert", assure la société de Mountain View. "Si les fournisseurs d'accès à Internet peuvent bloquer des services et fournir un accès prioritaire aux contenus de certaines entreprises, cela menacerait l'innovation qui rend Internet génial", poursuit Google.

Il réclame ainsi que les FAI ne puissent pas "bloquer ou dégrader le trafic, ni vendre des voies rapides". Cette position est en ligne avec celle énoncée en 2006 par Eric Schmidt, alors PDG du moteur de recherche.

Si Google a tardé a publiquement s'exprimer sur le sujet, c'est peut-être en raison de la polémique suscitée en 2010 lorsque que la Federal Communication Commission (FCC), le gendarme américain des télécoms, s'était déjà penché sur le dossier.

A l'époque, la société s'était associée avec Verizon, l'un des principaux opérateurs aux Etats-Unis, pour proposer une série de règles. Les partisans du web libre lui avaient alors reproché de s'être allié avec le diable.

Depuis, Google n'avait plus mentionné l'expression "neutralité du net" dans ses communications officielles.

VOIES RAPIDES

Le débat sur la neutralité du net aux Etats-Unis a été relancé en janvier 2014 quand la justice, saisie par Verizon, a invalidé le cadre réglementaire imposé depuis 2010.

Elle a notamment estimé que le régulateur ne possédait pas l'autorité pour imposer aux fournisseurs d'accès de respecter la neutralité du net.

Contrainte de revoir sa copie, la FCC a présenté au printemps de nouvelles propositions, qui ont suscité un tollé et des centaines de milliers de commentaires lors de la période de débat public.

Proposé par Tom Wheeler, le président de la FCC - et accessoirement ancien lobbyiste pour les fournisseurs d'accès à Internet -, ce nouveau cadre réglementaire ouvre la porte à la mise en place de "voies rapides", qui permettraient aux opérateurs de facturer une vitesse de connexion plus élevée aux sites et services Internet, notamment ceux qui consomment beaucoup de bande passante, comme Netflix et YouTube.

Ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas payer devront se contenter d'un débit plus lent. Au risque de perdre des utilisateurs.

"QUELQU'UN DOIT PAYER"

"Ce revirement serait un énorme pas dans la mauvaise direction, réagit Gabe Rottman, de l'organisation American Civil Liberties Union.

Les barrières à l'innovation vont progresser, le marché des idées sur Internet sera restreint et, au final, ce sont les consommateurs qui en paieront le prix". "Donner aux FAI le feu vert pour mettre en place un schéma payant sera un désastre pour les start-up, les organisations et les internautes qui ne peuvent pas régler ces péages non nécessaires, estime le mouvement Free Press.

Ces utilisateurs seront poussés sur les chemins de terre du web, pendant que les riches sociétés Internet bénéficieront de ces nouvelles voies rapides."

De leur côté, les opérateurs Internet assurent que rien ne changera pour les internautes. Au contraire, ils seront même gagnants avec l'arrivée de "voies ultra-rapides", qui viendraient s'ajouter aux "voies rapides" qui existent déjà.

Les FAI justifient leurs démarches par les milliards de dollars dépensés pour moderniser leur réseau face à l'explosion du trafic. "Quelqu'un doit payer", indique Jim Cicconi, vice-président chez AT&T.

Selon ce responsable, la position de Netflix, vent debout contre cette réforme, "consiste à dire que tout le monde doit payer sauf Netflix".