'Pourquoi je ne critique pas Israël'

18/08/2014 21:26

- Regard - Abbas Momani

« On me demande souvent pourquoi je ne critique jamais Israël », écrit le spécialiste américain des neurosciences, Sam Harris, qui est aussi un athée militant, sur son blog.

« La vérité, c'est qu'il y a une différence morale d'une importance phénoménale entre Israël et ses ennemis. Les Israéliens sont entourés par des gens qui ont affirmé leurs intentions génocidaires à leur égard.

La Charte du Hamas est explicitement génocidaire. (...) C'est un document politique. Nous parlons d'un gouvernement qui est arrivé au pouvoir grâce au vote d'une majorité de Palestiniens. (...)

« Pour voir cette différence morale, vous devez vous demander ce que chaque côté ferait s'il en avait le pouvoir.

Que feraient les Juifs aux Palestiniens, s'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient ?

En fait, nous connaissons la réponse à cette question, parce qu'ils peuvent faire plus ou moins ce qu'ils veulent.

L'armée israélienne pourrait tuer tout le monde à Gaza demain. Et donc, qu'est ce que cela signifie ?

Eh bien, cela signifie que lorsqu'ils larguent une bombe sur une plage et qu'ils tuent ainsi 4 enfants palestiniens, comme cela s'est produit la semaine dernière,  il s'agit très certainement d'un accident. (...) Chaque fois qu'un enfant palestinien meurt, Israël se rapproche du point où il deviendra un paria international.

Les Israéliens prennent donc grand soin de ne pas tuer d'enfants ou d'autres civils. (...)

Que feraient les Palestiniens aux Juifs si le déséquilibre du pouvoir était inversé ? Eh bien, ils nous ont dit ce qu'ils feraient.

Pour une raison ou une autre, les critiques d'Israël ne veulent pas croire le pire concernant un groupe comme le Hamas, quand bien même il l'a déclaré lui-même. Nous avons déjà eu un Holocauste et plusieurs autres génocides au cours du 20ème siècle.

Les gens sont capables de commettre des génocides. Lorsqu'ils nous disent qu'ils ont l'intention de commettre un génocide, nous devrions les écouter. Il y a toutes les raisons de croire que les Palestiniens tueraient tous les Juifs d'Israël s'ils le pouvaient.

Est-ce que chaque Palestinien soutiendrait le génocide ? Bien sûr que non.

Mais un grand nombre d'entre eux, et de musulmans tout autour du monde, le feraient. Il n'est nul besoin de rappeler que les Palestiniens en général, et pas seulement le Hamas, ont, tout au long de leur histoire, ciblé des civils innocents de toutes les manières les plus choquantes.

 Ils se sont fait exploser dans des bus et dans des restaurants. Ils ont massacré des adolescents. Ils ont assassiné des athlètes olympiques.

Ils font maintenant exploser des roquettes sans discrimination dans les zones civiles.

Et encore une fois, la charte de leur gouvernement à Gaza nous dit explicitement qu'ils veulent anéantir les Juifs, pas seulement en Israël, mais partout ailleurs.

La vérité, c'est que tout ce que vous devez savoir à propos du déséquilibre moral entre Israël et ses ennemis peut être compris grâce au thème des boucliers humains.

Qui utilise des boucliers humains ? Eh bien, le Hamas le fait certainement. Ils tirent leurs roquettes depuis des zones résidentielles, à proximité d'écoles, d'hôpitaux, et de mosquées. Les musulmans ont aussi utilisé des boucliers humains dans d'autres conflits, en Irak et ailleurs. (...)

Songez à la différence morale qu'il y a entre utiliser des boucliers humains, et être arrêtés par eux. C'est la différence dont nous sommes en train de parler.

Les Israéliens et les autres puissances occidentales sont arrêtés, même si c'est de façon imparfaite, par l'usage de boucliers humains dans ces conflits par les musulmans, comme nous devrions l'être.

Il est moralement détestable de tuer des personnes non-combattantes si on peut l'éviter. (...)

Et la vérité, c'est que cela n'est même pas le pire dont sont capables les djihadistes. Le Hamas est quasiment une organisation modérée, comparée à d'autres groupes djihadistes. (...)

Chaque jour, pour chaque roquette israélienne dont vous avez lu qu'elle avait été tirée par erreur ou que des soldats israéliens ont battu un adolescent innocent, vous auriez pu avoir lu dans le même temps que l'EIIL en Irak crucifiait des gens sur le bord de la route, des chrétiens et des musulmans.

Dans les rangs du monde musulman et de la gauche, qui s'indigne de ces crimes ? Où sont les manifestations, de 10 000, voire 100 000 personnes, dans les capitales européennes, contre l'EIIL ?

Si des Israéliens tuent des douzaines de Palestiniens par accident, la totalité du monde musulman s'embrase. Il ne faut surtout pas brûler un Coran, ou écrire un roman vaguement critique de la foi.

Et pourtant, les musulmans peuvent détruire leurs propres sociétés, et chercher à détruire l'Occident, et l'on n'entend mot.

Il me semble donc qu'il faut se mettre du côté des Israéliens, dans ce cas. Vous avez un côté qui, s'il pouvait réaliser son objectif, souhaiterait simplement à vivre en paix avec ses voisins, et vous avez un autre côté qui cherche à imposer une théocratie du 7ème siècle en Terre Sainte.

Il ne faut s'attendre à aucune paix entre ces deux idées incompatibles. Cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas condamner des actions spécifiques de la part des Israéliens. Et, bien sûr, reconnaître la disparité morale entre Israël et ses ennemis ne fournit aucune solution au problème de l'existence d'Israël au Moyen-Orient. (...)

Que feraient les Israéliens s'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient ? Ils vivraient en paix avec leurs voisins, s'ils avaient des voisins désireux de vivre en paix avec eux.

Ils continueraient à bâtir leur secteur des high techs et à prospérer.

Que veulent des groupes comme l'EIIL, Al-Qaida et même le Hamas ? Ils veulent imposer leurs conceptions religieuses au reste de l'humanité.

Ils veulent supprimer toutes les libertés qui sont importantes aux yeux des gens éduqués, dignes et laïques. Ce n'est pas une différence anodine.

Et pourtant, à en juger par la façon dont on condamne Israël, on pourrait penser que la différence est dans l'autre sens. »

Ce genre de considérations nous met tous en danger. Ceci est la grande histoire de notre temps. Pour le reste de nos existences, et les existences de nos enfants, nous allons être confrontés à des gens qui ne veulent pas vivre dans un monde laïc et pluraliste, parce qu'ils ont l'espoir d'aller au Paradis, et qu'ils sont prêts à détruire la possibilité même d'un bonheur pour les hommes en cours de route. La vérité, c'est que nous vivons tous en Israël. Seulement, certains d'entre nous ne l'ont pas encore réalisé ».