Qaraqosh aux mains des islamistes Irakiens : Témoignage d'un jeune chrétien resté sur place

07/08/2014 09:58

Témoignage du jeune chrétien irakien, Yousef, depuis la ville de Qaraqosh, où 95 % des habitants ont fuit la ville.


 Depuis les événements du 10 juin dernier lorsque Mossoul, la deuxième plus grande ville en Irak, est tombée entre les mains d'ISIS ou je ne sais comment ils se nomment entre eux - nous sommes devenus des réfugiés dans notre propre pays.

Dès que nous avons appris que l'armée régulière irakienne avait abandonné Mossoul, Qaraqosh a fermé toutes les routes et les points de contrôle autour de la ville, nous laissant complètement paniqués. Tout le monde se précipita vers les magasins et les marchés pour acheter tout ce qu'ils pouvaient, notamment de l'eau, de la nourriture et autres produits essentiels, préparant ainsi le pire. D'autres ont emmené le plus d'affaires possible en voiture pour s'enfuir à Erbil. Ma famille était l'une d'entre elles.

Des djihadistes de ISIS

Des djihadistes de ISIS

Lorsque les gardes du point de contrôle de Qaraqosh nous ont tous vus affluer, ils ont fait une petite ouverture dans la barrière, juste assez grande pour nous laisser passer voiture par voiture. Ma famille et beaucoup d'autres ont passé le premier point de contrôle kurde qui dépend du gouvernorat de Duhok. Puis nous avons atteint le principal point de contrôle du gouvernorat d'Erbil (la capitale du Kurdistan), qui était bondé de voitures qui attendaient de traverser.

De longues files d'attentes se dessinaient dans une atmosphère de panique générale. Chacun d'entre nous avaient tenté d'emporter les choses les plus importantes, beaucoup étaient à pieds et certaines familles étaient assises dans des conteneurs. Nous avons attendus au moins trois heures comme cela, au milieu du désert. Seul un camp de réfugiés était visible.

Nous nous sommes sentis soulagés après avoir passé le point de contrôle. Arrivés à Erbil, nous n'avions nulle part où aller. Un ami kurde m'a appelé et nous a accueillis. Le lendemain, mon ami nous a dit que Qaraqoch était stable et sûre et que l'armée kurde était venu protéger les villages chrétiens de la plaine de Ninive.

L'Eglise de Qaraqosh

L'Eglise de Qaraqosh

Nous sommes alors rentrés à Qaraqosh mais la peur et l'anxiété étaient toujours très présents. Nous restions sur nos gardes malgré une atmosphère d'apparence plus sereine.

Une crise s'est alors développée dans Qaraqosh et les villages environnants de la plaine de Ninive : plus d'eau courante, ni d'électricité ou de carburant. La situation s'est à nouveau aggravée et nous craignions de nouveau pour notre sécurité. Les familles ont commencé à aller à Erbil pour chercher à nouveau ce dont ils avaient besoin, ce qui a beaucoup affecté Erbil en raison du nombre trop élevé de réfugiés venant de Mossoul, Bagdad, Diyala et Tikrit.

Erbil a alors subi une pénurie d'essence car la plus grande raffinerie de pétrole en Irak, Beji, semble se trouvée dans une zone de combats et ne semble plus fonctionner. Ma famille a du surmonter de grandes difficultés et lutter pour s'approvisionner à Qaraqosh alors que j'étais à Erbil pour mes examens. J'étais sans cesse inquiet ce qui m'a empêché de dormir et d'étudier plusieurs fois, focalisé sur les nouvelles.

Une scène de rue à Qaraqosh, lors de notre mission Pâques en Irak

Une scène de rue à Qaraqosh, lors de notre mission Pâques en Irak

Le 25 juin, alors que les gens étaient à l'église pour prier le chapelet, ils ont entendu et certains d'entre eux ont vu des mortiers tomber sur la ville. L'un d'eux est tombé sur une école et un autre sur le séminaire. Ils entendaient le bruit des canons et des explosions. « Nous étions comme sur un champ de bataille » m'ont rapporté mes grands-parents. Ma famille était totalement paniquée.
Ils ont emballé quelques affaires afin de s'enfuir rapidement à Erbil avec d'autres familles. Les points de contrôle étaient à nouveau bondés. Mes parents ont quitté Qaraqoch à 16h et sont arrivés à 2h du matin alors qu'Erbil est à 1h de route en temps normal. Les rues d'Ankawa (le quartier chrétien d'Erbil) était pleines de familles chrétiennes à la recherche d'un endroit où passer la nuit. Certains ont passé la nuit dans une église, d'autres ont été accueilli par des habitants d'Ankawa.

Erbil

Erbil

Tout le monde, y compris ma famille, était terrifié, fatigué, et installé dans de très mauvaises conditions.
Mon père restait sans voix, ma mère pleurait et mon petit frère était désespéré, essayant de comprendre la situation et pourquoi ils avaient dû subitement tout quitter : sa maison où il est né, le jardin dans lequel il a tant joué, son lit confortable et tous ses jouets sauf son ours en peluche préféré qu'il appelle « Tooty » qu'il a emmené et qui est la seule chose qui lui permet de se sentir en sécurité. Nous avons, avec ma sœur, tenté de réconforter tout le monde.

Nous avons perdu espoir dans notre pays car il n'a plus jamais été un endroit sûr pour nous depuis 2003 et l'invasion américaine. Il n'y a pas plus de sécurité et les libertés religieuses et politiques sont menacées. Tout le monde peut se faire tuer à cause de sa religion ou de ses convictions.

Nous espérons beaucoup vous revoir en Irak très vite car la venue à Pâques de SOS Chrétiens d'Orient fut une véritable bénédiction pour nous.

Découvrez le film de notre mission « Pâques en Irak » :