Quel est l'animal le plus dangereux pour l'homme ?

21/07/2014 07:12

17 juillet 2014, par Pierre Barthélémy    

Il est assez rare que, dans ce blog, j'écrive autre chose que des comptes-rendus d'études scientifiques qui ont excité ma curiosité et que j'ai eu envie de partager. Mais il est aussi des moments où l'actualité pose des questions énervantes, auxquelles le rappel de faits simples répond avec lumière.

Par deux fois, au cours des derniers jours, on s'est demandé comment agir avec ces animaux dangereux pour l'homme ? Il y a eu cette alerte aux requins sur les côtes catalanes qui faisait un écho méditerranéen aux attaques de surfeurs très médiatisées à La Réunion de ces derniers mois.

Quelques jours avant, le 10 juillet, il y a eu l'autorisation donnée aux éleveurs, lors du vote du projet de loi sur l'agriculture, d'abattre des loups en France. Mon confrère Stéphane Foucart a consacré à cette information sa dernière chronique, où il démonte quelques idées reçues sur la perception que les Français ont du loup. Et puis, dans les réactions à son article, je suis tombé sur un commentaire vibrant d'intelligence : "Dans un monde normal, on se défend, on se laisse pas manger."

Certes. Défendons-nous, donc, me suis-je dit. Mais contre qui ? Quels sont les animaux les plus dangereux pour l'homme dans ce "monde normal" qu'est notre planète (où, même si là n'est pas la question du jour, il n'est pas inutile de rappeler qu'Homo sapiens est de loin le prédateur le plus dangereux pour toutes les autres espèces animales) ? Quelle est la place du loup, celle du requin, dans le palmarès des bestioles assassines ? J'ai trouvé un début de réponse, sous la forme d'une infographie que je reproduis ci-dessous, sur le blog de... Bill Gates.


La légende de cette infographie précisant que les calculs avaient de grandes marges d'erreur, j'ai pris un peu de temps pour recouper les informations et vous donner d'autres chiffres ainsi que des sources plus précises. Commençons donc, par nos grands "ennemis", le loup et le requin.

Pour le premier, je me réfère à une vaste étude internationale publiée en 2002. Sur le demi-siècle 1950-2000, elle a comptabilisé 331 attaques mortelles dues à Canis lupus dans le monde entier. Ce qui fait, en moyenne, un peu moins de sept morts par an, l'essentiel des victimes se trouvant en Inde. Sur ces cinquante ans, le loup a causé en Europe neuf décès humains (dont cinq de la rage) dont zéro en France.

Pour les requins, j'ai consulté le site Internet de l'International Shark Attack File (ISAF). Le bilan 2013 a été de dix personnes tuées suite à des attaques de squales soit, précise le résumé, plus que la moyenne de six victimes recensées pendant la décennie 2003-2012. Voilà, les grands tueurs qui nous effraient, font, bon an mal an, moins de vingt morts.

Alors, on peut ajouter les autres grosses bêtes comme les fauves, les attaques d'éléphants, celles d'hippopotames ou de crocodiles (à ce sujet, le chiffre de 1 000 tués que l'on trouve dans le tableau est très supérieur à celui du site comptabilisant les attaques de crocodiliens, lequel a recensé 143 morts en 2013 dans le monde). Au total, on ne dépasse pas les deux mille victimes.

En réalité, les animaux les plus dangereux pour l'homme sont petits, voire minuscules. On trouve bien sûr les serpents venimeux, avec des estimations très variables, allant de 20 000 à 94 000 décès selon une étude parue en 2008 dans PLoS Medicine. 

Puis viennent des auxiliaires de la Camarde que l'on n'attend pas toujours, chiens, écureuils, chauves-souris, ratons-laveurs, renards, tous animaux porteurs de la rage qui, selon une très vaste étude internationale sur les causes de la mortalité dans le monde, publiée en 2010 dans The Lancet, est responsable d'un peu plus de 26 000 morts chaque année.

C'est de ce même article, très complet, que je tire les chiffres suivants : le ver Ascaris lumbricoides compte 2 700 morts humains à son tableau de chasse ; la mouche tsé-tsé (maladie du sommeil) et le triatome (insecte vecteur de la maladie de Chagas) tuent respectivement 9 000 et 10 000 personnes par an ; le phlébotome, autre insecte, porteur du parasite provoquant la leishmaniose, provoque le décès de 52 000 personnes (l'Organisation mondiale de la santé (OMS) donne une fourchette plus basse de 20 000 à 30 000).

Et puis, comme vous l'avez vu sur l'infographie, il y a Terminator. Le vrai tueur, c'est lui, le moustique, ou plutôt les moustiques, vecteurs de diverses joyeusetés comme le paludisme (entre 600 000 et 1,17 million de morts suivant les estimations), la dengue (14 600 décès), la fièvre jaune, l'encéphalite japonaise, le chikungunya, la fièvre à virus West Nile, etc. Tous les ans, les moustiques provoquent le décès de plusieurs centaines de milliers de personnes.

Si l'on appliquait le tarif médiatique que l'on réserve aux attaques de requins, combien cela donnerait-il d'articles chaque année ? Et combien y en a-t-il vraiment ? Très peu, parce que l'essentiel de ces maladies touchent des pays pauvres et lointains et que la terrible loi médiatique du mort-kilomètre font que les journaux parleront beaucoup plus d'un malheureux garçon mort d'une infection digestive en colonie de vacances que des dizaines ou des centaines de milliers d'enfants africains succombant au paludisme chaque année. Parce que c'est arrivé près de chez vous.

Enfin, je n'ai pas voulu oublier un autre animal dangereux pour l'homme : lui-même. Les statistiques en la matière ne sont pas toujours simples à trouver et à utiliser. Evidemment, si l'on additionne les morts sur la route, les suicides et les différents types de violence, Homo sapiens fait mieux (ou plutôt pire) que les moustiques.

En cette année 2014, où l'on commémore le centenaire du début de la Première Guerre mondiale et les 70 ans du Débarquement de Normandie, je me suis contenté des conflits armés et des homicides (hors guerre...). Pour les premiers, l'estimation la plus récente que j'aie pu trouver évoque le nombre de 55 000 morts par an. Pour les violences non guerrières, l'étude du Lancet parle de 456 000 homicides annuels. Soit un total qui dépasse largement le demi-million. Tout cela dans un "monde normal", pour reprendre l'expression du commentaire que j'ai cité au départ. Un total à rapprocher des victimes du requin et du loup. Quand on dit que l'homme est un loup pour l'homme, c'est vraiment insultant pour le loup.