Suppression de la bourse au mérite : «quel signal donné à notre jeunesse !»

01/08/2014 08:34

De nouveaux bacheliers manifestent leur joie.

De nouveaux bacheliers manifestent leur joie.Crédits photo : DAMIEN MEYER/AFP

FIGAROVOX/TRIBUNE - Le 24 juillet, un décret a supprimé la bourse au mérite, récompensant chaque année les meilleurs bacheliers. Yves de Kerdrel s'indigne de cette décision qu'il juge particulièrement injuste.




Yves de Kerdrel est journaliste économique au Figaro.


Petit à petit, la gauche renie ce qui a constitué sa part d'humanisme, ce petit quelque chose qu'elle avait de différent avec la droite et qu'ont incarné des personnages comme Jules Ferry, Georges Clemenceau, voire Pierre Mendès France.

La manière dont la gauche a accompagné le progrès scientifique et technique à la fin du XIXe siècle, quand la droite s'en méfiait, pour aujourd'hui refuser le gaz de schiste, les OGM et certains vaccins, témoigne de cette évolution vers un socialisme sectaire n'ayant plus le souci de l'épanouissement de l'être humain.

Le refus de la gauche du gaz de schiste, des OGM et de certains vaccins, témoigne de cette évolution vers un socialisme sectaire n'ayant plus le souci de l'épanouissement de l'être humain.

La preuve la plus pathétique de ce mouvement réside dans l'annonce de la suppression des bourses au mérite. De quoi s'agit-il? En 2009, Valérie Pécresse, alors ministre de l'Enseignement supérieur, a eu la bonne idée de remettre au goût du jour ces bourses réservées à certains élèves méritants.

Pour en bénéficier, il fallait avoir obtenu une mention très bien au bac. Il ne s'agissait là que d'un pur retour aux sources.

Car lorsque la République décida de créer le 5 novembre 1877 les premières bourses, elle voulait «aider les enfants d'origine modeste qui manifesteraient des dons scolaires exceptionnels» à rejoindre les meilleures écoles du pays. Elle ne faisait que reprendre à son compte une mesure de l'ancien régime qui permettait à certains enfants sans ressources d'être «écoliers du roi». Ce qui fut le cas de Napoléon Bonaparte.

Grace aux bourses de la République, Henri Bergson a pu faire des études supérieures avant d'honorer la France avec un prix Nobel de littérature, Georges Pompidou a rejoint l'École normale et est devenu le plus populaire des présidents de la République.

C'est également de cette manière qu'Alain Juppé, boursier de la patrie, a enchaîné l'École normale, l'ENA et l'Inspection des finances ou qu'Henri Guaino est devenu commissaire au Plan.

Dès 1882, un rapport officiel expliquait: «Jusqu'à ces dernières années, les facultés de lettres et de sciences avaient surtout des auditeurs. Elles ont maintenant des élèves nombreux grâce à l'institution des bourses et des maîtres de conférences.»

Personne ne comprend donc à quoi correspond cette suppression des bourses au mérite. L'an passé, elles ont bénéficié à 8 500 étudiants qui ont chacun reçu de la nation un pécule annuel de 1 800 euros versé en neuf mensualités pendant une durée de deux ou trois ans. C'est-à-dire que ces bourses avaient un coût annuel de l'ordre de 50 millions d'euros.

L'économie pour l'État est à la fois mince et regrettable dans la mesure où elle frappe les meilleurs élèves, issus de milieux familiaux très modestes. Le jour même de l'annonce de cette suppression on apprenait que 3 à 5 % environ des étudiants français se prostituaient pour payer leurs études.

Sur une radio périphérique, un jeune bachelier, Hamid, fils d'un ouvrier et d'une femme de ménage, témoignait de cette manière: «Avec cette bourse, je voulais poursuivre mes études et préparer le concours de Sciences Po. Sans la bourse, je ne peux rien faire. Actuellement, je suis donc éboueur pour gagner quelques sous.»

Du côté du ministère de l'Enseignement supérieur, la seule justification apportée à cette suppression réside dans le nombre croissant de mention très bien au baccalauréat et dans la volonté exprimée par les syndicats étudiants de revisiter le système des bourses en fonction de critères sociaux plutôt qu'à partir de ce mot horrible pour nos dirigeants socialistes: «le mérite».

«Avec cette bourse, je voulais poursuivre mes études et préparer le concours de Sciences-Po. Sans elle, je ne peux rien faire. Actuellement, je suis donc éboueur pour gagner quelques sous.»

Hamid, jeune bachelier

Le pire, c'est que cette disparition des bourses liées aux résultats scolaires intervient six mois après l'instauration par Jean-Marc Ayrault d'un RSA pour des jeunes de 18 à 25 ans qui ont décroché du système scolaire. Expérimentée pour l'instant dans dix départements, cette allocation qui vise à terme 100 000 jeunes et qui représente 434 euros par mois est destinée à des gamins qui n'ont ni formation, ni emploi, et sont tellement désocialisés qu'ils ne peuvent pas prétendre aux emplois d'avenir.

Quel signal épouvantable donné par un pays à sa jeunesse qui travaille, étudie, et croit dans le savoir, que la suppression de ces bourses au mérite et l'instauration simultanée de telles allocations pour des gamins qui vont regarder la télévision toute la journée!

Quelle négation insupportable de l'ascenseur social qui a fondé la République depuis l'instauration de l'école publique obligatoire tenue par ses fameux «hussards noirs»!

Et quel silence assourdissant de l'opposition, à l'exception d'Éric Ciotti et d'Yves Jégo, dans ce débat qui fait ressortir une valeur fondamentale: le mérite! Une valeur que la gauche a abandonnée et que la droite devrait mettre bien en avant pour que notre jeunesse garde espoir dans l'avenir.