Un scientifique fait naître un nouveau virus mortel de grippe H1N1

04/07/2014 16:36

Par LEXPRESS.fr, publié le 04/07/2014 à  13:17

Un chercheur américain, connu pour ses expériences risquées et controversées, a mis au point une souche de grippe H1N1 contre laquelle l'homme n'est pas immunisé. Des travaux ayant pour but de développer des vaccins.   

       

Un scientifique fait naître un nouveau virus mortel de grippe H1N1  

Un virus résistant créé artificiellement pour des recherches scientifiques : est-ce trop risqué?

AFP PHOTO / ERIC PIERMONT

Des  virologues américains ont créé en laboratoire des virus H1N1 de la  pandémie de 2009 (grippe A) résistantes au système immunitaire humain. Leur but est de   développer des vaccins plus efficaces contre la grippe saisonnière et de  potentielles souches dangereuses, a indiqué un de ces  chercheurs. Mais cette initiative est contestée par certains scientifiques, pour le danger qu'elle représente. 


Une grippe A invincible

"Nous avons pu identifier en laboratoire, dans des conditions  sécurisées, des parties-clés du virus H1N1, apparu en 2009, qui le  rendent invincible par le système immunitaire", a expliqué à l'AFP le  professeur Yoshihiro Kawaoka, de l'Université de Wisconsin-Madisson,  responsable de ces travaux devant être prochainement publiés dans une  revue scientifique. 

Ces changements se produisent dans l'hémagglutinine, une protéine  présente à la surface des virus de la grippe qui leur permet de  s'attacher à un récepteur des cellules qu'ils infectent, a-t-il  expliqué. 

Ces travaux "montrent que des virus capables de déjouer le système  immunitaire émergent dans la nature", a poursuivi ce chercheur. 

Tous ces changements de cette protéine ne persistent pas et tous les  trois à cinq ans, les virus acquièrent suffisamment de modifications  pour ne plus répondre au vaccin contre la grippe saisonnière. 

"L'objectif de cette recherche est d'améliorer notre capacité à  sélectionner les virus de la grippe pour développer de nouveaux vaccins  capables de mieux répondre aux souches en circulation", a par ailleurs  précisé un porte-parole de l'Université du Wisconsin, Terry Devitt. 

Manipulations extrêmement risquées

Le professeur Kawaoka a rejeté avec force un article paru mardi dans  l'Independent de Londres qui l'accuse d'avoir "crée une nouvelle souche  mortelle du virus H1N1 de 2009" contre laquelle le système immunitaire  humain est impuissant, et de se livrer à des manipulations risquées  pour des recherche sur la pandémie. Le journal dit avoir interrogé des scientifiques "horrifiés" par les travaux du professeur. 

"C'est regrettable qu'un quotidien choisisse de manipuler le message  de cette façon pour attirer les lecteurs avec des titres à sensation",  écrit-il dans un courrier électronique à l'AFP. 

Ce virologue, qui avait été interviewé par l'Independent, souligne  que le virus H1N1 de 2009 circule désormais tous les ans et n'est plus  un agent viral pandémique. Il s'agit désormais d'un virus de la grippe  saisonnière contre lequel la majorité des gens sont actuellement  immunisés. 

Il précise avoir soumis les résultats préliminaires de ses travaux à  un groupe d'experts de la grippe de l'Organisation Mondiale de la Santé  qui "les ont bien accueillis", selon lui. 

Pour sa part, le porte-parole de l'Université du Wisconsin souligne  que "de nombreux laboratoires dans le monde font couramment des  recherches similaires sur le virus H1N1 de 2009". Enfin, il affirme que le laboratoire de l'Université de Wisconsin  respecte "strictement toutes les réglementations fédérales" en matière  de bio-sécurité. 

Des recherches très controversées

Les travaux du professeur Kawaoka sont régulièrement polémiques. Ces deux dernières années, il a notamment réalisé des expériences pour recréer la grippe espagnole, meurtrière au début du 20e siècle, et transformé le virus de la grippe aviaire pour le rendre transmissible d'une espèce à l'autre, souligne FranceTVinfo. Le  ministère de la Santé américain avait même tenté de censurer sa publication, par craintes de récupération par des  terroristes. 

Avec  AFP