La Violence à l'Encontre des Femmes

Violence d'un partenaire intime et violence sexuelle à l'encontre des femmes

Aide-mémoire Octobre 2013 , il y a un an déjà et rien n'a changé !


Principaux faits

  • La violence à l'encontre des femmes, qu'elle soit le fait d'un partenaire intime ou de nature sexuelle, est un grand problème de santé publique et une violation majeure des droits de la femme.
  • Selon les chiffres récents de la prévalence mondiale, 35% des femmes indiquent avoir été exposées à des violences sexuelles de la part de leur partenaire intime ou de quelqu'un d'autre à un moment de leur vie.
  • En moyenne, 30% des femmes qui ont eu des relations de couple signalent avoir subi une forme quelconque de violence physique ou sexuelle de la part de leur partenaire.
  • Au niveau mondial, jusqu'à 38% des meurtres de femmes sont le fait de leur partenaire intime.
  • Ces formes de violence entraînent des problèmes de santé physique, mentale, sexuelle, génésique, etc. et peuvent accroître la vulnérabilité au VIH.
  • Pour l'auteur de violence, les facteurs de risque sont les suivants: un faible niveau d'instruction, des antécédents de maltraitance pendant l'enfance ou l'exposition à la violence familiale, l'utilisation nocive de l'alcool, l'acceptation de la violence et de l'inégalité entre les sexes.
  • Pour la victime de violence, les facteurs de risque sont les suivants: un faible niveau d'instruction, l'exposition à la violence interparentale, l'exposition à des sévices pendant l'enfance et l'acceptation de la violence et de l'inégalité entre les sexes.
  • Dans les milieux aisés, les programmes scolaires tendant à prévenir la violence dans les relations entre les jeunes («violence à l'occasion des sorties») témoignent d'une grande efficacité.
  • Dans les milieux défavorisés, d'autres stratégies de prévention primaire comme le microcrédit associé à une formation à l'égalité entre les sexes et à des initiatives communautaires pour lutter contre les inégalités fondées sur le sexe et promouvoir la communication et les techniques relationnelles, sont prometteuses.
  • Les situations de conflit, d'après-conflit et de déplacement des personnes peuvent exacerber la violence existante et occasionner de nouvelles formes de violence à l'encontre des femmes.

Introduction

Les Nations Unies définissent la violence à l'égard des femmes de la façon suivante «tous les actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes, la contrainte ou la privation arbitraire de liberté, que ce soit dans la vie publique ou dans la vie privée».

Par violence d'un partenaire intime, on entend tout comportement qui, dans le cadre d'une relation intime (partenaire ou ex-partenaire), cause un préjudice d'ordre physique, sexuel ou psychologique, notamment les actes d'agression physique, les relations sexuelles forcées, la violence psychologique et tout autre acte de domination.

Par violence sexuelle, on entend tout acte sexuel, tentative d'acte sexuel ou tout autre acte exercé par autrui contre la sexualité d'une personne en faisant usage de la force, quelle que soit sa relation avec la victime, dans n'importe quel contexte. Cette définition englobe le viol, défini comme une pénétration par la force physique ou tout autre moyen de coercition de la vulve ou de l'anus, au moyen du pénis, d'autres parties du corps ou d'un objet.

Ampleur du problème

Les enquêtes auprès de la population fondées sur les déclarations des victimes fournissent les estimations les plus précises sur la prévalence de la violence exercée par les partenaires intimes ou de la violence sexuelle qui se manifeste hors conflits. La première enquête multipays de l'OMS sur la santé des femmes et la violence domestique à l'encontre des femmes, menée en 2005 dans 10 pays principalement en développement, a permis de constater que chez les femmes de 15 à 49 ans:

  • entre 15% des femmes au Japon et 71% des femmes en Éthiopie ont déclaré avoir subi des violences physiques et/ou sexuelle de la part d'un partenaire intime;
  • entre 0,3 et 11,5% des femmes ont déclaré avoir subi des violences sexuelles depuis l'âge de 15 ans de la part de personnes qui n'étaient pas leur partenaire;
  • de nombreuses femmes ont déclaré que leur première expérience sexuelle s'est déroulée sous la contrainte - 17% dans les zones rurales de Tanzanie, 24% dans les zones rurales du Pérou et 30% dans les zones rurales du Bangladesh.

Une étude plus récente menée par l'OMS avec la London School of Hygiene and Tropical Medicine et le Medical Research Council, sur la base de données en provenance de plus de 80 pays, a constaté qu'au niveau mondial 35% des femmes ont été exposées à des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur partenaire intime ou de quelqu'un d'autre. La plupart de ces actes de violence sont le fait du partenaire intime. 

 

Au niveau mondial, près d'un tiers (30%) des femmes qui ont eu des relations de couple ont subi une forme quelconque de violence physique ou sexuelle de la part de leur partenaire intime et, dans certaines régions, beaucoup plus. Au niveau mondial, jusqu'à 38% des meurtres de femmes sont le fait de leur partenaire intime.

Les actes de violence imputables à un partenaire intime et les actes de violence sexuelle sont principalement commis par des hommes contre des femmes. Les sévices sexuels infligés aux enfants touchent aussi bien les garçons que les filles.

Des études internationales indiquent qu'environ 20% des femmes et 5 à 10% des hommes déclarent avoir été victimes de violence sexuelle dans leur enfance. La violence chez les jeunes, et notamment à l'occasion des sorties, est également un problème majeur.

  Facteurs de risque

Les facteurs de risque liés à la violence exercée par le partenaire intime et à la violence sexuelle apparaissent au niveau individuel, familial, communautaire et sociétal au sens large. Certains facteurs sont liés aux auteurs de violence, d'autres aux victimes et d'autres encore aux deux.

Facteurs de risque concernant la violence exercée par le partenaire intime et la violence sexuelle:

  • faible niveau d'instruction (pour les auteurs comme pour les victimes);
  • exposition à la maltraitance pendant l'enfance (auteurs et victimes);
  • exposition à la violence familiale (auteurs et victimes);
  • troubles antisociaux de la personnalité (auteurs);
  • usage nocif de l'alcool (auteurs et victimes);
  • multiplicité des partenaires ou suspicion d'infidélité de la part du partenaire (auteurs); et
  • attitude d'acceptation de la violence et de l'inégalité entre les sexes (auteurs et victimes).

Facteurs de risque associés à la violence exercée par le partenaire intime:

  • antécédents d'actes violents (auteurs et victimes);
  • mésentente et insatisfaction conjugales (auteurs et victimes).
  • difficultés de communication entre partenaires.

Facteurs de risque associés à la violence sexuelle:

  • croyances relatives à l'honneur de la famille et à la pureté sexuelle;
  • idéologies sur les droits sexuels de l'homme; et
  • faiblesse des sanctions juridiques contre la violence sexuelle.

L'inégalité des femmes par rapport aux hommes et le recours normatif à la violence pour résoudre des conflits sont étroitement associés tant à la violence exercée par le partenaire intime qu'à la violence sexuelle exercée par d'autres que le partenaire.

Conséquences sur la santé

La violence d'un partenaire intime et la violence sexuelle entraînent à court et long terme de graves problèmes de santé physique, mentale, sexuelle et génésique pour les victimes et leurs enfants et elles ont de ce fait des coûts sociaux et économiques élevés.

  • La violence à l'encontre des femmes peut avoir une issue mortelle, qu'il s'agisse d'homicides ou de suicides.
  • Elle peut entraîner des traumatismes - 42% des femmes qui subissent des violences de la part d'un partenaire intime signalant des blessures consécutives à l'acte.
  • La violence d'un partenaire intime et la violence sexuelle peuvent entraîner des grossesses non désirées, des avortements provoqués, des problèmes gynécologiques et des infections sexuellement transmissibles, dont le VIH. L'étude de 2013 a montré que les femmes qui avaient été victimes d'abus sexuels ou de maltraitance avaient 1,5 fois plus de risques de souffrir d'une infection sexuellement transmissible et, dans certaines régions, d'être infectées par le VIH que les femmes qui n'avaient pas subi de violence de leur partenaire. Elles risquent également deux fois plus souvent de subir un avortement.
  • La violence d'un partenaire intime pendant une grossesse augmente aussi la probabilité de fausse couche, de naissance d'enfants mort-nés, d'accouchement prématuré et d'insuffisance  pondérale à la naissance.
  • Ces formes de violence peuvent entraîner des dépressions, des états de stress post-traumatique, des troubles du sommeil, de l'alimentation, des troubles psychiques et des tentatives de suicide. La même étude a constaté que les femmes qui avaient subi des violences de la part de leur partenaire intime étaient presque deux fois plus nombreuses à connaître des problèmes de dépression ou d'alcoolisme. Ce chiffre est encore supérieur pour les femmes qui ont subi des violences de la part de quelqu'un d'autre.
  • Les effets sur la santé peuvent être des céphalées, des douleurs du dos, des douleurs abdominales, des fibromyalgies, des troubles digestifs, une mobilité réduite et un mauvais état de santé général.
  • La violence sexuelle, en particulier pendant l'enfance, peut entraîner une augmentation du tabagisme, l'usage abusif de drogues et d'alcool et des comportements sexuels à risque à un stade ultérieur de la vie. On l'associe aussi à une tendance à recourir à la violence (pour les hommes) ou à être victime de violences (pour les femmes).

Impact sur les enfants

  • Les enfants grandissant dans des familles ou sévit la violence du partenaire intime peuvent souffrir de tout un éventail de troubles comportementaux et émotionnels susceptibles de les amener ultérieurement à commettre des actes violents ou à en être victime.
  • On a également associé à la violence du partenaire intime des taux plus élevés de morbidité et de mortalité chez les nourrissons et les enfants (maladies diarrhéiques ou malnutrition par exemple),

Coûts socio-économiques

Les coûts socio-économiques de la violence du partenaire intime et de la violence sexuelle sont énormes et se répercutent dans toute la société. Les femmes peuvent souffrir d'isolement, les amener ultérieurement à commettre des actes violents ou à en être victime.

On retrouve les facteurs de risque associés à la violence du partenaire intime et à la violence sexuelle chez les individus, dans les familles, dans les communautés et plus largement dans la société. Certains facteurs sont liés aux auteurs des violences, d'autres aux victimes et d'autres encore aux deux.


Prévention et riposte

Actuellement, il y a peu d'interventions dont l'efficacité a été scientifiquement attestée. Il faut davantage de ressources pour renforcer la prévention, notamment primaire, de la violence exercée par le partenaire intime et de la violence sexuelle, c'est-à-dire pour éviter que des actes de ce type ne soient commis.

En ce qui concerne la prévention primaire, il semble que les programmes mis en place dans les écoles de pays à revenu élevé aient donné de bons résultats pour prévenir la violence des adolescents dans leurs fréquentations. Il reste, toutefois, à les évaluer dans les milieux moins nantis.

Plusieurs autres stratégies de prévention primaire se sont montrées prometteuses mais devront être évaluées ultérieurement, à savoir:

  • l'association du microcrédit et de la formation à l'égalité entre les sexes;
  • la promotion des techniques de communication et relationnelles au sein des communautés;
  • la réduction de l'accès à l'alcool et de son usage nocif;
  • la modification des normes culturelles en matière de relation hommes-femmes.

Pour instaurer un changement durable, il importe de promulguer des textes législatifs et d'élaborer des politiques visant à:

  • lutter contre les discriminations à l'encontre des femmes;
  • promouvoir l'égalité entre les sexes;
  • soutenir les femmes; et
  • contribuer à pacifier les normes culturelles.

Une action adaptée émanant du secteur de la santé peut jouer un rôle important pour prévenir la violence et y faire face. La sensibilisation et l'éducation des prestataires des services de santé notamment, constituent elles aussi, une stratégie importante. Une action multisectorielle s'impose pour prendre pleinement en compte les conséquences de la violence et répondre aux besoins des victimes/rescapés.

Action de l'OMS

En collaboration avec un certain nombre de partenaires, l'OMS:

  • réunit les bases factuelles sur l'ampleur et la nature des violences exercées par le partenaire intime et des violences sexuelles dans différents milieux et soutient les efforts des pays pour documenter cette violence   et en mesurer les conséquences. Cet élément est fondamental pour comprendre le niveau et la nature du problème à l'échelle mondiale et pour entreprendre des actions dans les pays;
  • renforce la recherche et la capacité de recherche afin d'évaluer les interventions permettant de s'atteler à la violence du partenaire intime;
  • élabore des orientations techniques pour prévenir la violence exercée par le partenaire intime et la violence sexuelle et pour étayer l'action du secteur de la santé contre ces violences;
  • diffuse des informations et soutient les efforts nationaux pour faire progresser les droits des femmes, la prévention et l'action contre la violence à l'encontre des femmes, sexuelle ou du fait du partenaire intime;
  • collabore avec des institutions et organisations internationales pour réduire/éliminer dans le monde entier la violence du partenaire intime et la violence sexuelle.

Violence  à l'encontre des femmes et des filles: une crise insidieuse qui appelle une action mondiale


21 novembre 2014 ¦ Genève -  D'après une nouvelle série d'articles publiée par The Lancet,  les efforts actuellement déployés pour prévenir la violence à l'encontre des femmes et des filles sont insuffisants. On estime que, dans l'ensemble du monde, une femme sur trois a subi des violences physiques ou sexuelles infligées par son partenaire et que 7% des femmes seront victimes d'une agression sexuelle perpétrée par un autre que leur partenaire à un moment donné de leur vie.

Pourtant, malgré l'attention de plus en plus soutenue portée à la violence à l'encontre des femmes et des filles au niveau mondial et en dépit des connaissances acquises dernièrement sur les moyens d'éviter ces maltraitances, la fréquence de la violence à l'encontre des femmes - violences infligées par le partenaire intime, viol, mutilations sexuelles féminines, traite des femmes et mariages forcés - demeure intolérablement élevée, avec de graves conséquences sur la santé physique et mentale des victimes. Les conflits et autres crises humanitaires peuvent aggraver la violence déjà exercée contre les femmes.

Entre 100 et 140 millions de filles et de femmes dans le monde ont subi des mutilations sexuelles et rien qu'en Afrique, plus de 3 millions de filles sont exposées à cette pratique chaque année. Quelque 70 millions de filles dans le monde se marient avant l'âge de 18 ans, très souvent contre leur gré.

Nombreux sont les pays qui ont bien avancé pour ce qui est d'ériger en délit la violence à l'encontre des femmes et de promouvoir l'égalité des sexes, mais les auteurs des articles estiment que les pouvoirs publics et les donateurs doivent débloquer suffisamment de ressources financières pour que leurs engagements se traduisent par un réel changement. Même quand la loi est progressiste, nombre de femmes et de filles sont encore en butte à la discrimination et à la violence et n'ont pas accès aux services de santé et aux services juridiques indispensables.

Combattre les inégalités entre les sexes

Qui plus est, à l'analyse des toutes dernières données, les auteurs montrent qu'on ne fait pas assez pour prévenir initialement la violence à l'encontre  des femmes et des filles. Si les ressources consacrées à l'aide aux femmes et aux filles victimes d'actes de violence (accès à la justice et aux soins d'urgence, par exemple) ont augmenté, les résultats de la recherche indiquent qu'il faut combattre les inégalités entre les sexes et les autres causes premières de la violence pour prévenir toutes les formes de maltraitance et réduire ainsi la violence en général.

«Il faut œuvrer pour l'égalité des sexes et la prévention de la violence avant même qu'elle ne se manifeste»

Professeur Charlotte Watts, London School of Hygiene & Tropical Medicine, Royaume-Uni

«À l'échelle mondiale, une femme sur trois sera victime de violences infligées par son partenaire intime et/ou d'actes de violence sexuelle commis par un autre que son partenaire au cours de sa vie, ce qui montre qu'il faut investir davantage dans la prévention. Il faut bien entendu renforcer les services d'aide aux femmes victimes de violence, mais, pour un réel changement dans la vie des femmes et des filles, il faut œuvrer pour l'égalité des sexes et la prévention de la violence avant même qu'elle ne se manifeste», explique l'un des auteurs principaux de la série d'articles, le Professeur Charlotte Watts, Directeur et fondateur du Gender Violence and Health Centre à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, au Royaume-Uni. «Il n'y a pas de baguette magique pour éliminer la violence à l'encontre des femmes et des filles. Mais les données scientifiques nous disent que des changements de mentalité et de comportement sont possibles et peuvent se produire en l'espace de moins d'une génération.»

À la longue, estiment les auteurs, il sera capital de travailler à la fois avec ceux qui commettent des actes de violence (hommes et garçons) et celles qui en sont victimes pour parvenir à un changement durable en battant en brèche les normes sociétales profondément enracinées concernant les relations entre hommes et femmes et l'idée insidieuse que les femmes sont inférieures.

La violence est souvent considérée comme un problème de justice sociale et pénale et non comme une question relevant de la médecine clinique ou de la santé publique, mais le système de santé a un rôle crucial à jouer à la fois en prenant en charge les conséquences de la violence et en la prévenant.

«Les agents de santé sont souvent le premier point de contact pour les femmes et les filles victimes de violence», constate un des auteurs principaux, le Dr Claudia Garcia-Moreno, médecin à l'OMS, à Genève, où elle coordonne la recherche et les politiques dans le domaine de la violence à l'égard des femmes.

«Le repérage rapide des femmes et des enfants qui subissent des violences et l'offre d'une aide efficace peuvent améliorer la vie et le bien-être des femmes et leur permettre d'accéder aux services indispensables. Les agents de santé peuvent transmettre un message capital - que la violence n'est pas seulement un problème social, mais une pratique dangereuse et néfaste qui nuit à la santé - et ils peuvent se faire les chantres de la prévention dans la communauté. Le secteur de la santé rate d'importantes occasions d'intégrer la lutte contre la violence dans les initiatives de santé publique qui concernent le VIH/sida, la santé des adolescents, la santé maternelle et la santé mentale», ajoute le Dr Garcia-Moreno.

Cinq grandes mesures peuvent être mise en œuvre

Les auteurs exhortent les responsables politiques, les professionnels de santé et les donateurs partout dans le monde à lutter plus résolument contre la violence à l'encontre des femmes et des filles en prenant cinq grandes mesures.

Premièrement, les pouvoirs publics doivent allouer les ressources nécessaires pour faire de la lutte contre la violence à l'encontre des femmes une priorité, en reconnaissant qu'elle fait obstacle à la santé et au développement.

Deuxièmement, ils doivent transformer les structures discriminatoires (lois, politiques, institutions) qui perpétuent l'inégalité entre hommes et femmes et favorisent la violence.

Troisièmement, il doivent investir pour promouvoir l'égalité, des comportements non violents et des services d'aide aux victimes qui ne soient pas stigmatisants.

Quatrièmement, ils doivent renforcer le rôle des secteurs de la santé, de la sécurité, de l'éducation, de la justice et des autres secteurs concernés en concevant et en appliquant des politiques de prévention et de parade dans l'ensemble de ces secteurs, et en intégrant prévention et aide aux victimes dans les programmes de formation.

Enfin, ils doivent soutenir la recherche et la programmation pour déterminer quelles sont les interventions efficaces et comment agir sur la base des données recueillies.

Selon le coordonnateur de la série d'articles, le Dr Cathy Zimmerma, de la London School of Hygiene & Tropical Medicine, «nous avons désormais des résultats prometteurs sur les moyens de prévenir efficacement la violence. Le prochain défi est d'étendre ces données sur la prévention et les services d'aide à beaucoup plus de contextes et de formes de violence. Surtout, il faut au plus vite traduire ces données en une action concrète pour que les femmes et les filles puissent vivre à l'abri de la violence».

Dans un commentaire qui accompagne la série d'articles, l'ancien Président des États-Unis Jimmy Carter, fondateur du Carter Center, espère que «les dirigeants politiques et religieux iront de l'avant et useront de leur influence pour dire clairement qu'il faut mettre fin à la violence à l'encontre  des femmes et des filles, que nous manquons à nos obligations envers la société et qu'il faut montrer la voie maintenant».

La série d'articles est publiée en prélude à la campagne Seize jours d'action contre la violence liée au genre (25 novembre-10 décembre 2014).

Pour de plus amples informations, veuillez contacter:

Pour le Professeur Charlotte Watts et le Dr Cathy Zimmerman (Gender Violence and Health Centre, London School of Hygiene & Tropical Medicine (LSHTM), Londres, Royaume-Uni):
LSHTM Press Office
Téléphone: +44 (0) 207 927 2802+44 (0) 207 927 2802
Courriel: press@lshtm.ac.uk

Pour  le Dr Claudia Garcia-Moreno,OMS, Genève, Suisse:
Christian Lindmeier
Département de la Communication, OMS
Téléphone: +41 79 500 65 52+41 79 500 65 52
Courriel: lindmeierch@who.int

Pour  le Dr Mary Ellsberg, Global Women's Institute (GWI), George Washington University, Washington, D.C., USA:
Emily Grebenstein
Téléphone: +1 202 994 3087+1 202 994 3087
Courriel: emgreb@gwu.edu  
Jason Shevrin
Téléphone: +1 202 994 5631+1 202 994 5631
Courriel: jshevrin@gwu.edu

Violence sexuelle de l'EI: du jamais-vu dans l'histoire de la guerre

                                

«Les dirigeants du groupe armé EI ont compris... (Le Soleil, Yan Doublet) 

«Les dirigeants du groupe armé EI ont compris que la meilleure façon de déshumaniser une société, c'est de s'en prendre aux femmes et aux enfants», affirme Zainab Bangura, représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies.Le Soleil, Yan Doublet

Annie MathieuLe Soleil (Québec)

«Avec le groupe armé État islamique (EI), la violence sexuelle commise à l'égard des femmes a atteint des sommets jamais vus dans l'histoire de la guerre.»De passage à Québec dans le cadre de la rencontre de la coalition internationale qui lutte contre le regroupement terroriste, la responsable du dossier aux Nations Unies, Zainab Bangura, témoignera des horreurs qui lui ont été rapportées lors d'un récent voyage dans les pays où l'EI sévit, afin de sensibiliser les dirigeants au drame que vivent les premières victimes des combattants islamistes.  

Des marchés publics où les femmes sont exposées nues à une liste de prix établie en fonction de leur âge en passant par un guide sur comment s'occuper des esclaves sexuels. Les hommes du groupe armé EI ont non seulement institutionnalisé la façon dont ils violent les femmes, mais, de surcroît, ils s'en vantent. 

«Dans tous les pays où j'ai eu à confronter les dirigeants sur les crimes sexuels commis sur les territoires, il y a une culture très ancrée de déni et de silence. Mais l'EI aime publiciser ses atrocités et c'est pourquoi c'est un ennemi redoutable», expose la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle commise en période de conflits lors d'une entrevue accordée au Soleil et orchestrée par Avocats sans frontières. 

Zainab Bangura participait mercredi à une table ronde sur son sujet de prédilection, organisée conjointement par l'organisme et le ministère des Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada (MAECD). Jeudi, elle fera une présentation du travail de son organisation auprès des délégués de la coalition internationale qui lutte contre le groupe armé État islamique (EI), réunie au Château Frontenac. «La stratégie développée pour lutter contre le terrorisme ne prend pas en considération la protection et le pouvoir que l'on souhaite donner aux femmes», regrette celle qui veut s'assurer que cette omission devienne histoire du passé. 

Histoires dégoûtantes

La tactique mise au point par la haute fonctionnaire onusienne pour y parvenir est simple : depuis son retour d'Irak et de Syrie ce printemps, elle raconte à qui veut l'entendre les histoires dégoûtantes qu'elle a entendues lors de ses rencontres avec des victimes de l'EI. Comme celle d'une jeune femme qui a été revendue à 22 reprises et recousue à chaque fois pour simuler une virginité depuis longtemps perdue. Ou encore, cette autre future mère enceinte de deux mois qui a été capturée et avortée par les moyens du bord pour l'empêcher d'avoir un descendant «infidèle». 

«Elles sont violées à répétition et harcelées parce que leurs bourreaux souhaitent qu'elles procréent. Ils veulent des enfants reproduits sur leur modèle puisque c'est de cette façon qu'ils réussiront à construire leur État», explique Mme Bangura, qui est originaire de la Sierra Leone, où elle a été ministre avant d'occuper son poste à New York avec les Nations Unies. 

Celles qui réussissent à s'enfuir mettent au monde des enfants apatrides puisque de nombreux États ne reconnaissent les naissances que par l'intermédiaire du père. «Des dizaines de milliers de bébés se retrouvent sans papiers. C'est un immense problème que nous essayons de résoudre en mettant en branle des réformes législatives», expose l'experte. 

Le problème de la violence sexuelle commise contre les femmes en temps de conflit est d'autant plus difficile à résoudre que les membres du groupe armé EI se servent de la religion pour perpétrer leurs horreurs, dénonce par ailleurs Zainab Bangura. «Mais ça n'a rien à voir avec l'islam!» s'exclame-t-elle. Cent vingt intellectuels de confession musulmane se sont même adressés aux dirigeants de l'EI pour leur laisser savoir que leurs actions n'étaient pas conformes aux enseignements de leur foi. «Mais ils n'en ont cure», se désole la représentante du secrétaire général des Nations Unies. 

«Les dirigeants du groupe armé EI ont compris que la meilleure façon de déshumaniser une société, c'est de s'en prendre aux femmes et aux enfants, renchérit-elle. Ils savent qu'aucun homme ne va pardonner à quelqu'un qui a violé sa douce moitié ou sa progéniture. Cela rend la réconciliation impossible et c'est voulu.»

Pour Mme Bangura, il n'y a qu'une façon de faire cesser les violences sexuelles et c'est de mettre un terme aux conflits et aux insécurités dans les pays touchés. «C'est pour cela que le processus de paix est extrêmement important», soutient-elle. «Nous n'avons jamais vu des acteurs non gouvernementaux avec autant de pouvoirs que l'EI. Nous ne pouvons pas utiliser les outils habituels des Nations Unies comme les sanctions internationales. Il faut trouver d'où proviennent leurs ressources pour être capables de fermer les robinets.»

La tâche est ardue, reconnaît la diplomate. Mais elle ne baisse pas les bras parce que jamais elle ne s'habituera à ce qu'elle entend. «Je ne comprends pas qu'un être humain puisse en traiter un autre de cette façon. Ça ne fait tout simplement pas de sens.»

«Si on n'en parle pas,  on perd notre humanité»

Au fil des ans, la violence sexuelle à l'égard des femmes lors de conflits est devenue un des principaux chevaux de bataille d'Avocats sans frontières Canada (ASFC), un organisme sans but lucratif installé à Québec qui oeuvre dans une quinzaine de pays. 

«Ce sont des réalités très dures à comprendre. Mais si on n'en parle pas, on perd notre humanité», affirme le directeur général d'ASFC, Me Pascal Paradis. Il revient tout juste du Mali où, comme dans d'autres pays où son organisation est présente, il en a vu de toutes les couleurs. 

Lors de conflits armés, des actes de sexualité «indescriptibles» sont commis, explique-t-il. Et souvent, ceux-ci sont organisés et soigneusement planifiés. C'est notamment le boulot des avocats d'ASFC d'aider les victimes à le prouver pour que les coupables soient reconnus de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. «Nous ne sommes pas là quand ça se tire dessus, mais pour établir les responsabilités après un conflit. Et, surtout, pour éviter que ça se reproduise», résume Me Paradis. De l'aide est ainsi fournie pour aider les femmes à retrouver, si possible, une vie normale après une agression et leur donner accès à la justice pour retrouver une certaine dignité. «C'est extrêmement difficile puisque, souvent, on va minimiser ce type de crime et on va les soupçonner d'être responsables. Elles sont revictimisées», déplore l'avocat.

Ces enjeux ont fait l'objet d'une table ronde mercredi après-midi à l'occasion du passage à Québec de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle commise en période de conflit, Zainab Bangura. L'événement, organisé en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, a attiré évidemment des avocats, mais également des chercheurs de l'Université Laval ainsi que des membres de la société civile qui s'intéressent aux questions liées à la violence des femmes. Le ministre des Affaires étrangères, Rob Nicholson, était également présent parmi la quarantaine de participants.

=> PRIX FIXÉS PAR L'EI POUR DES FILLES ET DES FEMMES CHRÉTIENNES ET YÉZIDIS 

  • Enfants de 1 à 9 ans (garçons et filles): 200 000 dinars (environ 150 $US)
  • Filles de 10 à 20 ans (appelées femmes): 150 000 dinars (environ 120 $US)
  • Femmes de 20 à 30 ans: 100 000 dinars (environ 80 $US)
  • Femmes de 30 à 40 ans: 75 000 dinars (environ 50 $US)
  • Femmes de 40 à 50 ans: 50 000 dinars (environ 40 $US)

Données fournies par le Bureau de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies sur la violence sexuelle commise en période de conflits

Sujet: Violence à l'encontre des femmes

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