Ebola : virus, biomédecine et sorciers

Où l'on voit que les mesures sanitaires chargées de lutter contre les épidémies de fièvre hémorragique à virus Ebola ne produisent pas seulement les effets escomptés et bouleversent les croyances des populations touchées.

Les contraintes sanitaires imposées par les autorités nationales et internationales lors d'épidémies de fièvres hémorragiques à virus Ebola, comme celles survenues au Congo dans la Cuvette ouest en 2003, conduisent, au sein des sociétés de chasseurs-cueilleurs-cultivateurs concernées, à « un profond bouleversement des rapports sociaux 'normaux', mais aussi des rapports avec l'écosystème naturel, biologique et fantasmagorique », assure Alain Epelboin.

Un système de prévention parfois contre-productif, à l'arrivée ?

« En tout état de cause, les mesures déployées (interdiction des déplacements, des rassemblements et des contacts physiques lors des salutations, modification des rituels mortuaires, ressources protéiques de base interdites ou suspectes, proscription des contacts physiques avec les patients et les cadavres...) vont à l'encontre des habitudes et des croyances », estime le même expert.

Et de poursuivre : « Les effets positifs des actions fondées exclusivement sur le modèle virologique, mais ignorant les modèles autochtones d'interprétation du malheur, ne sont pas directement perceptibles par la population.

Ils laissent ainsi le champ libre aux tenants des sciences africaines, à d'autres modèles d'interprétation de la maladie et à des usages sociaux très divers du malheur ».

Le modèle explicatif scientifique, pour ne pas dire « blanc », est perçu comme « un savoir parmi d'autres, en concurrence non seulement avec 'ignorance', mais avec les savoirs et les pouvoirs des sciences africaines et des livres révélés ».


Résultat :

Une situation quasi-schizophrénique où la cohabitation, entre ces systèmes de pensée vire parfois à l'affrontement meurtrier comme en février 2003, dans la Cuvette Ouest de la République du Congo (district de Kellé)

Quatre enseignants de la localité,accusés de se livrer à des pratiques 'mistik' (c'est-à-dire à des rites occultes dans l'objectif de tuer des personnes par sorcellerie, pour acquérir pouvoirs et richesses), des pratiques combinant culte rosicrucien1 et culte nzobi,ont été lynchés par une foule comprenant de nombreux élèves, excitée par les dénonciations de tradipraticiens locaux, et vraisemblablement par leurs adversaires politiques.

Les personnes massacrées étaient membres du PCT2, le parti quiavait gagné les dernières élections locales ! ».  Au-delà de croyances sincères, l'irruption du malheur est toujours l'occasion d'usages sociaux intéressés permettant à certains individus peu scrupuleux de préserver,d'acquérir ou de recouvrir un pouvoir politique, économique, religieux.

Autre exemple, ces hommes armés qui ont attaqué un centre d'isolement pour malades du virus Ebola à Monrovia, la capitale du Liberia, provoquant la fuite de 17 patients, a-t-on appris dimanche de sources concordantes. "Ils ont cassé les portes et ont pillé les lieux.

Les malades ont tous fui", a affirmé Rebecca Wesseh, un témoin de l'incident survenu dans la nuit de samedi à dimanche.

Ses propos ont été confirmés par des habitants et le secrétaire général des travailleurs de la santé au Liberia,George Williams.

Selon M. Williams, 29 malades d'Ebola étaient admis dans le centre, où ils suivaient des traitements préliminaires avant leur évacuation dans un hôpital. Une incertitude demeurait toutefois sur le nombre de patients en fuite.

 "Ils étaient tous testés positifs à l'Ebola", a-t-il affirmé.

Des jeunes, armés de gourdins sont entrés de force dans le lycée "Parmi ces 29 malades, 17 ont fui hier (lors de l'assaut).

Neuf sont morts il y a quatre jours et trois autres ont été hier (samedi) emmenés de force par leurs parents" vers une destination inconnue, a-t-il précisé.

"Mon fils a été emmené ici (dans le centre) il y a quatre jours. Chaque jour, je viens le voir et on me dit qu'il va bien. Ce matin, la sécurité m'a dit que je ne pouvais entrer parce que le camp avait été attaqué", a raconté un vieil homme, Fallah Boima, à l'AFP.

"Je ne sais pas où il est et je suis désorienté. Il ne m'a pas appelé depuis qu'il a quitté le centre. Toutes les infirmières sont parties. Est-ce que je saurai où se trouve mon fils ?", a-t-il ajouté.

1/ Le mot « Rose-Croix » désigne des associations à caractère ésotérique. D'où l'adjectif rosicrucien.
2/ Parti congolais du travail.

B.SOBKOWIAK

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EBOLA

EBOLA  Traitements Expérimentaux

"Où en sommes nous ?"

EBOLA:  C'est quoi le ZMapp, la molécule administrée aux deux Américains malades?

De nombreux espoirs reposent désormais sur cet anticorps monoclonal doté de fortes propriétés antivirales.

ZMapp ?  Il s'agit d'une molécule expérimentale anciennement appelée MB-003 propriété de Mapp Biopharmaceutical Inc., une société de San Diego.

* Elle a été développée dans le cadre d'un programme de recherche soutenu depuis dix ans par l'Armée Américaine.


ZMapp, traitement potentiel de l'infection par Ebola, n'avait encore jamais été testé sur l'homme.

Ses concepteurs-développeurs sont Larry Zeitlin et Kevin Whaley.

A savoir cet anticorps monoclonal «humanisé» est doté de propriétés antivirales de nature à conférer une protection contre l'infection par le virus Ebola.  

Il n'avait jusqu'à présent été testé que sur des animaux de laboratoire. 

18030.full.pdfVoir le rapport des essais 2012 ( en Anglais ) ici mis à disposition rédigé pour le compte du PNAS
( Proceeding of the National Academy of Science of the United States of America) une Agence fédérale qui dépend de la NAS, l'Academy des sciences Nationale Américaine.

Son principe actif est élaboré à partir d'un extrait du tabac (Nicotiana tabacum), une plante qui doit naturellement se défendre contre diverses infections virales. 

Après des essais relativement concluants chez quelques singes, les autorités sanitaires ont, urgence aidant, décidé de traiter avec le ZMapp le Dr Kent Brantly, médecin américain contaminé par le virus Ebola au Liberia et qui a été rapatrié dans hôpital d'Atlanta.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré aujourd'hui qu'elle statuerait sur la question d'éthique médicale la semaine prochaine quant à l'utilisation de médicaments expérimentaux dans l'épidémie d'Ebola Afrique de l'Ouest, suite aux questions soulevées par l'utilisation d'un médicament fabriqué aux États-Unis sans licence sur deux volontaires médicaux américains qui avaient contracté la maladie mortelle au Libéria.

L'état des deux travailleurs, Keith Brantly, MD et Nancy Writebol, c'est amélioré après avoir été traités au ZMapp, un mélange de trois anticorps monoclonaux fabriqué par Mapp Biopharmaceuticals de San Diego.

Le traitement des deux agents de santé  a soulevé des questions sur l'utilisation de médicaments jamais  testés et les dangers sur les personnes traitées ainsi que de la disponibilité de ce type de produit compte tenu de la quantité très limitée disponible ,de plus  s'il est utilisé, qui doit le recevoir,  a déclaré l'OMS dans un communiqué.

"Nous sommes dans une situation inhabituelle face à cette épidémie, nous avons une maladie avec un taux de létalité élevé sans vaccin, ni traitement « éprouvé » , « Nous devons nous poser des questions d'éthique médicale sur ce qui est responsable de faire » Dr Marie-Paule Kieny, assistant directeur général de l'OMS.

La mobilisation pour l'Afrique de l'ouest  fait suite à la publication d'un article dans lequel trois experts de premier plan des maladies infectieuses à l'échelle internationale ont affirmé que les pays africains touchés par le virus Ebola devraient avoir accès à des médicaments expérimentaux ou des vaccins. Ils ont appelé l'OMS pour à engager des efforts pour cela.

L'article, publié dans le Wall Street Journal, a été écrit par Jeremy Farrar, Ph.d, directeur de la Fondation Wellcome Trust ; David Heymann, MD, directeur du Centre Chatham House sur la sécurité sanitaire mondiale ; et Peter Piot, MD, PhD, directeur de la London School of Hygiene and Tropical Medicine.

Notant l'utilisation d'un médicament non éprouvée pour les deux américains, les experts ont écrit, « Il est fort probable que si Ebola se répand maintenant dans les pays occidentaux, les autorités de santé publique donneraient aux patients infectés accès à des médicaments expérimentaux ou des vaccins ».

Les pays africains où les flambées actuelles d'Ebola se produisent devraient avoir la même possibilité,  les  3 experts disent que  les gouvernements africains devraient pouvoir prendre la décision éclairée ou non d'utiliser ces produits, par exemple pour protéger et traiter les agents de santé qui courent des risques particulièrement élevés d'infection. »

Ils ont ajouté que l'OMS pourrait aider les pays africains à élaborer des « protocoles rigoureux » à l'usage et à l'étude des médicaments expérimentaux et des vaccins, tout en coordonnant les mesures de confinement traditionnel, comme  seul organe d'autorité internationale, elle doit prendre ce rôle de leadership.

Les nouveaux médicaments doivent généralement ne pas être utilisés sans essai de sécurité, mais face à l'épidémie d'Ebola, l'OMS et les agences médicales occidentales devraient aider les gouvernements à peser les risques et les avantages d'un déploiement limité dans les meilleurs délais à ceux qui en ont le plus besoin", prétendent les 3 experts.

Le traitement des deux américains a également soulevé des questions dans les pays africains touchés, selon les
médias.

La ministre de la santé  du Libéria, Tolbert Nyenswah, a déclaré à Newsweek, « Vous avez dit il n'y n'avait aucun remède pour le virus d'Ebola, mais les Américains sont guérir? »"

Dans le Washington Post dans un article d'opinion l'éthicien médical Arthur_CaplanArthur L. Caplan, dit qu'il n'y a aucune politique publique réglée sur "accès compassionnel" à des médicaments expérimentaux qui sont chers et très rares.

Caplan, directeur de la Division de l'éthique médicale du New York University Langonais Medical Center département de santé de la Population, observe que les inconnues sur ZMapp et d'autres médicaments pour Ebola sont nombreuses.

Le ZMapp semblait efficace sur quelques singes qui avaient été infectés en moins de 48 heures, écrit-il, mais chez l'homme, personne ne sait la posologie à donner, à quelle fréquence et quels autres problèmes médicaux préexistants sont susceptibles d'influencer son efficacité.

Avec un médicament non testé, il y a toujours une chance que vous tuiez le premier sujet humain qui aurait pu peut être survivre sans.

Caplan dit aussi : « il n'y a pas de règles pour qu'une personne malade demande un accès compassionnel à un médicament expérimental. Il est entendu que les décisions concernant l'accès résident davantage dans les mains des fabricants de médicaments que dans celles de ceux qui veulent être soignés. Les malades peuvent se demander si un médicament sans licence vaut bien le risque, écrit-il, « mais une société peut encore retenir la mise sur le marché d'un médicament de peur qu'il échoue et qu'il réduise en cela l'intérêt des investisseurs. » Il conclut qu'une des leçons à retenir de l'épidémie d'Ebola est que « c'est long d'avoir une politique publique transparente sur ce qu'il faut faire quand tout le monde n'a pas la même chance de vivre.

Plusieurs médicaments et vaccins sont en phase de développement, dans le même temps, un rapport de questions-réponses, publié hier par le Centre Disease Control and Prevention (CDC) indique clairement qu'il y a plusieurs virus Ebola donc plusieurs médicaments et vaccins en développement.

Le rapport cite quatre médicaments (y compris les ZMapp) et cinq vaccins.

La CDC et Mapp, le créateur de ZMapp, notent que se prépare un essai clinique de phase 1 de la molécule, mais qu'une très faible quantité de molécule a été produite et qu'elle ne peut  être achetée.

D'autres entreprises travaillent sur des médicaments pour Ebola, indique le même rapport, Tekmira et BioCryst, qui ont des fonds provenant du ministère de la défense (DoD) pour des produits se trouvant dans les premiers stades d'essai. En outre, BioCryst a le soutien du National Institutes of Health (NIH) pour un autre médicament pour Ebola, qui sera en phase de démarrage d'essai clinique dans le courant de cette année.

Comme pour les vaccins, le NIH prévoit de lancer la phase 1 du processus d'essai cet automne. En outre, Crucell développe un vaccin contre le virus Ebola et Marburg avec l'appui du NIH et Profectus. BioSciences a une aide du NIH pour un autre vaccin de virus d'Ebola.

De plus, le NIH et l'Université Thomas Jefferson collaborent sur un vaccin contre le virus Ebola basé sur un vaccin contre la rage et NewLink (NewLink génétique)  développe un autre vaccin avec l'appui du DoD.

B.SOBKOWIAK