Souris et Serpents ne s'entendent pas

Joyeuse insouciance

Fébrilement, un groupe de jeunes adolescents sort du Lycée, jetant brutalement sur le sol en riant aux éclats leurs sacs de cours de marque tandis qu'un attroupement se constitue, ils extirpent sans ménagement de leur poche révolver leur smartphone dernière génération, siglé d'un logo à demi croqué.

Chacun d'entre eux avec dextérité, des deux pouces consulte les derniers potins en vogue et se mettent à piailler lorsqu'ils tombent sur le dernier selfie qu'ils viennent de photographier sans se soucier qu'ils ont entre leurs doigts des gouttes épaisses de sang frais qui dégoulinent et se transforment en une flaque gluante, qui se répand sous leurs baskets. Autour d'eux tout semble paisible et pourtant cette flaque qui dessine des arabesques sinueuses, s'enfonce lentement par les interstices du macadam.

Ce « goutte à goutte » se mêle à la terre, puis se fraie un chemin vers la roche mère, atteint le centre du monde ou feu et sang se dilate de nouveau, pour soudre au fond d'un puit de terre tel un geyser sanguinolant et noirâtre puis couler comme lave, du côté sombre au sommet d'une montagne ou plus un oiseau ne chante, où  la hache du bucheron s'est  acharnée sur les derniers grands arbres de la forêt primaire.  

Sous la roche de mère planète

Une main dans un l'obscurité du trou s'acharne avec une pelle de chantier émoussée à creuser depuis l'aube jusqu'au soir.Ses yeux exorbités aux prunelles noires sont fixés sur le labeur, seule une lampe à pétrole éclaire comme un feu follet une cornée blanche comme de l'albâtre.

Sur son corps décharné mais noueux se détachent des traces blanchâtres qui ressemblent à un tee shirt déchiré, difficile de percevoir les maculas noires tant sa peau brille de sueur froide et blanche.

La peur à chaque pelleté, le sol tremble, les étais en bois de fortune vacillent à chaque pas, il est seul au monde, personne ne lui viendra en aide si tout s'effondre. Là-haut la pluie équatoriale s'est mise à marteler la gadoue et les alluvions toxiques se déversent sur son dos courbé, douloureux ; Il a peine à distinguer clairement son environnement, il est saisi de tremblements qu'il ne peut réfréner, sur ses mains calleuses des crevasses et sur ses bras des rougeurs lui font atrocement mal, mais il continue comme un forçat qui se serait lui-même enfermé dans sa cangue de terre, son cercueil sans linceul. 

La pluie redouble d'intensité, le bruit d'une cascade en furie, un flot de latérite plonge dans le trou qui devient vasière, il n'a pas de bottes, pas de gants, pas de masque, ses pieds nus s'enfoncent jusqu'aux genoux, ses forces le quittent et il ne sait pas s'il aura la force de remonter sur cette échelle de bois et de corde qu'il distingue à plus de trente mètres au-dessus de lui, juste le temps d'apercevoir la pluie qui tombe drue et la purée toxique qui l'étreint à la gorge.

Cela fera bientôt un an qu'il a quitté son village et son carré potager dévasté par les coulées de boues, la rendant infertile. Il sait que là-haut ses amis, son oncle tente de continuer mais il n'y plus guère d'espoirs de récolte.

Et puis les éléphants ont fait le reste, piétinant les parcelles derrière le terrain qu'il a placé à l'orée de la forêt pour le maigre humus. Fou de rage, les éléphants sont sortis de leur réserve, par manque de nourriture et déjà plusieurs de ses camarades ont été piétinés par les mastodontes. Les réserves sont à sec et les personnels sont insuffisants, déjà six mois qu'ils n'ont pas été rémunérés.

Un cri du ciel vient le réveiller de sa torpeur, c'est la femme twangaise qui est en charge de remonter les paniers de terre, et puis enfin, elle ira laver et peut-être trouver de quoi se nourrir.

Les yeux brouillés par les poussières mortelles, il aperçoit Manuella avec ses deux enfants de dix et quatorze ans environ et il peut aussi voir le visage crispé de la femme, remontant lentement le panier tout en remettant en place, le bébé de quelques mois, enlacé dans son dos par un tissu sans couleurs sinon celle de cette terre rouge sang et blanc séché, que le creuseur Alphonse Likouala a aussi dans les yeux tout comme cette femme dont le fardeau ne fait que commencer.

La pluie s'est arrêtée comme si elle n'avait jamais existé et le silence, malgré le halage et les ânonnements de Manuella, ne cache pas sa toux perpétuelle, ses crachements de sang vermillon engoncée dans son pauvre corps squelettique de jeune femme qui ne ressemble plus qu'à un spectre et l'ombre d'elle-même.

Les promesses de gains faciles se sont évanouis avec sa jeunesse perdue, et désormais, ces enfants issus de pères de fortune sont sa seule richesse. Violée, battue et humiliée, elle a survécu à l'enfer vert et constaté chaque jour les coulées de boues et la mort de ses infortunées compagnes de souffrance.

Son corps n'est que désespérance et de souffrance, si jeune elle ne peut plus que marcher le dos courbé et tenter de tenir droit son panier.

Elle s'affaiblit chaque jour, ne comprenant pas les signaux alarmants de son corps, mais elle a entendu vaguement parler autour d'elle d'un mal qui ronge, d'un mal que l'on peut atténuer par des cachets, mais si elle en a bien entr'aperçu, le prix à payer lui était impossible.

Sans repère, sans éducation elle ne savait pas encore que ces produits étaient gratuits, des hommes et des femmes sont venus un jour lui en parler, mais faire dix-sept kilomètres, c'était pour elle, le bout du monde, d'un monde où elle n'avait pas sa place, surtout en travaillant sur une mine artisanale clandestine, les centres sanitaires semblaient toujours avoir trop de travail pour s'occuper d'elle. Il y avait bien des centres communautaires de santé, mais les médicaments la rendaient malade et elle vomissait ses tripes et ne revenait plus.

Conciliabule 

Au Cinquantième étage[1] de la « One World Trade Center », vue resplendissante de l'ile de Manhattan, la climatisation ronronne sourdement et les lumières sont tamisées, là autour d'une table en essence précieuse en « wengé » dont on pourrait y plonger son regard comme une glace vénitienne, des hommes sérieux, costume Armani et cravate de soie, font face à d'élégante femmes d'affaires, quelques autres plus en retrait, ont cette attitude servile que l'on retrouve chez certains avocats d'affaires.

Ils s'affairent autour d'un appareil de vidéo conférence ; Sur l'écran, d'autres hommes richement vêtus de costumes sombres et éclatants.

Ils se trouvent pourtant, à dix mille deux cent soixante kilomètres les uns des autres ; une rencontre insolite entre des personnes dont les intérêts sont communs, les uns représentent discrètement les intérêts supérieurs de leurs états, ceux qui développent les technologies avancées de demain, les autres représentent de grandes marques électroniques bien connues sur l'ensemble de la planète. Leur enthousiasme est visible, les affaires marchent bien mais il leur faut trouver des solutions concernant la meilleure manière de contourner la loi Dodd-Frank[2] qui surenchérit les couts des minerais.

Dans ce monde ci, tout est minerais, que ce soit les blocs de viandes, de terres rares ou de lingots d'or.

Il faut assouvir la soif des populations asservie par l'obésité consumériste et qui en demande toujours plus pour accroitre leur productivité pour maintenir leur "struggle for life" à tout prix, jusqu'à l'oubli.

Et pourtant, à des milliers de milles, des millions de personnes insouciantes, bénéficient des avantages des nouvelles technologies, sans se préoccuper de la manière dont elles sont fabriquées.

L'objet de la discussion devrait pourtant, porter sur leur part de responsabilité sociale dans l'extraction des matières premières qui rendent leurs produits si lucratifs ; Mais comment alimenter en bas de la métropole, dans la cinquième avenue, l'écoulement des produits technologiques de pointes qui regorgent  dans les vitrines des boutiques chics. Comment, faire rouler nos véhicules hybrides munies de batteries lithium-ion qui alimentent le commerce mondial du cobalt. Comment alimenter le marché mondial de l'or, du Coltran et de l'étain et surtout comment contourner la quadrature du cercle en contrôlant les chaînes d'approvisionnement.

Comment  trouver des parade, des prête-noms pour contourner ce que personne ne veut entendre à savoir ignorer les contrastent terrifiants, avec les enfants et des femmes, ployant sous les sacs de roches et les mineurs s'affairant dans les étroits tunnels qu'ils ont creusés, exposés au risque de contracter des affections pulmonaires permanentes ( IRA), de cancers, de silicose, de maladie dermatologiques invalidantes, de destructions des systèmes immunitaires, de  retards intellectuelles et de malformations infantiles, d'affections neurologiques irréversibles et cela, dans un cortège funèbre,  dans un cortège funeste.

Tandis qu'à Manhattan, à Lugano, à Paris, à Ottawa, Pékin, les mêmes réunions sont assurées par des négociants qui achètent le cobalt extrait dans des zones où  travaillent des enfants et le vendent à la Congo Dongfang Mining (CDM), filiale détenue à 100 % par le géant chinois de l'exploitation minière Zhejiang Huayou Cobalt Ltd (Huayou Cobalt). Huayou Cobalt et sa filiale CDM traitent le cobalt, avant de le vendre à trois fabricants de composants de batteries en Chine et en Corée du Sud.

À leur tour, ceux-ci vendent leurs composants à des fabricants de batteries qui affirment fournir des entreprises du secteur de la technologie et de l'automobile, notamment Apple, Microsoft, Samsung, Sony, Daimler et Volkswagen.

C'est le grand paradoxe de l'ère numérique : des entreprises parmi les plus florissantes et innovantes du monde sont capables de commercialiser des produits incroyablement sophistiqués sans être tenues de révéler où elles se procurent les matières premières incluses dans leurs composants ; Les violations des droits humains perpétrées dans les mines demeurent hors de la vue et des « consciences « : en effet, sur le marché mondialisé, les consommateurs n'ont aucune idée des conditions de travail dans les mines, les usines et les chaînes de montage.

Sur les puits de mines, situées à des lieux de toute vie, isolés, des hommes, des femmes et des enfants travaillent de manières forcées, à l'instar des   Seringueiros au Brésil, les ouvriers chargés de la collecte du latex, lesquels attirés autrefois par la chance de sortir de la misère, se retrouvèrent à mourir à la tâche, ne pouvant rembourser les négociants et les promoteurs, des avances qui leur étaient consenties dès leur arrivée, ce qui en faisait des esclaves.

Des enfants travaillent jusqu'à 12 heures par jour dans les mines, transportant de lourdes charges, pour gagner entre un et deux dollars par jour. Selon l'UNICEF, en 2014, environ 40 000 enfants travaillaient dans les mines dans le sud de la RDC, dont beaucoup dans des mines de cobalt.Joseph, orphelin de 14 ans, a commencé à travailler dans les mines à l'âge de 8 ans passant 24 heures d'affilée dans les tunnels. Arrivant le matin et repartant le lendemain matin, et ce, dans des conditions d'hygiène abominable et inhumaine, devant patauger dans les tunnels et dans les excréments des autres, et les siens.

Pour lui point de salut, point d'école, il doit être à la mine sous peine de représailles.

Les risques pour la santé et la sécurité, l'extraction minière est l'une des pires formes de travail des enfants. Comment des entreprises dont les profits à l'échelle mondiale se montent à 125 milliards de dollars (115 milliards d'euros) osent-elles affirmer qu'elles sont incapables de vérifier d'où proviennent des minerais essentiels à leur production ?

Dans l'hypocrisie la plus brutale, il est avéré que la plupart de ces multinationales assurent théoriquement, appliquer nune politique de tolérance zéro s'agissant du travail des enfants.

Pourtant, ce ne sont que des paroles de rois de Prusse, puisqu'elles ne se renseignent pas sur leurs fournisseurs. Leurs déclarations n'ont aucune crédibilité ; « Tant que les entreprises ne seront pas tenues légalement de contrôler la provenance des minerais et leurs fournisseurs et de rendre ces informations publiques, elles continueront de tirer profit de violations des droits humains. Les gouvernements doivent en finir avec ce manque de transparence, qui permet aux entreprises de tirer profit de la misère. »

« Et voilà pourquoi on meurt, les uns ensevelis dans des puits de mine artisanales sous une couche de terre gluantes et d'autres mourront aussi, mais dans l'opulence noyés sous l'argent amassé, l'argent du sang et des larmes sèches »

Les entreprises multinationales et les intermédiaires et négociants dans la filière d'approvisionnement du cobalt ne prennent pas en compte les risques en termes de droits humains liés à leurs activités, en effet, le marché mondial du cobalt n'est pas réglementé. Le cobalt n'entre pas dans la catégorie des « minerais du conflit » réglementés aux États-Unis - à savoir l'or, le coltan/tantale, l'étain et le tungstène - en provenance des mines de la RDC.

Sur les pas du sentier de la colline noire

Nos pas nous amènent sur les pans sinueux d'un sentier de boue ou l'on a peine à rouler avec notre Kumbakumba[3]  vers une autre mine artisanale ou plus de treize mille personnes travaillent en promiscuité, sur la recherche d'or, situé dans la région des grands lacs au Sud-Kivu.

Le creuseur de cobalt, nous accompagne. Au détours d'un bois dont le vert foncé semble faire place à une forêt rouge pétrifiée sur laquelle des fruits bleus et blancs se balancent sur les branches, qui ne sont que des sacs en plastiques déchiquetés.

Nous arrivons au camps dortoir, qui est un enchevêtrement de toiles de tentes, de cases informes de tôles rouillées et de palmes séchées pour certaines. L'eau ruisselle emportant avec elle des immondices charriées par des canaux sinueux qui entre par les orifices et s'immiscent dans les masures de fortunes.

Devant les cases des fumées s'échappent, est-ce de la cuisine ? ou de l'incinération de mercure, nul ne le sait vraiment, et pourtant les émanations s'insinuent partout et les enfants qui jouent sur le sol de boues sèches qui tourbillonnent dans l'air moisie et se mettent comme tous et toutes à respirer les gaz toxiques qui distribueront la mort à brèves et à longues échéances.

Hommes, Femmes enfants travaillent dans ce secteur utilisent du mercure pour extraire l'or du minerai. Ils moulent et écrasent le minerai en un mélange sableux, puis ajoutent le mercure, qui se lie à l'or, créant un amalgame.

Ils brûlent ensuite l'amalgame pour évaporer le mercure et séparer l'or. Bien qu'il existe d'autres méthodes pour extraire l'or du minerai, le mercure est peu coûteux, facile d'accès et facile à utiliser.

Dans les mines d'or artisanales, les enfants sont souvent appelés à travailler avec le mercure, car cela est considéré comme un travail plus facile pour les enfants en bas âge.Pratiquement tout le mercure qui est utilisé dans l'exploitation minière artisanale est libéré dans l'air, les rivières et le sol, ce qui représente un risque grave pour la santé des adultes et des enfants qui travaillent dans les mines, des communautés vivant à proximité des mines.

Bien que les dégâts causés par le mercure dans l'exploitation minière artisanale constituent un problème partout dans le monde, les gouvernements ont peu fait pour protéger les personnes travaillant dans les mines, notamment les enfants, contre les préjudices de l'exposition au mercure.

Les systèmes de santé des pays africains (PNDS) ne produisent pas assez de données particulières sur les problèmes de santé des miniers, et celles qui touchent les enfants, les femmes et les hommes qui travaillent souvent clandestinement dans ce secteur. Des efforts assez considérables ont été mise en œuvre par les autorités sanitaires mais ils couvrent des populations hétérogènes, à la fois des communautés villageoises mais également les indigents ou des migrants en situation illégales ;

Selon les possibilités et les moyens de déplacements, le système provincial de santé doit à la fois s'occuper, dans le cadre des Zones de santé et des Aires de Santé, des pathologies transmissibles et non transmissibles, de la protection maternelle et infantiles, de la lutte contre le VIH /SIDA et des IRA.

Mais, le système de santé doit aussi, avec des moyens dérisoires, se préoccuper de toutes les populations de travailleurs des mines artisanales, potentiellement isolées et impactés par des pathologies impossibles à traiter sur place. 

Insignifiance coupable

Dans une banlieue de la petite couronne de Paris, un incident de la vie courante  vient de se produire, une père de famille  vient de faire tomber l'ampoule basse consommation qu'il voulait visser , il n'a pas été informé de manière suffisante sur les dangers que recèlent les quelques 3 microgrammes de mercure de cette ampoule,  aussi, décide-t-il de laisser ses enfants et son épouse dans la pièce ou mercure se diffuse , pire il décide de ne pas aérer sa maison  et  passe naturellement l'aspirateur, aussi se contamine-t-il  durant plusieurs heures ; bien évidemment des troubles neurologiques peuvent apparaitre à une exposition prolongées à des teneurs minimales de 15 à 30 microgrammes (µg) par m3.

Compte tenu de la marge de sécurité et de la prise en compte des incertitudes de chaque individu aux effets du mercure, la valeur à ne pas dépasser actuellement considérées comme sûres varient de 0,05 à 2 µg/m3.

Ce que ne sait pas l'homme qui a cassé l'ampoule, c'est que son exposition au mercure est quatre-vingt moindre que la dose auquel est exposé notre creuseur sur sa colline dans la zone des grands Lacs, en République démocratique du Congo, à la recherche de la roche mère au fond de son puit, au fond de sa tombe.

Sur le morne Rouge

Arrivée au sommet de la colline, Brigitte distingue le fourmillement des gens qui gravissent la colline et en descendent jusqu'à la rivière turbide. Elle peut distinguer un groupe d'enfants qui s'ébat dans l'eau rouge, totalement insouciants.

Ils se trempent dans une eau empoisonnée et les rires dissimulent sous le soleil, l'ombre de la fièvre et de la mort.

L'avenir est incertain, mais ici la vie n'a pas de sens pour les autres car même si certains d'entre eux n'ignorent rien du danger, que peuvent-ils faire, car cette eau- ci,  ils s'en abreuvent, l'utilisent pour la cuisson et le lavage de leurs habits contaminés. 

Les associations et parfois certains majors de santé passent pour leur dire que c'est bien dangereux, mais eux savent bien que c'est la main du destin, l'homme médecine de la forêt, parfois les guéri parfois les laissent pour mort alors qu'ils sont encore vivants la bouche ensanglantée dans la terre, le souffle court, édentés, et tous alors, s'écartent de sa personne, pour ne pas se faire attraper les pieds par la mort qui rôde autour de lui.

Elle y découvre un visage familier Ursula, c'est une amie d'enfance, du temps ou au village, il y avait une école et un maître.

Ursula est comme bien d'autres et participent à toutes les tâches liées à l'exploitation artisanale de l'or en tant que Twangaise (pileuse), ou bizalu (récupération des déchets de sable, broyage par les twangaises qui lavent le sables à nouveau et vendent l'or qu'elle y soutire ), laveuse de sable aussi. Tout cela sous le regard des PDG ou souteneuse parfois représenté par leur homme de confiance, car les femmes ne sont pas les bienvenues par les creuseurs.

Plus loin Brigitte voit le défilé des transporteuses de sable et de pierres du site d'extraction au site de broyage, de loin est peut voir les traits de fatigues et la douleurs des dos, palpables.

Sur un promontoire, une payotte semble détonner dans le paysage, une file d'hommes débraillés  se disputent la première place devant deux autres hommes bien sapés, ce sont des négociants informels, ils semblent très concentrés autour d'une petite balance à fléau qu'ils manipulent avec délicatesse en mettant quelques pièces et quelques allumettes d'un côté, l'or de l'autre, personne ne semble vraiment d'accord avec ces hommes, mais décident de tendre la main pour quelques billets bien que  chacun ici sait que les pièces sont légèrement truquées et  que le cour du métal précieux n'est pas réellement le bon.

Un peu à l'écart, quelques hommes en treillis kaki devisent en riant de leurs dents blanches et en fumant, sans quitter du regard les opérations de pesage, certains ont des uniformes réglementaires tandis que d'autres portent des vêtements plus hétéroclites, mais chacun d'entre eux, porte en bandoulière une antique kalachnikov, le canon à la vertical et la main sur la gâchette. Il suffirait d'un rien pour qu'une salve se déclenche, par inadvertance.

Dans cette cours des miracles, dieu est absent et détourne son regard d'un œil pudique, ici, la loi n'est pas de ce monde.

Soudain , le croassement des crapauds buffles  s'amplifie avec la nuit qui tombe comme un  voile de jais sur cette terre de viscères ,  la nuit prend ses distances avec le jour, et dans cette oppressante noirceur, l'on y entend encore très distinctement les  coups sourds  des pioches sur la roche et la terre,  car ici, dans ce monstrueux morne aux cratères lunaires, des hommes et des femmes continuent leur incessant ballet  funèbre, ils creuseront ainsi toute la nuit dans la lueur d'une lampe à pétrole. 

Ursula et Brigitte se retrouvent l'une et l'autre devant une pauvre masure délabrée, elles ne peuvent pas y entrer car la compagne d'Ursula n'est pas seule, quelques hommes font la queue, les yeux avinés et jaunes, chacun besogne, paie puis sort. Aucune autre voie de sortie, c'est le prix de la richesse, elle vient ou s'échappe, c'est une maitresse traitresse.

Sur un foyer de fortune, les deux amies   cuisent pour l'occasion un peu de riz et d'eau issue du petit ruisseau gluant et contaminé, quelques tranches du bâton de manioc translucide enveloppé dans une feuille de mikungu  et un poisson séché  que Brigitte vient d'offrir à sa consœur, avec ce repas festif , un  peu d'eau tiré d'un point d'eau ramené pour l'occasion dans un jerrycan coupé en deux.

Ursula, lui raconte les dernières nouvelles  depuis qu'elle se sont rencontrées au Centre de santé communautaire, le mois dernier , surtout le dernier éboulement dans le puit creusé par les hommes d'Eusèbe,  c'était il y a déjà quinze jours, six hommes qui creusaient  ensembles, ont heurtés avec leurs pioches une grosse poutre vermoulue qui a cédée sous le poids de la terre,  ils ont été ensevelis ma chèresi loin que  les autres creuseurs  ont tenté de les en  sortir, un rire taquin et fataliste, s'élève dans la nuit d'encre,  oui,  c'est un autre coup de pioche sur la main d'Eusèbe qu'ils les ont découverts presque par hasard,  mais ils  étaient déjà morts ; Ce jour-là nous avons  fait un retrait de deuil et  nous avons beaucoup bu de bière.

Nous avons eu beaucoup de mal pour les transporter jusqu'au village, et ils ont été enterrés très viteEt puis Pierrette a bien accouchée, mais tu sais, elle a  demandée à la mère accoucheuse de venir, et malheureusement, le bébé est mort-né , Pierrette est décédée dans la nuit.

Les agents de santé ont été averti, mais comme il était déjà trop tard, ils ont ramené l'enfant et la maman, le chef du village ne voulait pas s'en occuper car Pierrette était une clandestine.Les gens du centre de santé, ils nous ont donnés beaucoup de paroles et des lots de préservatifs, mais ils n'avaient plus de médicaments pour le palu. Brigitte, lui demanda si elle avait reçue des médicaments pour les déchirures de son corps et de ses mains, qui tombent comme des lambeaux de chaires mortes, « non », lui répliqua Ursula, « en fait, ils ne savent ce que j'ai et m'ont expliqué qu'il faudrait aller à l'hôpital provincial, il parait que c'est gratuit, ma pauvre Brigitte, moi, je ne comprends pas , parce que ici,  c'est le dépôt qui vend les médicaments et  très chers en plus. »

 Très loin, sur la colline de Sangé

« C'est par là » , dit le transporteur, en montrant du doigt un point sur la colline, « mais je ne peux plus rouler, il vous faudra marcher maintenant, la piste est trop défoncée et le pont en bois s'est effondré la semaine dernière » ; A l'arrière de la voiture qui cahotait  jusqu'à présent, semblant vouloir rendre l'âme à chaque kilomètre, deux hommes  se parlent, l'un encore jeune et l'autre, cheveux gris mais dans ses yeux, semble bruler une  flamme vivace ,« Puisqu'il faut marcher » lui dit le vieux, « alors marchons mon cher Thimoté »,

Le vieux, cela fait plus de quarante ans qu'il n'était pas revenu chez lui, interdit de séjour, c'est la première fois qu'il peut fouler la terre de ses ancêtres, aller dans son village. Il a été de tous les combats, et enfin, il peut venir se rendre compte de la situation. Ses cheveux argentés lui donnent une apparence de sage et de père.

Il monte, le chemin escarpé de la colline et plonge ses bottes dans les ornières, il  est fatigué  mais il a soif de comprendre. Arrivé au sommet de la montagne, le vert des arbres millénaires laisse place à un paysage rouge et purulent, et là il découvre des hommes, des femmes et des enfants tous agglutinés autour de puits de mines.

Il voit les hommes en armes et les acheteurs, il voit ce peuple décharné qui se meurt et en voyant cela, il n'a plus besoin de mot pour comprendre qu'il faut changer ce monde ci, il écoute souvent le vent lui parler et qui aujourd'hui, lui susurre en chuintant ; « Zuki !»« réveille-toi !». Le vieux ne croit pas aux miracles, mais il sait désormais comment écrire la table des lois et du droit qui font défaut à ce peuple.

Une nouvelle alliance est alors scellée entre le vieux et le peuple oublié et humilié. Désormais il faudra tailler puis graver dans cette roche mère les nouveaux termes de la loi.

José manuel BOUDEY

[1]  Le continent africain compte cinquante états

[2] En 2010, une loihistorique a été adoptée par le Congrès américain ; elle exige que les sociétéscotées en bourse aux États-Unis déterminent si leurs produits contiennent un ouplusieurs de ces quatre minerais - l'étain, le tantale, le tungstène et l'or -provenant de la RDC ou de l'un de ses neuf pays limitrophes. La Section 1502 dela loi américaine Dodd Frank, connue sous le nom de disposition sur lesminerais des conflits, est le premier texte de loi visant à briser les liensentre le commerce lucratif des minerais de l'est du Congo et les groupes armésauteurs d'exactions. Elle oblige les sociétés cotées en bourse aux États-Unisqui croient s'approvisionner en matières provenant de cette région d'opérer descontrôles sur leurs chaînes d'approvisionnement, c'est-à-dire d'exercer undevoir de diligence, afin de déterminer si leurs achats de minerais ontbénéficié à des groupes armés impliqués dans des exactions.

Les entreprises doivent alors soumettre un rapport public à l'organisme américainde réglementation des marchés financiers, la Security and Exchange Commission(SEC), à propos des mesures qu'elles ont prises. Cette Loi équilibrée sembleêtre abrogé par la président Trump, tandis que les mineurs artisanaux ,semblent  mécontent de cette loi car ilssont obligés de vendre aux intermédiaires officielles et officieux moins chersqu'avec des clients ou négociants hors système. Le Gouvernement centrale de laRCD  quant à lui est contre cetteabrogation. 

[3] Transporteur

 

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