'L'élite turque laïque lassée par le régime du président Erdogan n'a pas d'autre choix que de quitter le pays'

14/11/2014 07:18

© Marina Schiettecatte

De plus en plus de Turcs appartenant à l'élite laïque du pays fuient le régime du président turc Erdogan, rapporte le site Worldcrunch, qui tient cette information du journal turc Radikal. Ils partent chercher d'autres opportunités à l'étranger.

Suat Kiniklioglu du journal Radikal rapporte qu'au cours d'un déjeuner à Washington, l'un de ses interlocuteurs, qui travaille pour un think tank, lui a demandé ce qui se passait en Turquie : « Chaque jour, des gens biens nous demandent quelles sont les opportunités pour travailler aux États-Unis ou simplement pour partir y vivre ».

De plus en plus de gens instruits, des médecins, des ingénieurs et des universitaires, en ont assez de  l'autoritarisme croissant du régime turc. Pour eux, l'exode est la seule option, explique-t-il.

Les employés des multinationales turques tentent donc d'obtenir leur mutation dans un bureau à l'étranger. Les Turcs riches envisagent d'investir ou de démarrer une entreprise à l'étranger.

D'autres achètent des propriétés à l'étranger pour acquérir un visa de résidence dans un autre pays. Beaucoup de travailleurs turcs cherchent également à signer des contrats de travail temporaire pour des missions à l'étranger, espérant qu'ils pourront trouver un emploi permanent dans leur pays d'accueil par la suite.

Ce sont surtout les « cols blancs » qui choisissent de quitter le pays.

Pas d'avenir en Turquie

Les Turcs qui ne sont pas partisans du Parti de la justice et du développement (AKP) du président Erdogan, ou ceux qui refusent la corruption, n'ont aucun avenir en Turquie, affirme Kiniklioglu.

Le système éducatif se dégrade continuellement, et les enfants ne peuvent plus recevoir une bonne éducation, même dans les écoles privées.

Leurs parents s'inquiètent des difficultés qu'ils risquent de rencontrer plus tard pour trouver du travail. Pour les adultes, ce n'est guère mieux. Les possibilités de mobilité sociale sont très minces.

Le pays a déjà connu une vague d'émigration, notamment entre 1970 et 1990. Mais au début du 21ème siècle, beaucoup de Turcs qui étaient partis ont réalisé qu'ils étaient plus heureux dans leur pays, d'autant que la crise avait commencé à toucher leur pays d'accueil, et ils ont décidé de revenir au pays.

Kiniklioglu juge que cette nouvelle vague d'émigration qui s'est accentuée sur les deux dernières années est essentiellement motivée par des raisons idéologiques.

Les détracteurs de l'AKP sont de plus en plus marginalisés dans un pays où la polarisation est de plus en plus grande entre ceux qui soutiennent le régime de plus en plus autoritaire et religieux du président, et leurs opposants.

« Cette hegira [exode en turc, ndlr] laïque est probablement vouée à se poursuivre », conclut le journaliste.