«Le monde a besoin de tendresse», lance le pape François

25/12/2014 09:06

Le pape François lors de la messe de... (Photo AFP)

Le pape François lors de la messe de Noël tenue dans la basilique Saint-Pierre.Photo AFP

Jean-Louis DE LA VAISSIERE Agence France-Presse CITÉ DU VATICAN

Le pape François célèbre jeudi la fête de Noël qui commémore la naissance de Jésus, en envoyant à 1,2 milliard de catholiques sa bénédiction «urbi et orbi», sur fond de guerres et de fondamentalisme religieux.C'est le deuxième Noël du pape argentin qui vient de fêter ses 78 ans et qui, écouté de certains non croyants et membres d'autres religions, jouit d'une popularité forte dans le monde entier.

À l'occasion de cette fête, la deuxième plus importante du calendrier chrétien après Pâques, il est de tradition que le chef de l'Église catholique s'adresse «à la ville et au monde» («urbi et orbi») et lance des appels pour remédier à des situations de guerre et d'injustice.

Ces appels sont retransmis par des télévisions du monde entier.

Le drame des chrétiens et des autres minorités religieuses persécutées au Moyen-Orient, notamment par l'organisation État islamique (EI), la guerre en Syrie, le conflit israélo-palestinien, seront certainement cités par François dans ces appels.

En Afrique, il devrait évoquer aussi la violence fondamentaliste qui ne cesse de s'étendre du Nigeria au Sahel, les autres conflits souvent oubliés, et les milliers de morts du virus Ebola.

Il pourrait demander aussi aux parties dans le conflit en Ukraine de ne plus céder à la violence.

Parmi les thèmes probables, le drame des migrants qui fuient la misère et sont victimes de passeurs, l'accueil des étrangers par les pays riches, la traite des personnes, les désastres naturels. François doit publier l'année prochaine une encyclique très attendue sur l'écologie et la préservation de la «création».

Généralement ces appels, prononcés en italien, sont brefs et le pape n'improvise pas. Soucieux de concision, il a mis fin à la tradition qui voulait qu'il lise dans plus de cent langues des voeux de «bon Noël».

«Le monde a besoin de tendresse»

Dans la nuit de mercredi à jeudi, lors de la traditionnelle et solennelle «messe de minuit» (célébrée cependant à partir de 21h30 locales), François avait demandé aux catholiques de répondre au «besoin de tendresse» des personnes en difficulté plutôt que d'offrir «des solutions impersonnelles et efficaces».

«Comme le monde a besoin de tendresse aujourd'hui! Avons-nous le courage d'accueillir avec tendresse les situations difficiles et les problèmes de celui qui est à côté de nous, ou bien préférons-nous les solutions impersonnelles, peut-être efficaces mais dépourvues de la chaleur de l'Évangile?», avait demandé le pape argentin, commentant dans une homélie l'Évangile de la Nativité.

Au Moyen-Orient, la fête de Noël a été endeuillée par la guerre et l'exode des chrétiens. À Bethléem, ville des territoires palestiniens et lieu de naissance du Christ selon la tradition, le climat de tensions exacerbées a fait fuir les pèlerins étrangers.

Ce Noël est particulièrement difficile pour les 150 000 chrétiens déplacés d'Irak, «à qui aucune solution rapide n'est proposée», a déclaré le patriarche chaldéen Louis Sako à l'AFP à Bagdad.

François, qui a adressé une longue lettre aux chrétiens d'Orient, les exhortant à la «persévérance», a aussi appelé mercredi personnellement certains d'entre eux dans un camp près d'Erbil, au Kurdistan irakien.

En Syrie, selon le nonce (ambassadeur) du Vatican Mario Zenari à Radio Vatican, les messes de minuit ont été anticipées dans l'après-midi de mercredi pour réduire les risques de violences.

Le pape a envoyé un vidéomessage aux Coréens, leur rappelant son voyage en août en Corée du Sud, et retransmis sur la chaîne sud-coréenne KBS: «la grande célébration en l'honneur des martyrs (catholiques aux XVIIIe et XIXe siècles en Corée), les rencontres avec les jeunes demeurent vives dans ma mémoire», a-t-il confié.

À Cuba, les célébrations de Noël, longtemps interdites par le régime, se déroulaient dans une atmosphère égayée par un cadeau anticipé: le rapprochement avec les États-Unis.

Appel à la paix à Jérusalem

Le patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, a appelé mercredi soir à la «paix à Jérusalem» et à la reconstruction de Gaza, ravagée cet été par une offensive israélienne meurtrière, lors de la messe de Noël à Bethléem, lieu de naissance du Christ selon la tradition.

Dans son homélie, la plus haute autorité catholique romaine en Terre sainte a estimé que «tous les fidèles --juifs, musulmans, chrétiens et druzes-- devraient vivre ensemble dans l'égalité et le respect mutuel», notamment à Jérusalem, où les tensions entre Palestiniens et Israéliens ont récemment atteint un niveau rarement égalé.

Alors que plusieurs attentats ont ensanglanté la Ville sainte, jusque dans une synagogue, et que de violents heurts ont éclaté sur l'Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l'islam, Mgr Twal a lancé: «Jérusalem a une vocation universelle à la paix et au bonheur. Appelez la paix sur Jérusalem.»

Dénonçant «un cercle vicieux de violence et de représailles» dans son homélie prononcée en arabe dans l'église Sainte-Catherine, contiguë à la Basilique de la Nativité, il a appelé à «reconstruire Gaza pour la troisième fois», après les 50 jours de conflit de l'été.

Au moment où débutaient mercredi matin les célébrations sur la place de la Mangeoire à Bethléem en Cisjordanie occupée, l'aviation israélienne a mené un raid sur Gaza et ses hommes ont abattu un combattant du Hamas après avoir essuyé des tirs.

Au-delà du conflit israélo-palestinien, le patriarche latin a également évoqué les violences à travers le Moyen-Orient, notamment en Syrie et en Irak où des groupes jihadistes multiplient les exactions. «En cette nuit de Noël, il ne suffit pas de parler de paix mais il faut surtout prier pour la paix», «pour la réconciliation du Moyen-Orient», «pour les réfugiés» et pour «les persécutés à cause de leur foi et de leur race», a-t-il encore dit.

Le patriarche a entamé son homélie par un message de bienvenue et un appel à «prier pour la paix en Terre sainte» prononcé en six langues, dont le français, l'anglais et l'italien. Dans l'assistance, le président palestinien Mahmoud Abbas avait fait, comme chaque année, le déplacement.