Afghanistan: Ashraf Ghani succède au président Karzaï

21/09/2014 16:16

Ashraf Ghani... (PHOTO MASSOUD HOSSAINI, AFP) 

Ashraf Ghani PHOTO MASSOUD HOSSAINI, AFP

Emal HAIDARY Agence France-Presse KABOUL

L'universitaire et économiste Ashraf Ghani a été déclaré dimanche vainqueur de l'élection présidentielle afghane, selon les résultats définitifs publiés par la commission électorale, après trois mois de contestations du scrutin par son rival malheureux Abdullah Abdullah.

M. Ghani, qui succèdera à Hamid Karzaï, a signé plus tôt dans la journée un accord de gouvernement d'union nationale avec M. Abdullah pour mettre fin au contentieux électoral qui opposait les deux hommes depuis le deuxième tour du 14 juin, marqué par de nombreuses fraudes.

Les deux hommes revendiquaient jusqu'ici chacun la victoire en accusant l'autre de fraudes, mais c'est Ashraf Ghani qui devrait selon des sources concordantes sortir vainqueur selon les résultats définitifs, issus du vaste audit des votes mené ces derniers mois sous la supervision de l'ONU.

Aux termes de l'accord signé dimanche, Abdullah Abdullah devrait désigner un de ses proches chef de l'exécutif ou se nommer lui-même à ce poste appelé à devenir «premier ministre exécutif» dans les deux ans.

Ce scénario signe l'échec d'un processus électoral marqué par de nombreuses fraudes selon les observateurs et qui aura échoué à imposer un résultat incontestable, forçant les deux candidats à négocier et signer un accord avant la publication de résultats définitifs qui resteront sujets à caution.

«Je suis heureux que nos frères Ghani et Abdullah aient conclu un accord pour le bien et la prospérité du pays», et «j'espère que leurs efforts apporteront une paix durable au pays», a réagi peu après M. Karzaï, à qui la Constitution interdisait de briguer un troisième mandat.

Abdullah Abdullah, ancien compagnon de route du commandant antisoviétique puis antitaliban Ahmad Shah Massoud, avait largement devancé M. Ghani au premier tour (45 % des voix contre 31,6 %) du 5 avril.

Mais juste après le second tour du 14 juin, il avait dénoncé des fraudes massives en faveur de M. Ghani, orchestrées selon lui par la commission électorale et M. Karzaï, redoublant ses accusations après le spectaculaire rebond de M. Ghani au second tour selon les résultats préliminaires.

L'accord tiendra-t-il?

Reste à voir désormais comment les deux camps rivaux pourront s'accorder de cette dualité des pouvoirs inédite depuis 2001, dans un pays où la constitution place la plupart des pouvoirs entre les mains du président.

«Il va y avoir deux pouvoirs au sein du gouvernement, à qui il va être très difficile de travailler ensemble», a prédit dimanche Sediq Mansoor Ansari, un analyste politique et directeur d'ONG afghane.

Les deux camps devront faire oublier ces mois de tensions qui ont réveillé des rivalités ethniques, notamment entre Tadjiks du Nord soutenant M. Abdullah et Pachtounes du Sud plutôt favorables à M. Ghani. Ces antagonismes avaient nourri la sanglante guerre civile des années 1990 et favorisé l'arrivée des talibans au pouvoir en 1996.

La sortie de crise pourrait permettre de débloquer rapidement un autre dossier: l'accord bilatéral de sécurité avec les États-Unis (BSA), que M. Ghani comme M. Abdullah se sont engagés à signer, contrairement à M. Karzaï, fâché avec Washington et qui a refusé de le faire.

La Maison-Blanche a aussitôt salué l'accord signé dimanche qui «va aider à mettre fin à la crise politique», et espéré qu'il permette de «conclure le BSA».

Dans le cadre du BSA, les Occidentaux souhaitent laisser en Afghanistan à partir de 2015 une force réduite de 12 000 hommes, en grande majorité américains, contre 41 000 aujourd'hui et plus de 150 000 au plus fort de leur présence en 2010, pour former et soutenir les forces afghanes face aux talibans, toujours menaçants à travers le pays.

Le nouveau gouvernement aura la délicate tâche de stabiliser et sécuriser le pays, l'un des plus pauvres du monde, et relancer son économie au moment où l'aide internationale commence à se tarir.

Il pourrait tenter de relancer les projets de négociation de pays avec les talibans, qui ont toujours échoué jusqu'ici, pour mettre fin à un conflit où le nombre de victimes de cesse d'augmenter.

L'accord de gouvernement d'union

La liste des principaux points de l'accord de gouvernement d'union nationale signé dimanche par les deux candidats à la présidentielle afghane Ashraf Ghani et Abdullah Abdullah pour mettre fin à plus de trois mois de contentieux électoral, selon une copie du document obtenue par l'AFP.

- L'accord avalise de facto la victoire de M. Ghani, qui deviendra président après la proclamation des résultats définitifs du second tour.

- Une Loya jirga (grande assemblée traditionnelle) sera organisée d'ici à deux ans pour amender la Constitution et créer un poste de premier ministre sous l'autorité du président.

- En attendant ce changement constitutionnel, un chef de l'exécutif (CEO, chief executive officer) sera nommé et fera office de premier ministre.

- Ce chef de l'exécutif sera nommé par le candidat arrivé second à la présidentielle (M. Abdullah, ndlr) après avoir été approuvé par le président.

- Le président dirigera le gouvernement, et le chef de l'exécutif présidera les conseils des ministres hebdomadaires.

- Le président et le chef de l'exécutif auront des représentations égales au sein de plusieurs institutions économiques et sécuritaires, dont le conseil national de sécurité. Il s'engagent également à nommer les hauts fonctionnaires et dirigeants en fonction du «mérite».

- Une réforme électorale sera promulguée avant les élections législatives l'an prochain, prévoyant notamment l'instauration de cartes d'identité électroniques pour éviter les fraudes observées lors des derniers scrutins.