Arrivée en Turquie des premiers renforts kurdes d'Irak

29/10/2014 10:11

Ce convoi d'une quarantaine de véhicules, chargés notamment... (SAFIN HAMED)

Ce convoi d'une quarantaine de véhicules, chargés notamment d'armes lourdes, a été accueilli par des centaines de personnes qui agitaient des drapeaux kurdes.SAFIN HAMED

Abdel Hamid ZEBARI, Fulya OZERKAN Agence France-Presse Erbil et Mursitpinar

Les premiers renforts de combattants kurdes irakiens à destination de la ville syrienne kurde de Kobané assiégée par les djihadistes sont arrivés dans la nuit de mardi à mercredi en Turquie, une semaine après le feu vert d'Ankara sous la pression américaine.

Des combattants «peshmergas», dont le nombre n'a pas été précisé, ont atterri à l'aéroport de Sanliurfa, a indiqué à l'AFP un responsable local turc.

Ils ont aussitôt pris la route à bord de trois bus pour la frontière turco-syrienne, distante d'une cinquantaine de kilomètres, escortés par quatre blindés de l'armée turque et un véhicule de police, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les forces de sécurité turques ont immédiatement fermé la route qui mène à la frontière, bloquant les nombreux journalistes qui tentaient de suivre le convoi.

Outre le contingent qui a atterri à Sanliurfa, une autre colonne de peshmergas irakiens est arrivée dans la nuit en Turquie par le poste-frontière de Habur, à proximité de la ville de Silopi (sud-est), a constaté un photographe de l'AFP.

Ce convoi d'une quarantaine de véhicules, chargés notamment d'armes lourdes, a été accueilli par des centaines de personnes qui agitaient des drapeaux kurdes.

Il devait rejoindre par la route la ville-frontière turque de Suruç plus à l'ouest, avant de passer en Syrie et de rejoindre Kobané.

Quelque 150 peshmergas avaient commencé mardi à quitter le Kurdistan irakien pour rejoindre, via la Turquie, Kobané et porter secours aux combattants kurdes qui résistent aux djihadistes depuis plus de 40 jours.

Attendus depuis des semaines, ces premiers renforts kurdes devraient arriver à Kobané dans les tout prochains jours.

En attendant, les combats se poursuivent dans la troisième ville kurde de Syrie, où l'un des objectifs des djihadistes de l'organisation extrémiste sunnite État islamique (EI) est de prendre le contrôle des quartiers nord afin de bloquer la voie vers la Turquie.

Les combattants kurdes ont réussi à repousser plusieurs assauts ces derniers jours, aidés par des frappes aériennes de la coalition menée par les États-Unis.

Mardi, au moins neuf djihadistes ont été tués dans une embuscade tendue par les combattants kurdes des YPG entre deux villages de la périphérie est de la ville, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Parallèlement, les avions de la coalition ont mené mardi trois frappes sur des cibles dans le centre de Kobané, selon cette ONG.

L'armée américaine avait auparavant fait état de quatre frappes ayant notamment détruit lundi et mardi des positions de tirs dans la région de Kobané.

Dans sa guerre de propagande, l'EI a diffusé une vidéo mettant en scène dans Kobané le photojournaliste John Cantlie, qu'il détient en otage depuis novembre 2012. Le Britannique, qui s'est déjà exprimé dans d'autres vidéos de l'EI, y dément les informations selon lesquelles les djihadistes auraient été forcés d'abandonner leur offensive contre la ville.

«Force de soutien» 

A Erbil, capitale de la région du Kurdistan autonome irakien, un correspondant de l'AFP avait vu mardi plusieurs dizaines de camions militaires sortir d'une base du nord-est de la ville, avec à bord 80 peshmergas, et se diriger vers la province de Dohouk.

Halgord Hekmat, le porte-parole du ministère en charge de cette force de sécurité kurde qui combat déjà l'EI en Irak, avait de son côté annoncé le départ d'un second contingent de 72 combattants tôt mercredi par avion pour la Turquie, d'où il rejoindrait la frontière turco-syrienne vers Mursitpinar, la localité turque la plus proche de Kobané. Ces peshmergas seront «une force de soutien», équipée d'armes automatiques et de lance-roquettes notamment, avait-indiqué ajoutant qu'ils resteront à Kobané «jusqu'à ce que leur présence ne soit plus nécessaire».

Sous la pression insistante des États-Unis, le gouvernement turc avait donné la semaine dernière son feu vert au passage de 150 combattants peshmergas.

Ankara ne veut pas aller plus loin et refuse de venir militairement en aide aux forces kurdes de Kobané. Les Turcs craignent notamment qu'une telle opération ne profite aux indépendantistes du PKK (rebelles kurdes turcs).

«Dans l'intérêt du peuple irakien»

A Bagdad, le déploiement de combattants hors d'Irak ne fait guère débat. Quelques députés l'ont critiqué, l'un d'eux le jugeant «illégal et anticonstitutionnel». Mais pour Hakim al-Zamili, haut responsable de l'une des principales milices chiites, il est «dans l'intérêt du peuple irakien» car l'Irak et la Syrie font face à la même menace.

En Irak, les appareils des États-Unis et de leurs alliés ont conduit neuf raids, dont quatre dans les environs du barrage de Mossoul, une zone stratégique que l'EI cherche à reprendre.

Et à Zoumar, reprise samedi par les peshmergas, un engin explosif laissé par les djihadistes a tué quatre démineurs mardi, faisant également deux blessés.

Sur le plan humanitaire, une conférence internationale a réuni à Berlin plus de 40 pays et organisations internationales sur la situation, de plus en plus difficile, des quelque trois millions de Syriens ayant fui la guerre civile depuis 2011.

Le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, a appelé à augmenter l'aide apportée aux pays voisins de la Syrie, dont le Liban, la Jordanie ou la Turquie, submergés par les réfugiés.

C'est «la crise humanitaire la plus dramatique auquel le monde est confronté depuis très longtemps», a jugé M. Guterres. Le Premier ministre libanais, Tammam Salam, a averti que son pays «était au delà de ses capacités d'absorption» de réfugiés.