Avec le gendre d'Erdogan à la barre, la gestion de l'économie turque est devenue une affaire de famille

30/07/2018 18:13

La livre turque s'est effondrée mardi après la décision de la banque centrale turque de laisser inchangé le principal taux d'intérêt du pays malgré l'inflation galopante qui y règne.

Les marchés financiers n'ont manifestement aucune confiance dans les projets du président Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier avait précisé avant sa réélection qu'il voulait resserrer son emprise sur l'économie.

À la mi-mai, Erdogan avait déclaré dans une interview à Bloomberg TV qu'il prendrait la responsabilité de la politique monétaire de son pays s'il remportait l'élection présidentielle en juin. Erdogan a exprimé des opinions négatives sur la politique de taux d'intérêt de la banque centrale turque au cours des dernières années.

Bien que l'inflation ait atteint 15,4% en juin, soit plus du triple de l'objectif officiel, la banque centrale a laissé ses taux inchangés à 17,75 %. Les marchés avaient anticipé une hausse de 1 à 1,25 %. La lire a immédiatement dévissé de 4,2 %, bien que la devise soit parvenue à compenser cette perte plus tard dans la journée. Depuis janvier, la monnaie turque a perdu 22 % de sa valeur.

C'était donc un premier test depuis qu'Erdogan a remporté l'élection présidentielle en Turquie et s'est quasiment attribué la toute-puissance. Les marchés ont également réagi avec stupéfaction lorsque l’on a appris qu'Erdogan avait bombardé son gendre Berat Albayrak (à la gauche d'Erdogan sur la photo de couverture) ministre des Finances au début du mois. Auparavant, Albayrak avait été ministre de l'Énergie pendant 3 ans.

Le Jared Kushner turc

Beaucoup font la comparaison entre Albayrak et Jared Kushner,  le gendre du président américain Trump, même s'ils accordent encore plus de pouvoir à Albayrak. Sa nomination s'est donc accompagnée de la plus forte baisse de la livre turque depuis le coup d’État raté de juillet 2016.

Le mari de la fille d'Erdogan est connu comme un homme peu accessible qui participe rarement à des réunions. On ne sait pas grand chose de ses projets économiques. En Turquie, il est désigné sous le nom de “prince héritier”, car il est clairement disposé à suivre son beau-père comme président dans un avenir prévisible.

En public, c'est un fervent défenseur de la politique de son beau-père et son histoire favorite est que la crise monétaire a été causée par des “forces étrangères” cherchant la chute du gouvernement. Mais à part cela, Erdogan a 100 % confiance dans les capacités de son gendre.

Les analystes turcs n'osent pas critiquer Erdogan

Comme Erdogan a également muselé la presse libre, peu d'analystes turcs osent critiquer les politiques économiques de leur président. Dans les coulisses, beaucoup disent qu'ils sont choqués par la manière avec laquelle Erdogan dirige l'économie turque, mais ils ne voient aucun moyen d'avertir la population, car ils ont été dissuadés par leur direction de critiquer la politique du président. Ceux qui parlent demandent l'anonymat pour éviter les représailles.