Burkina Faso: «la pression» maintenue sur Campaoré

31/10/2014 13:51

Au lendemain de violentes émeutes contre le régime... (PHOTO THIBAULT CAMUS, ARCHIVES AP) 

Au lendemain de violentes émeutes contre le régime et de l'annonce par les militaires qu'ils prenaient le contrôle du pays, des dizaines de milliers de manifestants sont à nouveau descendus vendredi matin dans la rue à Ouagadougou. Massés sur la place de la Nation, devant l'état-major des armées, ils criaient notamment «Blaise dégage!». PHOTO THIBAULT CAMUS, ARCHIVES AP

Romaric Ollo HIEN Agence France-Presse OUAGADOUGOU

L'opposition a appelé vendredi le peuple à «maintenir la pression» et a exigé le départ «sans condition» du président Blaise Compaoré, qui a promis une transition au Burkina Faso, mais refuse de démissionner, alors qu'un représentant de l'armée s'adressant à la foule massée dans le centre de Ouagadougou a déclaré «Campaoré n'est plus au pouvoir».

Au lendemain de violentes émeutes contre le régime et de l'annonce par les militaires qu'ils prenaient le contrôle du pays, des dizaines de milliers de manifestants sont à nouveau descendus vendredi matin dans la rue à Ouagadougou. Massés sur la place de la Nation, devant l'état-major des armées, ils criaient notamment «Blaise dégage!».

L'opposition «appelle le peuple à maintenir la pression en occupant l'espace public», a déclaré l'un de ses principaux responsables, Zéphirin Diabré lors d'un point de presse, dénonçant «une confusion générale au sommet de l'État».

«Le préalable à toute discussion relative à toute transition politique est le départ pur et simple et sans condition de M. Blaise Compaoré», a-t-il insisté.

Le bilan des troubles reste pour le moment incertain. Deux opposants ont fait état d'une trentaine de morts et plus de 100 blessés. L'AFP n'a pu confirmer que quatre morts et six blessés graves dans la capitale.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des tirs ont résonné aux abords de la présidence, sans qu'il soit possible de s'en approcher, des soldats de la garde présidentielle très nerveux en interdisant l'accès, a constaté un journaliste de l'AFP.

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province, appels à la démission du président : le Burkina s'est enflammé jeudi. Cette crise a provoqué l'intervention des militaires, puis du président Compaoré dans la nuit, créant la confusion générale.

Le chef d'état-major des armées Nabéré Honoré Traoré, dans un communiqué lu par un officier, a annoncé la création d'un «organe de transition», chargé des pouvoirs exécutifs et législatifs, dont l'objectif est un retour à l'ordre constitutionnel «dans un délai de douze mois».

«Rouler dans la farine»

Le président Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1987, où son prédécesseur et père du Burkina Faso Thomas Sankara a été tué, a déclaré au cours d'une allocution télévisée dans la nuit avoir «compris» le message de la population et pris «la juste mesure des fortes aspirations au changement».

Il n'a toutefois pas évoqué une éventuelle démission, se disant à l'inverse «disponible» pour «ouvrir des pourparlers» pour «une période de transition» à l'issue de laquelle il «(transmettra) le pouvoir au président démocratiquement élu».

L'état-major et le chef d'État ont ainsi «appelé tous deux à une transition politique dont ils n'ont défini ni les contours ni le contenu exact», a dénoncé vendredi matin l'opposant Zéphirin Diabré.

Pour l'opposition, «toute transition politique à venir doit être conçue, organisée (...) autour des forces de la société civile, et intégrer toutes les composantes de la nation (...), y compris l'armée».

Les États-Unis ont salué jeudi soir dans un communiqué du Département d'État la «décision» de M. Compaoré de «former un gouvernement d'unité nationale pour préparer des élections nationales et de transférer le pouvoir à son successeur démocratiquement élu».

Les déclarations de M. Compaoré ont fait bondir Bénéwendé Sankara (aucun lien de parenté avec Thomas Sankara), un des principaux responsables de l'opposition. «Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple», a-t-il déploré.

Selon l'armée, un couvre-feu est désormais imposé «sur l'ensemble du territoire de 19 h à 6 h». Il a été plus ou moins sérieusement respecté à Ouagadougou.

À l'inverse, le président burkinabè a levé jeudi soir l'état de siège qu'il avait lui-même décrété dans l'après-midi.

La prise de pouvoir de l'armée est pour l'instant assez mal acceptée par les manifestants, qui dénoncent la personnalité du chef d'état-major, et dont beaucoup réclament l'arrivée au pouvoir de Kouamé Lougué, un général à la retraite au fort capital de sympathie. Cet ancien officier supérieur avait été chef d'état-major, puis ministre de la Défense jusqu'à son limogeage en 2003.