Charb, Cabu, Wolinski, tués pour leurs coups de crayon acérés

07/01/2015 20:45

De gauche à droite: Georges Wolinski en 2006, Jean Cabut,... (PHOTOS GUILLAUME BAPTISTE, BERTRAND GUAY, FRANCOIS GUILLOT / ARCHIVES AFP)

De gauche à droite: Georges Wolinski en 2006, Jean Cabut, alias Cabu, en 2012, et Stéphane Charbonnier, dit Charb, en 2012. PHOTOS GUILLAUME BAPTISTE, BERTRAND GUAY, FRANCOIS GUILLOT / ARCHIVES AFP

Dominique CHABROL, Anne-Marie LADOUES Agence France-Presse PARIS

L'attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo a gravement endeuillé la presse en France, tuant des dessinateurs vedette dont le directeur de publication Charb, 47 ans, et deux des «pères» de toute une génération de satiristes: Cabu, 76 ans, et Wolinski, 80 ans.

Charb, corrosif et militant 

Avec son trait épais, Charb ne reculait devant aucune plaisanterie même du plus mauvais goût. Les guerres, la politique et les politiciens, la télé-réalité, la maladie ou les religions, aucun sujet n'était à l'abri de son crayon.

«À Charlie Hebdo, on n'a pas l'impression d'égorger quelqu'un avec un feutre», disait ce dessinateur engagé dès son plus jeune âge, en évoquant la façon dont le journal satirique abordait la question de l'islam. Depuis mai 2009, il était le directeur de publication.

L'une de ses dernières caricatures publiées interrogeait : «Toujours pas d'attentat en France?» Un homme barbu et armé répondait: «Attendez, on a jusqu'à la fin janvier pour présenter ses voeux...».

Né le 21 août 1967 à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, Charb, «avait appris à dessiner pendant les cours de maths et bon an, mal an, finit par être un peu moins nul en dessin qu'en maths», selon son éditeur Casterman.

En 1991, Charb participe au lancement de «La Grosse Bertha», hebdomadaire satirique créé pour dénoncer la guerre du Golfe.

Charb quittera le journal un an plus tard, avec le gros de l'équipe, pour participer au lancement de Charlie Hebdo dans lequel il publiait encore aujourd'hui l'essentiel de ses dessins.

Il était sous protection policière après avoir reçu des menaces de mort à la suite de la publication de caricatures de Mahomet, et son portrait figurait, avec huit autres, dans une liste de «Recherchés, morts ou vifs, pour crimes contre l'islam» publiée au printemps 2013 par la revue djihadiste internet en anglais Inspire.

Cabu, pourfendeur de la bêtise nationale 

Soixante ans de carrière et plus de 35 000 dessins ont fait de Cabu - Jean Cabut de son vrai nom - l'un des grands caricaturistes pamphlétaires français. Né le 13 janvier 1938 à Châlons-sur-Marne (centre-est), il publie ses premiers dessins à 15 ans. Après des études artistiques à Paris, il embarque pour 27 mois de service militaire en Algérie, dont il rentre farouchement antimilitariste.

À son retour, il rejoint en 1960 un nouveau mensuel décapant, «Hara-Kiri», avec la fine fleur des caricaturistes de l'époque - Reiser, Topor, Fred, Wolinski... -, régulièrement menacé d'interdiction pour outrages aux bonnes moeurs.

Dans leur ligne de mire: les politiques, l'armée, toutes les religions... Et bien sûr, les «beaufs», ces caricatures de Français râleurs, chauvins, que Cabu tendait comme un miroir à ses contemporains.

Anarchiste rêveur derrière ses lunettes cerclées, le bonhomme à l'éternelle coupe au bol, devenu pilier de Charlie Hebdo et de l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, avait gardé la hargne de ses débuts et n'avouait qu'un regret, celui de n'avoir pas toujours été assez féroce. Vis-à-vis du pouvoir, du conformisme, des sportifs ou de la télévision.

Ses caricatures de Mahomet publiées en 2006 étaient parmi les plus caustiques de celles qui avaient valu à l'équipe de Charlie Hebdo des menaces de mort.

«Les dessinateurs vivent de la bêtise et ça ne régresse pas», constatait-il dans un fou rire.

Wolinski, père du «Roi des cons» 

Irrévérencieux et grivois, Georges Wolinski était un auteur de bandes dessinées et un dessinateur de presse mythique pour toute une génération: il était le père du célèbre personnage du «Roi des cons», pilier de la bande de Hara-Kiri dans les années 60 puis de Charlie Hebdo.

L'humour toujours grinçant, bien dans la note de Hara-Kiri - «journal bête et méchant» -, il imaginait, en 2012, que l'on pourrait graver sur sa tombe ce mot de Cavanna, vieux compagnon de route: «Wolinski, on croit qu'il est con parce qu'il fait le con mais en réalité, il est vraiment con».

Wolinski était né le 28 juin 1934 à Tunis, d'un père d'origine polonaise, assassiné quand il avait 2 ans, et d'une mère originaire de Livourne, en Toscane. C'est en Tunisie que le petit Georgie, comme l'appelait sa grand-mère, découvre les «comics» grâce aux Américains débarqués en Afrique du Nord.

Arrivé à Paris en 1945 et «plus enclin à mater ses petites camarades et à dessiner qu'à réviser», il se passionne pour la BD et illustre le journal de son lycée, Le Potache Libéré...

Il propose ses premiers dessins au journal Hara-Kiri en 1961. À partir des années 80, il travaille pour différents quotidiens ou magazines comme L'Humanité, Libération, Le Nouvel Observateur.

Le dessinateur avait quelque 80 albums à son actif, des compilations de dessins d'actu et de vraies BD, comme les célèbres aventures érotico-farfelues de Paulette.