Désormais, la Russie limite aussi ses livraisons de gaz à l'Autriche

14/09/2014 20:19

© - ALEXEI NIKOLSKY / RIA-NOVOSTI / AFP

Après la Pologne, c'est l'Autriche et la Slovaquie qui ont rapporté avoir constaté des baisses de volumes des livraisons de gaz en provenance de la Russie.

La semaine dernière, le monopole gazier polonais PGNiG avait indiqué que la compagnie russe Gazprom avait réduit de 20% les flux de gaz qu'elle lui a livrés le lundi, puis de 24% le mardi.

En Autriche, l'opérateur de l'énergie E-Control affirme que la fourniture de gaz a été réduite de 15% le 11 septembre ; en Slovaquie, les livraisons de gaz auraient aussi été réduites de 10%.

Cependant, le fournisseur de gaz russe, Gazprom, n'a pas confirmé ces réductions, et on ne sait donc pas si elles sont motivées par des raisons techniques ou politiques.

Selon Bernhard Painz d'E-Control, il se pourrait que la Russie soit en train de remplir ses propres réserves de gaz, ce qui signifie qu'il y a moins de gaz disponible pour l'exportation.

En outre, le fournisseur d'énergie autrichienne OMV a indiqué que ses partenaires russes leur avait fait part de leur intention de réduire le débit de gaz fourni.

Selon certains hommes politiques autrichiens et polonais, cependant, les motivations de Gazprom seraient politiques. Selon eux, le président russe Poutine a utilisé les livraisons de gaz vers les pays d'Europe centrale et orientale comme un moyen de pression.

En particulier, les exportations de gaz russe à l'Ukraine ont été suspendues depuis le mois de juin en en raison du conflit régional avec les séparatistes pro-russes dans l'est du pays et d'une série de factures impayées.

Pour compenser le gaz qu'elle ne reçoit plus de la Russie, l'Ukraine a cherché à se fournir auprès de l'UE, et notamment au moyen de flux inversés, autrement dit, en se faisant livrer du gaz russe réexporté  par la Pologne, la Hongrie ou la Slovaquie.

La compagnie de gaz russe Gazprom s'est déjà plainte de ces réexportations, qu'elle qualifie de « mécanisme semi-frauduleux », et la Russie avait déjà menacé de réduire les volumes de gaz fournis aux pays européens et de limiter les livraisons à leur consommation domestique pour les empêcher de réexporter le reliquat vers l'Ukraine.

Les Polonais ont d'ailleurs suspendu ces flux inversés vers l'Ukraine dès qu'ils ont constaté qu'ils recevaient moins de gaz que d'habitude.

La Commission Européenne a invité les ministres de l'énergie russe et ukrainien à Berlin pour qu'ils puissent dialoguer ensemble et régler ce différend la semaine prochaine à Berlin.

Mais la Russie n'a pas encore accepté de participer à ces négociations.

Les analystes de Bank of America, Merrill Lynch et PricewaterhouseCoopers estiment que la Russie tente d'utiliser le gaz comme un atout dans les négociations avec l'Ukraine et l'UE.

En outre, la Russie chercherait aussi à rappeler aux petits pays d'Europe orientale qui se trouvaient dans sa sphère d'influence au cours du siècle passé qu'elle peut encore poser une grave menace pour leur économie.

Krzysztof Bobinski, un analyste politique basé à Varsovie a expliqué à l'AFP que les Russes utilisent ces baisses de livraisons à titre d'avertissement vis-à-vis de l'UE :

Grosso modo, ils disent : +Il fait toujours bon, l'hiver n'est pas encore sur nous, mais n'oubliez pas que nous avons cette arme.+ »