DOHA : l'ONU appelle à se servir du cadre juridique existant pour lutter contre le trafic de biens culturels

21/04/2015 11:25

Le site archéologique de Nimrud, en Iraq. Photo : UNESCO

Alors que le trafic illicite de biens culturels est de plus en plus lié aux activités terroristes, les participants d'un atelier au Congrès de l'ONU contre le crime à Doha, au Qatar, ont exhorté jeudi les États membres à utiliser les instruments juridiques existants pour combattre ce crime et ont souligné combien il était important de sensibiliser le grand public.

« Nous encourageons tous les États membres à mettre en œuvre les conventions et les directives qui sont disponibles. Je pense qu'il y a suffisamment d'instruments juridiques pour être en mesure de lutter contre le trafic illicite de biens culturels », a déclaré la Représentante de l'UNESCO dans les pays du Golfe et au Yémen, Anna Paolini, lors de cet atelier.

« Nous encourageons les États membres à établir le registre et l'inventaire national de leur patrimoine culturel, parce que c'est un outil très important pour la gestion des risques et pour la prévention, ainsi qu'à introduire un plan de gestion des risques et à aligner et appliquer la législation locale », a-t-elle ajouté.

L'atelier était organisé par l'Institut national de la justice des Etats-Unis, l'Institut coréen de criminologie, le Conseil consultatif international scientifique et professionnel et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

« Tout particulièrement, en étant ici au Moyen-Orient, le berceau de la civilisation, c'est devenu un enjeu majeur avec le conflit qui se déroule dans la région », a déclaré Duncan Chappell, professeur de droit à l'Université de Sydney, dans une interview à la Radio des Nations Unies.

Selon l'UNESCO, le pillage des biens culturels de l'Iraq et de la Syrie a atteint une ampleur sans précédent. Il alimente les conflits en fournissant des revenus aux groupes armés et aux terroristes.

En février 2015, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution visant à renforcer la protection du patrimoine culturel en Syrie et en Iraq. En mars, la Directrice-générale de l'UNESCO, Irina Bokova, a lancé à Bagdad une campagne sur les médias sociaux, # Unite4Heritage, pour sensibiliser et renforcer le soutien à la protection du patrimoine là où celui-ci est menacé par le sectarisme et la violence extrême.

Les participants de l'atelier ont dit combien il était difficile de quantifier le phénomène du trafic de biens culturels. On estime que ce trafic génère entre 2 et 6 milliards de dollars par an.

« Les objets qui sont déterrés illégalement, personne ne va généralement le signaler, et c'est seulement quand ils apparaissent sur le marché que nous savons qu'ils ont été volés. Deuxièmement, Interpol, qui a une base de données plutôt bonne sur cette question, n'obtient pas nécessairement d'informations sur ce genre de fouilles illicites. Et la troisième raison est qu'il n'y a pas de bons inventaires dans la plupart des pays où ces objets ont été pris », a déclaré M. Chappell.

Selon Mariya Polner, conseillère politique à l'Organisation mondiale des douanes, « le travail des douanes peut être comparé à la recherche d'une aiguille dans une botte de foin ».

« La chaîne est aussi solide que son maillon le plus faible », a-t-elle ajouté. « Avec des efforts communs et de la bonne volonté, nous pouvons travailler ensemble pour préserver le patrimoine culturel pour les générations futures ».

Pour réduire la demande de biens culturels, Mme Paolini a déclaré que la sensibilisation, l'éducation, les efforts de communication aux niveaux mondial et local, sont importants, « afin de fournir un discours contrecarrant la propagande sectaire dans cette région ».

« Plutôt que de compter sur le droit pénal, qui est généralement utilisé pour punir avec des sanctions sévères les personnes qui sont engagées dans ce genre d'activités, nous devrions faire plus pour stopper la demande pour ce type de crime », a déclaré M. Chappell.

« Cela ne peut vraiment fonctionner qu'avec des gens qui sont prêts à acheter ces objets pillés. Les gens ferment les yeux sur leur provenance dans de nombreux cas et sont prêts à les acheter s'ils ont assez d'argent et si cela les intéresse. Ce genre d'attitude doit changer », a-t-il ajouté.