France: les opposants au mariage gay à nouveau dans la rue

05/10/2014 19:21

Parmi les manifestants se trouvaient des adultes et des... (PHOTO JOHN SCHULTS, REUTERS)

Parmi les manifestants se trouvaient des adultes et des enfants, des jeunes ou retraités brandissent drapeaux français ou les étendards bleu, blanc ou rose de la Manif pour tous (MPT). PHOTO JOHN SCHULTS, REUTERS

Stéphane JOURDAIN, Ambre TOSUNOGLU Agence France-Presse PARIS

«Non aux mères porteuses»: des dizaines de milliers de personnes qui s'étaient opposées au mariage gai il y a 18 mois, ont défilé dimanche à Paris et Bordeaux pour protester contre la politique du gouvernement socialiste accusée de vouloir saper la famille.

Ils étaient 70 000 selon la police, 500 000 selon le collectif organisateur baptisé «Manif pour tous» (MPT), par antinomie avec la loi dite du «mariage pour tous».

À Bordeaux, la manifestation a attiré 7500 personnes selon la police, 30 000 selon le collectif.

La précédente manifestation contre une supposée «familiphobie» du gouvernement avait rassemblé en février 100.000 personnes à Paris et à Lyon, selon la police, 540 000 selon le MPT.

Le collectif avait cette fois-ci en ligne de mire l'accès des couples homosexuels à la procréation médicalement assistée (PMA) et à la gestation pour autrui (GPA).

Les manifestants dénoncent aussi le coup de rabot annoncé sur les allocations familiales et l'enseignement à l'école d'une théorie du genre niant, selon le collectif, les différences entre les sexes, un enseignement dont le gouvernement a toujours démenti l'existence.

Sous un ciel plombé et dans la fraîcheur, nombre de manifestants tout juste descendus des cars qui ont afflué de toute la France dans l'Ouest parisien, ont commencé à battre le pavé. Parmi eux, des adultes et des enfants, des jeunes ou retraités brandissent drapeaux français ou les étendards bleu, blanc ou rose de la Manif pour tous (MPT).

«La déconstruction en cours de la politique familiale est désastreuse, cette déconstruction s'accélère», a lancé Ludovine de la Rochère, présidente du collectif.

«Protégeons la famille», «Nos ventres ne sont pas des caddies», «La femme n'est pas une machine à bébés», pouvait-on lire sur des pancartes.

La question d'un recours aux mères porteuses cristallise la plupart des craintes, malgré les garanties récemment apportées par le premier ministre, Manuel Valls, qui a assuré qu'elle «est et sera interdite» en France.

Le gouvernement n'a toutefois pas contesté les arrêts de la Cour européenne des droits de l'Homme ayant contraint en juin la France à reconnaître les enfants nés d'une mère porteuse à l'étranger.

«Marchandisation» de la famille 

Dans la foule, un retraité dénonce «la marchandisation» de la famille. «La prochaine étape ce sera des enfants dans les rayons des magasins et on choisira ceux qui nous plaisent», lâche-t-il.

Recourir à une mère porteuse c'est de «l'industrialisation», de «l'esclavagisme moderne», lance Thibault, 30 ans, venu tout spécialement des Alpes tandis qu'Eric, un jeune père, cadre d'entreprise, s'inquiète: «Que dira-t-on à ces enfants plus tard , qu'ils ont été achetés pour quelques milliers d'euros sur internet?»,

La ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, a elle dénoncé la droite qui, en «agitant cet épouvantail qui n'est nullement à l'ordre du jour [...], fait feu de tout bois».

Nombre de sympathisants de droite et d'extrême droite sont favorables aux idées de la MPT. Plusieurs élus du parti de droite UMP, dont d'anciens ministres participaient à la manifestation ainsi qu'une délégation du Front national (extrême droite).

En fin d'après-midi, les forces de l'ordre n'avaient recensé aucun incident notable, selon la préfecture de police.

Malgré sa force de mobilisation dans la rue, ce collectif ne rassemble autour de ses idées que moins d'un Français sur trois (31 %), selon un sondage Ifop pour le site Atlantico.

Des opposants à la Manif pour tous se sont aussi fait entendre dimanche matin. Quelques centaines d'entre eux se sont rassemblés à Paris à l'appel de l'association «All Out», une ONG qui défend les droits de la communauté homosexuelle.

L'organisation a remis jeudi à la secrétaire d'État chargée de la famille, Laurence Rossignol, une pétition rassemblant plus de 200 000 signatures «pour soutenir l'égalité» de «tous les couples et toutes les familles».