Journée noire à Jérusalem

05/11/2014 19:31

Fait exceptionnel: les policiers israéliens sont entrés dans... (PHOTO AHMAD GHARABLI, AFP)

Fait exceptionnel: les policiers israéliens sont entrés dans la très vénérée mosquée Al-Aqsa. Ci-dessus, des membres des forces de sécurité israéliennes sont positionnées près du dôme de la mosquée.PHOTO AHMAD GHARABLI, AFP

Sarah BENHAIDA Agence France-Presse JÉRUSALEM


Jérusalem a connu mercredi une de ses pires flambées de violence récentes avec une nouvelle attaque à la voiture bélier qui a fait un mort et des heurts sur l'ultra-sensible esplanade des Mosquées.

Un policier israélien a été tué et une dizaine de personnes blessées quand un Palestinien a percuté avec sa fourgonnette des piétons sur une artère séparant Jérusalem-Ouest et Jérusalem-Est, la partie palestinienne de la Ville sainte occupée et annexée par Israël.

L'auteur de l'attaque a été abattu par les policiers après être sorti de son véhicule pour attaquer les passants avec une barre de fer.

Le même mode opératoire avait été utilisé lors d'une attaque perpétrée il y a deux semaines à quelques centaines de mètres de là.

L'auteur de l'attaque a été identifié comme un Palestinien de 38 ans du camp de réfugiés de Chouafat, l'un des quartiers de Jérusalem-Est théâtre depuis quelques mois de tensions qui font craindre une troisième Intifada.

Sans revendiquer explicitement l'attentat, l'organisation islamiste Hamas s'en est félicitée, assurant que son auteur, identifié comme Ibrahim al-Akari, était l'un de ses membres.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a vu dans son geste «la conséquence directe des agissements d'Abou Mazen (le président palestinien Mahmoud Abbas) et de ses partenaires du Hamas qui excitent les esprits».

Les policiers israéliens dans Al-Aqsa

Le 22 octobre déjà, un Palestinien originaire de Silwan, autre point chaud de Jérusalem-Est, avait percuté un groupe de passagers descendant du tramway, tuant un bébé israélo-américain et une Équatorienne. L'auteur avait été abattu.

Plus tôt dans la matinée, jeunes Palestiniens et policiers israéliens se sont violemment affrontés sur l'esplanade des Mosquées, où la visite d'une centaine d'extrémistes juifs réclamant le droit de prier sur le troisième lieu saint de l'islam a attisé les braises.

Des Palestiniens s'étaient retranchés dans la nuit sur l'esplanade. Quand la porte des Maghrébins par laquelle passent les non-musulmans s'est ouverte, des manifestants masqués ont lancé des pierres et des pétards sur les policiers israéliens venus pour protéger le groupe, toujours selon la police.

Les policiers ont pénétré sur l'esplanade et repoussé les Palestiniens à l'intérieur de la mosquée Al-Aqsa, selon des témoins. Fait exceptionnel, les policiers sont entrés dans la très vénérée mosquée. Dans le climat acrimonieux qui règne à Jérusalem-Est, cette incursion a été ressentie comme une grave provocation.

Jamais ils n'avaient poussé aussi loin dans l'édifice, a dit à l'AFP Adnane al-Husseini, gouverneur de Jérusalem-Est.

Dans l'édifice, des tapis calcinés témoignaient de début d'incendies provoqués par les grenades lancées par les policiers.

Les incidents se sont propagés aux alentours immédiats de l'esplanade dans la Vieille ville, transformée en camp retranché gardé par des centaines de policiers.

À plusieurs reprises, les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des projectiles en caoutchouc pour éloigner les groupes qui s'étaient attroupés aux portes de l'esplanade et dans lesquels se trouvaient de nombreux enfants.

Poursuite des heurts

Après une accalmie en fin de matinée, des incidents ont à nouveau mis aux prises Palestiniens et policiers israéliens aux abords de la Vieille ville, ainsi que dans le camp de réfugiés de Chouafat et dans les quartiers d'Issaouiya et al-Tor.

Ce nouvel accès de fièvre faisait suite à l'appel lancé mardi par des extrémistes juifs à se rendre massivement mercredi sur l'esplanade en soutien à Yehuda Glick, une figure de la droite ultranationaliste juive qui milite pour le droit des juifs à prier sur l'esplanade.

M. Glick avait été grièvement blessé par balle la semaine passée et son agresseur présumé, un Palestinien, avait été abattu le lendemain par des policiers israéliens.

Également sacrée pour les juifs, l'esplanade est sous le régime d'un statu quo qui prévoit que les juifs ne peuvent y prier. Au cours des derniers mois cependant, les activistes juifs se sont faits plus bruyants pour obtenir ce droit.

Les musulmans s'alarment de l'éventualité que le gouvernement israélien cède aux pressions des ultras et accède à leur requête.

Le premier ministre israélien a plusieurs fois affirmé n'avoir aucune intention de changer le statu quo.

Les tensions à Jérusalem-Est sont causées par une conjonction de facteurs, mais pour les Palestiniens, Al-Aqsa est une «ligne rouge».

Amman rappelle son ambassadeur en Israël

La Jordanie, liée à Israël par un traité de paix, a rappelé mercredi son ambassadeur à Tel-Aviv et annoncé son intention de porter plainte à l'ONU contre les «violations israéliennes répétées» sur l'esplanade des Mosquées à Jérusalem.

Le premier ministre Abdallah Nsour a demandé à son chef de la diplomatie Nasser Joudeh de «rappeler l'ambassadeur jordanien à Tel-Aviv pour protester contre l'escalade israélienne contre l'esplanade des Mosquées», selon l'agence officielle Petra. Il lui a aussi demandé de «porter plainte devant le Conseil de sécurité de l'ONU contre les attaques répétées d'Israël contre les lieux saints musulmans», a ajouté Petra.

La délégation jordanienne à l'ONU a entamé les procédures nécessaires pour présenter une telle plainte, selon l'agence. La Jordanie est membre non permanent du Conseil de sécurité.

«Nous regrettons la décision jordanienne, qui ne contribue pas à apaiser l'atmosphère, bien au contraire», a réagi le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, Emmanuel Nahshon.

«Nous attendons de la Jordanie qu'elle condamne la violence initiée et dirigée de Ramallah (en Cisjordanie) et le meurtre d'innocents qui en résulte», a-t-il dit dans un communiqué, en allusion à l'Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas.

La Jordanie a conservé la gestion de l'esplanade, au moment de l'occupation de Jérusalem-Est en 1967. Il est le seul État arabe, avec l'Égypte, à avoir signé avec Israël un traité de paix, conclu il y a juste 20 ans.

De son côté, la confrérie jordanienne des Frères musulmans, l'un des principaux partis d'opposition, a annoncé sur son compte Twitter qu'elle organiserait vendredi après la prière hebdomadaire une importante manifestation à Amman pour exprimer «la colère» du peuple jordanien contre les «incursions quotidiennes des autorités d'occupation dans la mosquée Al-Aqsa».

Le roi jordanien Abdallah II a promis dimanche que son pays ferait tout pour protéger les lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem.