L'Europe est prête pour une nouvelle version du Plan Marshall

21/01/2015 07:50

Depuis le début de la crise de l'euro, des politiciens et des experts n'ont cessé de prôner une solution à grande échelle, sur le modèle du Plan Marshall d'après-guerre, mais ce n'était jamais le moment, observe Bill Emmott, un ancien journaliste de The Economist, qui est aussi l'auteur de « Good Italy, Bad Italy, and The Rivals: How the Power Struggle Between China, India, and Japan Will Shape Our Next Decade.... ».

Sur le site du Project Syndicate, il explique que cela pourrait avoir changé.

Les pays forts de la zone euro, menés par l'Allemagne, ont trainé les pieds pour maintenir l'euro en vie, tandis que les pays les plus endettés se sont plaints des politiques d'austérité qui leur ont été imposées par l'Allemagne.

Ces deux groupes ont donc des visions antagonistes de la nature de la maladie européenne, et ne peuvent donc s'entendre sur une solution. Mais grâce à l'évolution de la situation, plus particulièrement en Grèce et en Grande Bretagne, une issue pourrait être en vue.

Il semble de plus en plus évident que c'est le parti d'extrême gauche SYRIZA qui va remporter les élections grecques du 25 janvier prochain.

Celui-ci s'est engagé à négocier une restructuration de la dette grecque. En Espagne, c'est aussi un parti d'extrême gauche de plus en plus populaire qui semble voué à gagner les élections de la fin de cette année. Et en Grande-Bretagne, les campagnes pour les élections du mois de mai devraient grandement se polariser sur la question d'un possible « Brexit », une sortie de la Grande-Bretagne de l'UE.

C'est pourquoi une version moderne du Plan Marshall est nécessaire, affirme Emmott : la Chancelière allemande Angela Merkel serait bien inspirée de lancer un plan à grande échelle de ce type, plutôt que de se trouver contrainte de pinailler sur des micros-concessions en faveur de ces nouveaux gouvernement de la Grèce ou de l'Espagne.

D'autres grandes économies européennes pourraient souhaiter participer à un tel projet, et notamment la France, qui cherche sans doute à promouvoir la croissance économique et l'unité après les attaques terroristes de ce mois, et la Grande-Bretagne, qui se réjouirait que l'UE engage des réformes.

Un plan Marshall moderne se composerait de 3 éléments :

  • Une restructuration de la dette dans la zone euro, en particulier en Grèce et en Espagne.
  • Un programme d'investissements financés collectivement, qui se concentrerait sur l'énergie et l'infrastructure.
  • L'élaboration d'un programme de réformes pour la libéralisation du marché commun, portant en particulier sur le secteur des services et l'économie numérique.

La restructuration de la dette poserait probablement un problème en Allemagne, mais les Allemands doivent se souvenir que le plus grand coup de pouce dont ils ont bénéficié après la guerre a été une restructuration de leur dette souveraine grâce à l'accord de Londres de 1953, qui a entériné un effacement de 50% de la dette allemande, et une restructuration des autres dettes de la nation.

Une annulation des dettes de certains pays de la zone euro serait difficilement négociable sur le plan politique, mais il serait possible de les refinancer pour partie avec des euro-obligations comportant des échéances plus lointaines, et que tous les pays de la zone euro pourraient souscrire. Autre avantage, tous les pays pourraient en bénéficier, ce qui mettrait fin à l'ostracisme que subissent certains pays, dont la Grèce.

Les dépenses d'investissement, et les réformes du marché commun, permettraient une relance de la croissance, tout en favorisant les échanges et la concurrence entre les différents pays membres. Ce dernier point permettrait donc de donner satisfaction à la Grande-Bretagne.

« Bien sûr, un plan Marshall moderne serait confronté à un mur de scepticisme et d'obstruction des groupes représentatifs d'intérêts nationaux. Mais, en se soutenant mutuellement, les officiels européens pourraient gagner cette bataille. Et si elle n'est pas tentée, les Européens de demain pourraient ne jamais pardonner les dirigeants d'aujourd'hui », conclut Bill Emmott.  

https://www.express.be/business/fr/economy/leurope-est-prete-pour-une-nouvelle-version-du-plan-marshall/210732.htm