L'Europe tourne le dos aux vertus capitalistes au moment où nous en avons le plus besoin

06/11/2014 05:04

Par moments, lorsque l'UE prend certaines décisions maladroites, on pourrait se demander si les plus hautes instances de l'UE ne sont pas noyautées par un groupe de léninistes complotant pour faire capoter les structures capitalistes européennes, se demande Paul Ormerod, économiste chez Volterra Partners, et professeur visiteur à l'University College de Londres, sur City A.M..

Il affirme que nous avons encore été témoins de l'une de ces maladresses de l'UE cette semaine, lorsqu'elle a réclamé une rallonge budgétaire de 2,1 milliards d'euros au Royaume-Uni, en vertu de la révision des calculs du PIB du pays, pour lui faire intégrer les activités telles que le trafic de drogue ou la prostitution.

Avec cette nouvelle méthode de calcul, le PIB britannique a gagné 10,9 milliards d'euros, qui justifient la demande pour ce supplément de contribution.

Mais en agissant de cette manière, l'UE donne une nouvelle fois du grain à moudre aux partis eurosceptiques. Car cette nouvelle méthode aboutit à des résultats illogiques : la France bénéficie d'une remise sur ses contributions, ce qui pourrait être compréhensible, compte tenu de la crise qu'elle traverse.

Mais l'Allemagne prospère aussi bénéficie d'une réduction de ses contributions, tandis que deux des pays les plus durement frappés par la crise, la Grèce et Chypre, doivent aussi remettre la main au portefeuille.

« Le problème fondamental avec l'UE, c'est que les vertus les plus essentielles d'une économie capitaliste prospère sont réprimées plus systématiquement sur l'ensemble de l'espace économique européen », écrit-il.

Il prend pour exemple l'innovation, source de croissance de long terme. Elle est l'un des principes vertueux de l'économie. Elle peut être de deux sortes : ou bien elle permet d'optimiser la production d'un bien à partir de la même quantité de composants de ce bien, ou elle consiste à produire un bien ou un service totalement nouveau.

Pour les économies, il est donc essentiel de transformer des concepts en inventions qui permettront par la suite la production de nouveaux produits ou services.

Bien que l'Europe ait fourni des efforts en la matière, elle n'innove pas assez, et elle reste loin derrière les Etats-Unis, en termes d'innovation. Au cours des décennies récentes, la quasi-totalité des plus grandes inventions du secteur des TIC a été américaine.

Cette suprématie américaine est évidente à l'évocation des poids-lourds mondiaux du secteur: Microsoft, Google, Facebook, sont toutes américaines. Récemment, elles ont été rejointes par Alibaba, qui est chinoise. Mais aucune firme européenne n'a encore intégré ce club de mastodontes.

Dans un article paru dans la revue économique Journal of Economic Perspectives en 2008, Bart van Ark et ses collègues avaient étudié les écarts de productivité grandissants entre les Etats-Unis et l'Europe au cours des deux décennies qui avaient précédé la crise financière. Leur conclusion était on ne peut plus claire :

Le ralentissement de la productivité européenne est imputable à l'émergence plus lente de l'économie de la connaissance en Europe, comparée à celle des Etats-Unis ».

Pour Paul Ormerod, c'est précisément ce même phénomène qui est à l'œuvre derrière l'incapacité des pays à se relever de la crise. Les politiques menées par la Commission européenne et la Banque Centrale européenne expliquent largement cet état de choses.

Mais le fait que l'UE est devenue une région où il est plus facile de faire de l'argent avec la rente, plutôt que par l'innovation, a été un facteur crucial. « Exploiter un monopole, faire du lobbying sur les législateurs, cocher quelques cases, sont payants. Les innovations sont perturbatrices, mais pour l'Europe, il est plus nécessaire que jamais de les encourager.»

https://www.express.be/business/fr/economy/leurope-tourne-le-dos-aux-vertus-capitalistes-au-moment-ou-nous-en-avons-le-plus-besoin/209041.htm