L’apartheid climatique arrive

07/07/2019 11:54

Le changement climatique menace d’annuler cinquante années de progrès dans des domaines tels que le développement économique, la santé mondiale et la réduction de la pauvreté, indique un rapport des Nations unies.

Le rapport évoque le risque d’une « nouvelle ère d’apartheid climatique » où les riches seront en mesure grâce à leur pouvoir d’achat d’éviter la famine et les effets du réchauffement climatique.

« Même si les objectifs actuels sont atteints, des dizaines de millions de personnes seront appauvries, ce qui entraînera un déplacement généralisé et de la famine », a déclaré Philip Alston, rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme.

Populations vulnérables

Selon Alston, le changement climatique aura un impact plus important sur les populations les plus vulnérables. D’ici 2030, le réchauffement climatique risque de faire sombrer dans la pauvreté 120 millions de personnes.

L’impact le plus grave sera ressenti dans les pays, les régions et les lieux où vivent et travaillent les populations pauvres. Même dans le meilleur des cas, à savoir une augmentation de la température de 1,5 degrés Celsius d’ici 2100, les conséquences seront graves.

A cause des températures extrêmes au sein de nombreuses régions, d’importants groupes de populations défavorisées devront faire face à des problèmes d’insécurité alimentaire. Ces populations devront également vivre avec des revenus plus bas et seront confrontées à une détérioration de leur santé.

« En outre, beaucoup de personnes devront choisir entre la famine et la migration », a encore expliqué Philip Alston.

« De manière perverse, alors que les personnes en situation de pauvreté ne sont responsables que d’une fraction des émissions mondiales, elles seront les premières victimes du changement climatique et seront les moins aptes à se protéger. »

« Nous nous dirigeons vers un scénario « d’apartheid climatique » dans lequel les riches paient pour échapper au réchauffement, à la faim et aux conflits. Le reste du monde sera laissé à lui-même. »

Il est également important de se rendre compte que le changement climatique a des implications énormes pour les droits de l’homme incluant le droit à la vie, à l’alimentation, au logement et l’accès à l’eau.

« En outre, le changement climatique aura également un impact important sur la démocratie. Dans leur lutte contre le changement climatique, de nombreux gouvernements risquent de persuader leurs électeurs d’accepter des transformations sociales et économiques majeures compromettant les droits civils et politiques », ajoute Alston.

Droits de l’homme

« La plupart des organismes de défense des droits de l’homme ont à peine commencé à comprendre l’impact du changement climatique sur les droits de l’homme », prévient Alston. « Cependant, il ne reste plus beaucoup de temps pour éviter des conséquences catastrophiques. La situation est bien pire que ce que les personnes auraient pu imaginer. »

« Les États ont dépassé tous les avertissements et seuils scientifiques, et ce qui était autrefois considéré comme un réchauffement catastrophique semble désormais être le meilleur scénario », estime Alston. « Même aujourd’hui, trop de pays prennent des mesures à courte vue dans la mauvaise direction. »

Les États ne parviennent même pas à respecter leurs engagements actuels en matière de réduction des émissions de carbone et de financement du climat et continuent de subventionner le secteur des combustibles fossiles à hauteur de 5.200 milliards de dollars par an.

« Le maintien du taux actuel est donc la recette d’une catastrophe économique », avertit Alston. « La prospérité économique et la durabilité écologique sont parfaitement compatibles. Cependant, le bien-être économique et la réduction de la pauvreté doivent être dissociés des émissions de combustibles fossiles. La mise en place d’un solide réseau de sécurité sociale sera la meilleure réponse pour faire face aux dommages inévitables causés par le changement climatique. »

« Il faudra garantir l’accès à la nourriture, aux soins de santé, au logement et à un travail décent. Si le changement climatique est utilisé pour justifier une politique favorable aux entreprises et une privatisation généralisée, l’exploitation des ressources naturelles et le réchauffement de la planète risquent d’être accélérés plutôt que ce qui a été prévu. »

« Les sonnettes d’alarme sur le changement climatique retentissent et la reconnaissance d’une hausse du nombre de phénomènes météorologiques extrêmes semble enfin être perceptible à travers la désinformation et la complaisance, mais ces signes positifs ne constituent en aucun cas un motif de satisfaction. La reconnaissance des changements nécessaires n’est que la première étape », conclut Alston.