La bousculade de Shanghai révèle des vulnérabilités cachées

02/01/2015 14:04

Selon Peter Hibbard, auteur du livre The Bund... (Photo Aly Song, Reuters)

Selon Peter Hibbard, auteur du livre The Bund Shanghai: China Faces West, le fameux boulevard bordé d'immeubles coloniaux «n'avait jamais eu auparavant la capacité d'accueillir autant de gens».Photo Aly Song, Reuters

Bill SAVADOVE Agence France-Presse PÉKIN

Les dizaines de morts de la bousculade du Nouvel An à Shanghai ont mis en lumière les fragilités d'une Chine en plein essor, mais dont l'administration communiste peine à s'adapter au rythme effréné des mutations de la société, estimaient vendredi les commentateurs.

Mercredi soir, quelques instants avant le passage à 2015, ce qui devait être un rassemblement joyeux et sans danger dans la capitale économique chinoise s'est transformé en un chaos meurtrier, d'où ont été retirés 36 corps sans vie.

Le mouvement de foule sur le Bund, le célèbre boulevard historique de la métropole, a fait également 49 blessés, soit la pire tragédie à Shanghai depuis l'incendie d'un gratte-ciel en 2010, qui avait fait 58 morts.

Or, que ce soit avant, pendant ou après le drame, -et même si ces faits restent soumis à enquête-, les autorités auront du mal à convaincre qu'elles n'ont pas fait preuve de négligences.

Dans une vidéo amateur mise en ligne sur le portail Sina.com, on voit ainsi une foule immense, non canalisée, grossir de façon démesurée sur les escaliers menant à la promenade du Bund, une longue esplanade édifiée le long du fleuve Huangpu.

Au milieu de cette multitude, quelques rares policiers isolés apparaissent complètement démunis, impuissants à faire reculer ceux qui poussent, tandis que des victimes ont déjà perdu connaissance.

Négligence?

Un haut responsable de la police de Shanghai, Cai Lixin, cité sur un site officiel a reconnu jeudi que, faute «d'événement officiel» organisé sur place, les forces de l'ordre étaient en nombre inférieur à l'an dernier pour la fête nationale. Ce commentaire a ensuite été effacé.

La police s'est ensuite défendue en assurant que 700 fonctionnaires avaient été envoyés sur place, après la tragédie de ce début d'année.

L'an dernier, 300 000 personnes s'étaient rassemblées sur le Bund pour fêter la nouvelle année, une affluence probablement nettement dépassée cette année.

Mais pour les habitants rencontrés sur place par l'AFP, pas de doute: les autorités sont coupables d'une gestion désastreuse de la foule, dans un pays où les seuls grands rassemblements tolérés sont le plus souvent organisés par le Parti communiste lui-même.

Densité humaine et panique ont ainsi entravé l'intervention des secours, et en particulier l'arrivée des ambulances, selon les témoins.

«Je crois que nous avons là une affaire majeure de négligence de la part des agences gouvernementales chargées de la sécurité», a jugé un internaute identifié sous le pseudonyme de Shenshan Laohan 96886.

«Cette tragédie s'est produite, car ils ont mal évalué la situation, et ils ont failli à prendre les mesures qui s'imposaient sur place».

Dans un rare commentaire critique, l'agence Chine nouvelle a estimé que le drame était «un signal d'alarme rappelant à la deuxième économie mondiale qu'elle était toujours un pays en développement, avec une gestion fragile des affaires sociales».

Les victimes jeunes et féminines

«Des incidents similaires avec de si lourds bilans sont rares dans les pays développés», a-t-elle ajouté.

Selon une liste publiée vendredi par les autorités de Shanghai, 32 personnes ont été identifiées sur les 36 décédées. La plus jeune était un garçon de 12 ans, la plus âgée avait 37 ans. Au total, 28 personnes avaient 25 ans ou moins et 21 étaient de sexe féminin.

Ces dernières années, Shanghai s'est surtout illustrée comme une vitrine de la réussite de la Chine, avec son quartier ultramoderne de Pudong, son métro devenu le premier réseau du monde, ses trains à lévitation magnétique et sa bourse qui a caracolé sur les records en 2014.

Mais, revers de la médaille, «il y a des problèmes de gestion», constate l'économiste Andy Xie, natif de la métropole de 24 millions d'habitants, sans compter les travailleurs migrants.

«Tous ces gens qui affluent en ville créent des problèmes sociaux», dit-il. «Gérer Shanghai n'est pas facile. Il n'y a pas d'équivalent dans le monde».

Selon Peter Hibbard, auteur du livre The Bund Shanghai: China Faces West, le fameux boulevard bordé d'immeubles coloniaux «n'avait jamais eu auparavant la capacité d'accueillir autant de gens».